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Sainte-Marie : Qui est Céline Sitouze, la femme qui a mis fin au règne de la droite

Ecrit par Eric Lainé – le jeudi 26 mars 2026 à 06H56

Ex-militante socialiste restée ancrée à gauche de l’échiquier politique, Céline Sitouze, enseignante et mère de famille, sera bientôt la première femme à occuper le fauteuil de maire de Sainte-Marie, commune où elle a vu le jour il y a 52 ans. Portrait d’une femme qui s’avoue « déterminée », féministe et féminine jusqu’au bout des ongles.

A l’écart des coups bas que se sont échangés Jean-Louis Lagourgue et Richard Nirlo tout au long de la campagne des municipales, Céline Sitouze a fait montre d’une détermination constante et constructive qui a indubitablement séduit un électorat traditionnellement ancré à droite. Une population manifestement lassée des querelles intestines qui ont gangréné le bon fonctionnement d’une commune forte de plus de 37.000 habitants, pourtant riche au plan humain et économique.

En regard de ses deux rivaux, usés par le pouvoir et les affaires, Céline Sitouze, rayonnante et pleine d’énergie, a offert aux administrés l’espoir de jours meilleurs qui l’a menée au succès que l’on connaît au soir du 22 mars. Pour cette rencontre avec Zinfos974, la maire de Sainte-Marie, dont l’élection officielle est prévue ce samedi, fait preuve de simplicité. Elle nous reçoit à deux pas de chez elle dans la boulangerie-pâtisserie Dream Cake, un des nombreux commerces qu’elle fréquente dans le quartier de Beauséjour. Là où elle réside depuis plus de 20 ans avec Yves, le compagnon de sa vie, et leur fils, étudiant en BTS.

« Je suis vraiment un produit du territoire réunionnais »

Sainte-Marie n’est pas seulement la ville où elle a choisi de poser ses valises. Céline Sitouze y est née il y a 52 ans. Son enfance réunionnaise, elle l’a passée « au sein d’un quartier populaire au centre-ville ». C’est là qu’elle a grandi comme tant d’autres enfants « entre l’école, le sport, le catéchisme et les pique-niques dominicaux ». « Je suis vraiment un produit du territoire réunionnais », résume-t-elle. Chez les Sitouze, Céline est la seconde d’une fratrie de cinq enfants avec un frère aîné, deux plus jeunes sœurs et le petit dernier.

Elle parle de son père comme d’un homme « très impliqué dans notre éducation. C’est lui qui nous empruntait des livres et qui nous faisait faire des dictées tous les mercredis ». « Une obligation » qui n’en était pas vraiment une pour la jeune Céline. « J’adore lire et pour moi c’était plutôt deux ou trois livres par semaine. » Elle ne le dit pas mais on sent qu’elle est fière et reconnaissante envers ses parents d’avoir contribué à lui inculquer ce goût de la lecture et du travail alors que leur scolarité à eux s’est arrêtée en classe de CM2 avec le certificat d’études primaires, comme beaucoup de petits Réunionnais à l’époque.

L’étudiante « qui rêve depuis toujours de devenir instit »

Après avoir fait ses premières armes à l’université de La Réunion, Céline Sitouze a la chance de s’ouvrir sur le monde en partant étudier à l’étranger par le biais du programme Erasmus. Une formidable opportunité dont elle a pu bénéficier grâce aux partenariats tissés par la Région Réunion. « Deux pays, le Canada et l’Angleterre, étaient très en avance en termes de recherche dans l’éducation », précise-t-elle. Ça tombe à pic pour la jeune étudiante « qui rêve depuis toujours de devenir instit ».

Finalement, la jeune Sainte-Marienne s’impose de partir à l’université de Bristol. « Je devais partir au Canada mais le Canada est très restrictif et demande énormément de garanties en termes d’argent. Je devais penser à mes deux autres sœurs qui faisaient aussi des études, j’ai donc choisi l’Angleterre. » Ceci étant dit, « c’était royal. On n’avait pas à faire de recherches, le logement était déjà réservé ». Surtout une belle expérience qui lui a permis de maîtriser la langue de Shakespeare. « Une chance incroyable car j’ai été confrontée à une autre culture et une autre façon d’appréhender les choses. »

« J’ai toujours été attirée par les valeurs progressistes du parti socialiste »

