Saint-Louis : le futur médiateur de rue rattrapé par son passé

Stéphane était jugé devant le tribunal correctionnel de Saint-Pierre pour détention de stupéfiants et port d’arme. Lors d’un contrôle de gendarmerie, un pochon de drogue et un sabre avaient été retrouvés en sa possession.
Le 23 mai 2025, une patrouille de gendarmerie de Saint-Louis remarque une voiture garée, moteur et phares allumés, en pleine nuit. À bord du véhicule, trois individus, dont un passager avec un sabre à canne à ses pieds. Des renforts sont demandés.
Les gendarmes découvrent, en la possession de Stéphane, le passager avant, un pochon contenant une poudre blanche. Interpellé et placé en garde à vue, il explique que les tensions entre jeunes Mahorais de Saint-Louis et de Saint-Pierre sont montées d’un cran plus tôt dans la soirée.
Le trentenaire, qui se décrit comme un grand frère, assure faire également office de médiateur en stage à la mairie. " Le sabre était déjà là. Je l’ai mis avec moi parce que j’avais peur que les jeunes fassent n’importe quoi", a-t-il déclaré à la barre, alors que durant son audition, il indiquait l’avoir pris " pour la défense des siens".
Quant au pochon de drogue, il affirme qu’il lui aurait été remis "en cadeau" lors d’une conversation avec "le caïd de Basse Terre".
“Dans le rôle du pacificateur, on a connu mieux”
La lecture de son casier, entaché de nombreux faits de vol avec violence et d’extorsion avant et après sa majorité, pèse lourd dans la balance." En venant à La Réunion, la vie n’était pas facile pour moi. J’étais élevé par ma grand-mère qui me rejetait. Je n'ai pas connu mon père", a-t-il expliqué pour retracer son parcours chaotique. Le prévenu assure avoir retrouvé le droit chemin grâce à la naissance de son fils et suivre actuellement une formation pour devenir médiateur.
Le parquet est resté sceptique. " Dans le rôle du pacificateur, on a connu mieux." Le ministère public souligne également que l’homme "portait une arme alors qu’il est sous le coup d’une interdiction et qu’il n’est pas capable de dire qui lui a donné le pochon et ni pourquoi ".
La drogue retrouvée, du Dou ou du B13, selon le parquet, est vendue entre 120 et 150 euros le gramme, soit un cadeau d’une valeur de 1.500 à 2.000 euros. "Vous l’avez bien compris, on se moque de vous", a poursuivi le procureur. Les gendarmes ont en effet confirmé que la poudre avait réagi positivement aux drogues de synthèse.
Pour Me Alexandre Volz, avocat de la défense, l’enquête souffre "d’une maigre démonstration de la détention de stupéfiants". Selon lui, " il n’y a pas d’argument factuel d’un trafic, et la drogue aurait dû être testée dans un laboratoire agréé pour confirmer sa composition ".
Le tribunal a condamné Stéphane à dix mois de prison aménageables et à l’interdiction de porter une arme pendant cinq ans.


