Sans-abrisme : La Réunion oubliée par l'État ?

Exclue des enquêtes nationales sur le sans-abrisme, La Réunion fait face à une crise sans précédent, dénoncée localement par la Fondation pour le logement.
Les derniers chiffres de l’Institut national de la statistique et des études économiques (INSEE) sur les personnes sans domicile en France remontent à 2021 et ne concernent pas La Réunion. La prochaine enquête nationale, prévue pour 2025, ne prendra pas en compte la situation de l’île ni celle des autres DROM. Ce manque de considération est vivement critiqué par la Fondation pour le logement qui demande l’intégration des territoires ultramarins dans cette enquête.
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L’association, qui a tenté d’établir un bilan pour le territoire réunionnais, estime qu’il y aurait aujourd’hui près de 3 000 personnes sans domicile sur l’île.
L’enquête menée par la DEETS (Direction régionale de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités) auprès de l’ensemble des CCAS (centre communal d'action sociale) et des associations agréées révèle qu’à la fin de l’année 2024, plus de 5 000 personnes étaient domiciliées sur le territoire réunionnais. Parmi elles, près de 1 000 déclarent vivre dans la rue. “On n’a jamais eu autant de personnes sans domicile fixe sur le territoire”, alerte Matthieu Hoarau, directeur régional de la Fondation pour le logement.
61 enfants de moins de 3 ans non pris en charge par le 115
Face aux besoins croissants, les services d'hébergement d’urgence se retrouvent saturés. L’année 2024 est marquée par une tension toujours plus grande, avec 32 % des demandes d’hébergement restant non pourvues. “L’hébergement d’urgence ne fait plus face à l’urgence de la mise à l’abri pour toute personne en situation de détresse médicale, psychique et sociale”, déplore la fondation.
Selon ses données, l’année dernière, 8 474 demandes au 115 sont restées non pourvues, représentant 2 531 ménages. En janvier 2025, 61 enfants de moins de 3 ans n’ont pas été pris en charge.
Le service de la DEETS, chargé de ce service d’aide d’urgence, nous indiquait en octobre dernier que la priorité est donnée aux victimes de violence et aux femmes avec enfants.
Le nombre de femmes seules non prises en charge est en forte augmentation et avoir des enfants en bas âge ne suffit plus à garantir une mise à l’abri. En janvier 2025, 147 familles avec enfants restaient sans solution suite à leur demande d’hébergement, dont 61 enfants de moins de 3 ans.
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Les associations attaquent l’État en justice
La Fondation pour le logement et 39 autres organisations, à travers le Collectif des Associations pour le Logement, ont décidé de poursuivre l’État en justice.
“L’État ne remplit pas son rôle de solidarité. Nombreux sont ceux qui pallient les carences de l’État, collectivités et ONG interviennent à sa place. Depuis des années, la fondation alerte sur les conditions des personnes non ou mal logées. (…) On considère que c’est à la justice de l’enjoindre de répondre à ces situations les plus graves, dans un délai le plus bref possible”, défend Noria Derdek, responsable d’études juridiques à la Fondation pour le logement.
Deux recours ont été déposés en février dernier contre l'État devant le tribunal administratif, l’un portant sur la défaillance de l’État en matière d’accueil inconditionnel en matière d’hébergement d’urgence, l’autre concernant le DALO, mettant en cause l’État dans “son incapacité à remplir ses obligations légales en matière d’attribution de logements aux publics prioritaires”.