A 28 ans, Céline Sitouze débute une carrière d’enseignante comme elle l’a toujours souhaité. Mais elle a aussi une âme militante, farouchement attachée aux valeurs humaines et en particulier à la condition de la femme. Alors, en 2005, elle rejoint les rangs du parti socialiste en tant que simple militante. « J’ai toujours été attirée par les valeurs progressistes du parti socialiste. » Chez les Sitouze, elle n’est cependant pas la première à faire de la politique. Elle fait état d’une grand-mère et d’un père impliqués dans la vie politique. Des militants communistes. Mais elle garde « très peu de souvenirs » de cette période. Car elle est encore jeune quand son père « rompt brutalement avec la politique » en claquant la porte du parti. « Il n’a plus jamais voulu entendre parler de politique en raison des choix qui avaient été faits par le parti communiste à Sainte-Marie. »

Céline Sitouze ne reste pas dans l’anonymat. Dès mars 2008, elle est élue conseillère municipale d’opposition aux côtés de Didier Gopal et de Christian Annette. Soucieuse de progresser en politique, elle se met en disponibilité de son métier d’enseignante pour entrer au cabinet de Nassimah Dindar lors de son entrée au Département en 2011. Mais n’allez pas croire que Céline Sitouze a retourné sa veste. « J’étais collaboratrice pour le groupe socialiste auprès de la présidente dont la majorité était composée de trois groupes distincts, les communistes, les socialistes et son propre groupe centriste. » L’expérience se prolonge pendant une année avant qu’elle rejoigne un autre cabinet, celui de Gilbert Annette à la mairie de Saint-Denis, de 2016 à 2018. Des années où elle a beaucoup appris. « Au cabinet, nous sommes surtout conseillers de l’exécutif. Vous devez faire preuve d’une grande capacité d’adaptation. Il vous faut déminer des situations en faisant montre d’une grande souplesse en termes d’horaires et de relationnel. »

« La féminisation est plus que nécessaire »

Dans la gestion des situations parfois conflictuelles, Céline Sitouze constate souvent que les femmes peuvent avoir un rôle déterminant à jouer. « Les hommes sont souvent responsables des situations conflictuelles. Par contre, ils éprouvent souvent des difficultés à aller en frontal avec une femme. Et c’est quand chacun baisse la garde et accepte d’entrer dans la discussion que l’on peut trouver des solutions. » De toute façon, Céline Sitouze est farouchement convaincue que « la féminisation est plus que nécessaire ».

 « Nous représentons la moitié de l’humanité. Nous avons le droit et le devoir de payer les mêmes impôts que les hommes alors pourquoi n’aurions-nous pas le droit et le devoir d’accéder aux mêmes postes. Je suis ferme là-dessus car c’est une profonde injustice que j’ai pu constater pour avoir été dans les cabinets et assister à différents conseils municipaux ou autres. Quand le directeur sort son dossier, il faut se demander qui a travaillé dessus. Nous ne pouvons pas être que des petites mains. Nous pouvons être de bons adjoints ou de bons vice-présidents mais les postes de maire ou les présidences ne sont pas réservés aux hommes », déroule celle qui s’apprête à diriger la commune de Sainte-Marie d’une main de fer dans un gant de velours.

« Je n’ai pas voulu me priver du bonheur d’être une maman »

Intarissable sur le sujet, Céline Sitouze regrette que « la société soit organisée au plan familial pour que ce soit la femme qui accepte et prenne sur elle l’essentiel des tâches du foyer et l’éducation des enfants ». Certes, elle admet que des progrès ont été réalisés mais elle ajoute aussitôt : « On est encore très loin du compte. » Ce qui ne l’a pas empêchée d’être présente pour son fils et de mettre un point d’honneur à « être là pour le coucher presque chaque soir ». « Dans ma quête pour accéder à des postes à responsabilité, je n’ai pas voulu me priver du bonheur d’être une maman. C’est difficile à concilier car nous ne sommes pas organisées pour ça mais j’ai fait en sorte de me permettre d’avoir une personnalité complète. » Céline Sitouze a d’ailleurs toujours pu compter sur le soutien indéfectible de sa famille. Un noyau familial « très solide », composé des frères et sœurs et des parents, qui se retrouve exclusivement et presque systématiquement chaque dimanche pour partager les repas.

« Des personnes proches de la population dont la compassion envers les gens n’est pas feinte »

Comme souvent dans leur parcours, celles et ceux qui finissent par se frayer un chemin aux plus hautes responsabilités ont - si ce n’est un mentor – un modèle dont ils admirent la personnalité dans la conduite des affaires. A ce titre, Céline Sitouze fait référence à deux personnes aux côtés de qui elle a œuvré. « Des personnes proches de la population dont la compassion envers les gens n’est pas feinte. Ils sont capables de discuter avec une personne qui est au RSA ou avec un patron avec la même sollicitude. Au-delà des compétences intellectuelles, c’est notre capacité à échanger avec l’autre et à le reconnaître comme notre propre égal qui est important. »

