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Procès des marchés truqués du Sidelec : les prévenus s’accusent mutuellement

Ecrit par Léa Delaplace – le jeudi 22 mai 2025 à 06H38

Favoritisme, entente, corruption… les chefs d’accusation sont nombreux dans le dossier du Sidelec, au cœur d’un procès au tribunal financier de Paris commencé mercredi. Le mensonge a déjà fait son entrée, des prévenus se renvoient la balle. 

Le procès à l’encontre de dix prévenus, dont le maire de Sainte-Suzanne Maurice Gironcel, s’est ouvert au tribunal de Paris ce mercredi. L’édile est accusé par le Parquet national financier, qui s’est saisi du dossier, de favoritisme, entente et corruption passive. Il aurait donné son aval, contre 30 000 euros en espèces, à l’octroi de marchés publics au Sidelec, l’établissement public en charge de l’électrification rurale de l’île dont il a la présidence. Avec, comme complice, Yves Gigan, le directeur général des services du syndicat. Face à eux, quatre entreprises - SGER2, SRME, Bourbon Lumière et Testoni Réunion - ayant créé une alliance pour remporter des appels d’offres entre 2020 et 2022.

Si pour l’heure, les deux hommes sont restés sur le banc, visages fermés, ils ne tarderont pas à être entendus une fois que le tribunal aura terminé d’approfondir la question de l’entente économique.

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Yannick Grondin, gérant de la société SGER2, serait, selon Jean-François Labbé et Joël Bassonville, salariés de la SRME - absents mais cités - l’initiateur de ce pacte né à l’échéance du contrat public d’électrification rurale de la période 2017 - 2021. Le Sidelec ouvre alors un appel d’offres, auquel les entreprises répondent par des propositions au montant surestimé à hauteur de 300%. Les sociétés le motivent par la hausse des coûts du secteur, que ne prend pas en compte l’établissement public. 

“On a tenu une réunion dans les locaux de Grondin - au siège de la SGER2, ndr - pour discuter du partage du gâteau comme il l’appelait. On discutait pour se diviser les lots du marché public, et il a proposé de s’entendre sur les prix des produits”, est cité Jean-François Labbé par la présidente. Yannick Grondin s’en défend, avec des propos balbutiants. Il répond à son tour que c’est ce dernier qui est allé à sa rencontre… “Je n’ai jamais ciblé de lots, ni défini de répartition pour les entreprises, ajoute-t-il. Quant à l’augmentation des coûts qu’il aurait imposée, elle émanait du groupe Vinci, lié à sa société SGER2. “Je transmettais les prix unitaires, sans regarder.” Au tribunal de trancher qui dit vrai, et qui dit faux…

Joël Bassonville, également de la partie lors de cette première réunion, et cité, indique que Yannick Grondin lui aurait précisé qu’il fallait “fournir un certain pourcentage financier pour pénétrer le marché”. Marché pour lequel la SRME n’avait encore jamais postulé. Ce montant serait d’1% du volume du marché, versé en espèces ou en subventions à des associations à plusieurs échéances, de l’attribution du marché à la livraison du chantier, selon les éléments recoupés lors de l’enquête préliminaire. 

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À ce sujet, Yannick Grondin répond : "Je n’ai pas participé à ça. C’est Hypolite qui m’a dit que l’autorité compétente du Sidelec le demandait. J’étais surpris, pour travailler il fallait payer. C’était la seule issue pour sortir de la crise qui a duré deux ans." Il aurait selon lui pris connaissance de la situation après l’attribution du marché.

Dès 2020, les réunions, appels téléphoniques et échanges par groupe Whatsapp se multiplient entre les acteurs des entreprises qui essuient les refus du Sidelec à octroyer le marché à de tels montants. À leur tour, elles refusent de prolonger le marché 2017 - 2021 par avenants, plaidant encore que les prix pratiqués sont trop bas. Les gérants, dont Jean-Michel Hypolite de Bourbon Lumière, Jean-Christophe Paroux de Testoni Rénion et Yannick Grondin, sont soupçonnés d’avoir ensuite collaboré à la rédaction des prochains appels d’offres avec Yves Gigan, le DGS. Ils devront y répondre jeudi.

Quoi qu’il en soit, Yannick Grondin conclut cette première après-midi d’audience en disant “être tombé des nues et avoir commencé à perdre pied” en se rendant compte des agissements de ses confrères… “J’étais soulagé quand les gendarmes sont arrivés, avant même que ça commence”, exprime-t-il. Le signe que son avocat, Me Cerveaux, demandera la relaxe ? 

Un dossier qui aurait pu être jugé à La Réunion ? 

Tous, ou presque, ont fait le déplacement depuis l’île pour ce procès qui doit durer cinq jours. Des coûts et des disponibilités qu’a voulu rappeler Maître Zaïr, l’avocat de Joël Bassonville et Jean-François Labbé. Des prévenus absents, faute de moyens financiers pour venir. “Le parquet national financier (PNF) a dessaisi le parquet de La Réunion du dossier sans que cela soit motivé par le procureur de Saint-Denis. Il y a donc débat sur la forme car ça s’est fait en dehors de tout critère. Cela pourrait entraîner nullité, argue la robe noire. Il n’y a rien de complexe, ou d’excessif pour justifier que le PNF soit davantage compétent. Il s’agit seulement d’un procès d’ampleur par le nombre de prévenus.”
Le procureur du PNF lui a répondu être légalement compétent sans devoir motiver sa saisie. Pour lui, l’argument de l’avocat qui parle “d’atteinte au procès équitable au vu de cet éloignement géographique” n’a pas lieu d’être. Après une suspension d’audience, la présidente d’audience n’a ni annulé la procédure, ni sollicité la connexion par visioconférence des prévenus absents.

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