« Il n’a pas cette intelligence émotionnelle nécessaire en politique »

Qui sont-ils donc ? A ses yeux, il s’agit « à la fois de Madame Huguette Bello et de Monsieur Gilbert Annette ». « Que ce soit la personne qui nettoie mon bureau ou mon directeur de service, tout le monde est pareil pour moi », illustre-t-elle. Et puis, avoue-t-elle encore, « c’est le style de valeur que mes parents m’ont inculqué ». Et Christian Annette dans tout ça ? Que vous-a-t-il apporté ? « Quand je suis arrivée dans la section socialiste de Sainte-Marie, Didier Gopal en était le secrétaire. En mars 2008, nous avons été tous trois élus mais Didier Gopal a fait le choix de rejoindre la majorité de Jean-Louis Lagourgue après que Christian Annette ait pris la tête de la section socialiste. Une question d’égo. »

A part ce divorce, Céline Sitouze loue « une implication totale de Christian, une abnégation qui force le respect et un sérieux dans le traitement des dossiers ». Pour autant, elle ne fait pas l’économie de nuancer le portrait qu’elle brosse de lui. « Christian est très intelligent mais il n’a pas cette intelligence émotionnelle nécessaire en politique pour laquelle il n’y a pas nécessairement besoin d’avoir fait Saint-Cyr. Les gens n’attendent pas de vous que vous ayez une baguette magique pour résoudre leurs problèmes mais que vous puissiez les comprendre. Il a une rigidité qui ne sied pas à la fonction politique. Et on peut comprendre car il y a forcément un peu de déformation professionnelle en lien avec la discipline du militaire… »

« Tout un chacun est doué d’un talent mais il n’est pas toujours donné à chacun de trouver ce talent »

Céline Sitouze dit en connaître un rayon en la matière, elle qui dit avoir approfondi à l’université de Bristol« les intelligences multiples en psychologie ». « Ça m’a beaucoup servi pour enseigner à mes élèves. J’ai compris très tôt que la réussite ne se limitait pas à un bout de papier et notamment au nom d’une école. Ce qui fait d’ailleurs le défaut de la société française. Tout un chacun est doué d’un talent mais il n’est pas toujours donné à chacun de trouver ce talent. C’est un vrai gâchis, notamment lorsqu’on est pauvre. Quand on a les moyens, nos parents nous envoient faire de la musique, des sports… Et cela crée des opportunités pour trouver sa voie », détaille-t-elle.

En parlant de vrai gâchis de talent, elle poursuit sa démonstration en revenant sur le cas de Christian Annette. « C’est un homme avec de très grandes qualités qui pourraient être extrêmement profitables au sein d’un cabinet mais pas forcément en tant qu’élu. C’est quelqu’un qui peut travailler pendant des heures et des heures sur un dossier et alerter l’exécutif. Mais voilà, l’obstination qui est, à certains moments, son point fort, est aussi un de ses défauts. C’est cette obstination qui a fait qu’il a toujours refusé de voir quelqu’un d’autre prendre la tête de liste. Et moi, je suis partie pour ça en 2018 car je voyais très bien que l’on allait échouer en 2020. »

« Détermination et compassion »

Effectivement, Céline Sitouze prend son envol lors des municipales de 2020 en présentant sa propre liste. Et elle trace son chemin, totalisant sous son nom 13,4% des suffrages exprimés quand Christian Annette est en retrait à 8,8%. Au second tour, Richard Nirlo l’emporte sans l’ombre d’un doute alors même que sur le papier, l’union à gauche de Gérald Maillot, Céline Sitouze, Christian Annette et Grégoire Cordeboeuf arrivait théoriquement en tête. Si 2 + 2 ne font pas toujours 4 en politique, il y a peut-être, à compter de 2020, l’amorce d’un succès possible pour les valeurs portées par la gauche. En tout cas, Céline Sitouze veut y croire et elle va travailler dur pendant toutes ces années pour faire entendre sa voix, présente de manière assidue sur le banc de l’opposition.

Le mandat de Richard Nirlo, pourri par les affaires, par un déficit abyssal qu’il a fallu résorber et par la guerre sans merci qui l’a opposé à son ancien mentor, a laissé des traces. Des cicatrices même. Mais Céline Sitouze en a cure. Elle aborde sa campagne avec détermination. Cette fameuse « détermination » qui est sa marque de fabrique au point qu’elle incarne à la fois sa principale qualité et son défaut majeur. « C’est ce qui va faire que je ne lâcherai pas. C’est ma capacité à me mettre à la place des autres. » Et par extension, celle qui consiste à manifester de « la compassion ». Car, dit-elle, « on doit agir et trouver des solutions pour les uns et les autres. Quand on porte un projet politique, il faut persévérer même en cas d’échec. Sans en faire une affaire personnelle. On a échoué le dimanche soir mais on est déjà sur autre chose le lundi matin… »

« Nous avons été portés par une vraie dynamique »

Céline Sitouze n’a pas attendu le dernier moment pour prendre son bâton de pèlerin et battre la campagne pour les municipales de 2026. « On était sur le terrain depuis des mois et des mois. Si je n’avais pas préparé mon travail, bien qu’ils étaient divisés à droite, je n’aurais pas gagné. Après, nous avons été portés par une vraie dynamique. » Elle reconnaît que « la situation déficitaire a été résorbée » par l’équipe sortante mais elle lui fait grief d’avoir ensuite thésaurisé.

« Il faut utiliser à bon escient cet argent public. La destinée d’une mairie n’est pas d’avoir un gros compte en banque mais d’investir cet argent qui n’est pas le nôtre. Il doit être redistribué à la population, que ce soit par le biais d’équipements ou du fonctionnement, c’est-à-dire dans la périscolaire ou la cantine par exemple. Il nous faut terminer ce grand bâtiment qu’est la cité administrative. Savez-vous que j’ai demandé et obtenu de la Région une subvention exceptionnelle de 2 millions d’euros pour achever l’école maternelle de Beauséjour sans savoir que l’on disposait alors de près de 11 millions d’euros sur notre compte », rapporte Céline Sitouze.

« Je ne suis pas inquiète pour l’avenir financier de la commune »

Pour elle, Sainte-Marie est une ville prospère pour peu qu’il n’y ait pas de gaspillages comme cela a pu être le cas par le passé. « Je ne suis pas inquiète pour l’avenir financier de la commune », assure-t-elle. Par contre, elle entend « cesser notre développement en termes d’accueil de population ». « Je n’ai pas envie d’avoir une ville de 45.000 ou 50.000 habitants car on va perdre le charme qui est le nôtre. » Elle se dit « outrée » d’avoir appris que « 80 logements sociaux sur 170 avaient été attribués aux familles sainte-mariennes alors que 1.700 demandes étaient en attente ». Et elle compte bien y remédier.

« Ce n’est pas normal et c’est un très gros enjeu pour moi. Je suis une élue solidaire mais nous ne sommes pas responsables du fait que d’autres communes ne fassent pas leur travail. Quel est l’intérêt d’avoir à Sainte-Marie des habitants qui arrivent de Saint-Pierre, de Saint-Joseph ou de Saint-Benoît alors que des Saint-Mariens sont contraints d’aller habiter ailleurs… Ce mouvement de population n’est profitable à personne. »

« L’installation de nouvelles entreprises doit profiter à la population sainte-marienne »

Madame la maire souhaite plutôt développer l’activité économique, bien qu’il y ait déjà beaucoup de zones d’activité. Elle pense notamment à la Plaine de Gillot. « L’installation de nouvelles entreprises doit profiter à la population sainte-marienne. Il faut que ça soit du donnant-donnant. Nos jeunes doivent y trouver des terrains de stage et du travail. » Comme levier pour y parvenir, elle entend favoriser les entreprises implantées sur la commune en leur permettant d’accéder à 40% de la commande publique, comme l’autorise la loi.

De cette campagne qui l’a menée à la victoire, Céline Sitouze garde l’image d’une « formidable aventure humaine ». « La sincérité de l’engagement de mes militants est quelque chose qui me touche énormément », dit-elle. Et puis malheureusement les choses négatives. « Les agressions physiques et verbales, les caricatures racistes cautionnées par Monsieur Lagourgue et les appels au viol… Ça m’a heurté intimement parce que c’est une atteinte à mon intégrité et puis ça provoque un malaise et une peur. » Elle évoque encore « les pressions subies en 18 années d’opposition ».

« Constater la misère des uns et des autres renforce ma détermination à travailler »

En regard, elle se souvient aussi « des 56 militants de la section socialiste convoqués à la caserne Vérines pour un petit quatre pages en format A5 que Jean-Louis Lagourgue estimait diffamatoire. C’est pour vous dire à quel point ce Monsieur avait le bras long… » Mais Céline Sitouze préfère retenir sans démagogie les rencontres avec les gens « qui traversent des difficultés que l’on n’imagine même pas ». Et de conclure :« constater la misère des uns et des autres renforce ma détermination à travailler et à utiliser tout cet argent public qu’il y a à Sainte-Marie dans l’intérêt de ceux qui en ont le plus besoin. » Toujours cette fameuse détermination dont elle aura bien besoin pour relever le défi de redresser Sainte-Marie.

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