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Saint-Benoît : Patrice Selly et l’opposition s’écharpent sur les subventions et la SPL Estival

Ecrit par S.I. – le vendredi 20 juin 2025 à 06H22

Ce jeudi 19 juin, les élus de Saint-Benoît se sont réunis pour un conseil municipal stratégique, marqué par l’examen de plusieurs dossiers structurants pour l’avenir de la commune. En préambule, le maire Patrice Selly a présenté les grands projets portés par son équipe, entre rénovation urbaine, transformation du cadre de vie et mobilité. Mais l’opposition, emmenée par Jean-Luc Julie et Philippe Le Constant, a vivement critiqué certaines orientations budgétaires et politiques.

"Je crois qu’aujourd’hui, en juin 2025, tout le monde peut constater que Saint-Benoît est en train de se transformer", a affirmé Patrice Selly lors d’un point presse. Le maire entend accélérer la mutation de la commune avec des projets d’envergure, dont la rénovation urbaine des quartiers Labourdonnais, Beaulieu et Fragrance. Un investissement de plusieurs dizaines de millions d’euros, cofinancé par l’État et la ville, qui engage 10 millions d’euros de fonds municipaux.

Le programme prévoit notamment la construction d'une école de 25 classes, un pôle sportif avec une salle multi-activités de 600 m² ou encore la création d'un pôle culturel regroupant la MJC, le Théâtre des Bambous et le Bisik.

Les travaux devraient s’échelonner jusqu’en 2029. "C’est un projet ambitieux pour améliorer le cadre de vie", insiste le maire.

Autre point majeur à l’ordre du jour : le lancement d’une révision générale du Plan local d’urbanisme (PLU). Patrice Selly justifie cette décision par la nécessité "d’atteindre les objectifs en matière de logement et de développement économique". En parallèle, des investissements dans les équipements de proximité sont annoncés : l'installation d’aires de jeux pour environ 500.000 euros), la réhabilitation du Ludo Parc (500.000 euros), la création de city-stades comme à Beaufonds et au plateau noir de l’école Younousse Issa.

Mobilité : le boulevard urbain en ligne de mire

Sur le volet des mobilités, le conseil a aussi été l’occasion d’évoquer le futur boulevard urbain, prolongement de la 4 voies depuis l’entrée de Saint-Benoît jusqu’au rond-point des Plaines. Ce chantier, porté depuis 2020 par Patrice Selly avec le soutien du conseiller régional Patrice Boulevart, représente un investissement de 90 millions d’euros jusqu’en 2028. "L’objectif est de fluidifier la circulation pour les particuliers comme les entreprises, et de renforcer l’attractivité économique du territoire", défend le maire. Les premiers coups de pioche sont espérés d’ici fin 2025.

Dans le domaine social, le maire a annoncé l’ouverture en août d’un centre social à Bras-Fusil, baptisé Tantine Zaza en hommage à l’artiste bénédictine Françoise Guimbert. "L'objectif, c'est de permettre d'offrir un lieu d'accueil pour les jeunes, les familles avec des services de proximité, des animations, des activités pour l'ensemble de ce quartier qui en a véritablement besoin", explique l'édile bénédictin. 

L’opposition à Saint-Benoît dénonce une SPL "illégale"

Quelques heures avant le conseil, l’opposition a également tenu une conférence de presse pour alerter sur plusieurs dossiers sensibles. En ligne de mire : l’entrée de la commune dans le capital de la SPL Estival, structure chargée de la mobilité sur l’Est. Philippe Le Constant a vivement critiqué cette délibération : "Pour nous, la SPL Estival est dans l’illégalité. La loi exige la présence d’au moins deux collectivités dans une SPL. Or, la Région n’a jamais délibéré pour en faire partie", tient-il à rappeler. Il estime que la commune ne peut légalement intégrer une SPL transport, car elle ne détient pas cette compétence. L’opposition menace de saisir le tribunal administratif.

L’examen du compte administratif 2024 a également été source de désaccord. Philippe Le Constant souligne un déficit de 6,8 millions d’euros sur la section d’investissement et un taux de réalisation de 60% jugé insuffisant. "La situation financière s’est améliorée, mais pas autant que le dit le maire. Il a comblé un trou qu’il avait lui-même contribué à creuser, puisqu'il avait voté les trois premiers budgets de la précédente majorité", a-t-il ajouté. 

L’opposition, ici Philippe Le Constant et Jean-Luc Julie, menace de saisir le tribunal administratif dans le dossier de la SPL Estival

L'attribution des subventions aux clubs sportifs a aussi suscité une vive polémique. Jean-Luc Julie dénonce un soutien jugé disproportionné au club de football de l'USB, qui recevra 120.000 euros en 2025, contre 130.000 euros pour les quatre autres clubs réunis (FC Rivière-des-Roches, AS Evêché, ASC Labourdonnais et JS Sainte-Anne. "Cette situation est révoltante. Le stade de l’USB, c’est Versailles, alors que d’autres clubs manquent d’éclairage ou de salle", regrette Jean-Luc Julie. 

Enfin, le complément de subvention à la CNJOI (Canal Numérique Jeunesse Océan Indien), structure d’insertion par le multimédia, est accusé par l’opposition de servir de "propagande municipale". "À l’origine, c’était une bonne initiative.  Et au fil des mois, on s'est aperçu que c'est devenu un outil de propagande pour la mairie de Saint-Benoît puisque les reportages ne portent que sur les réalisations de la mairie. Aujourd'hui ce n'est plus une formation, c'est un formatage", déplore Jean-Luc Julie.

SPL Estival : Selly invoque la clause de compétence générale

Interrogé sur ces accusations, Patrice Selly a tenu à répondre point par point. Concernant la SPL Estival, il invoque la clause générale de compétence des communes pour justifier l’entrée au capital. "Cela nous permet de bénéficier de prestations comme des navettes pour le 14 juillet, par exemple", assure-t-il. 

Sur la situation financière, il oppose aux critiques un excédent global de 7 millions d’euros au 31 décembre 2024. "Aujourd'hui, certains seraient bien de mauvaise foi de considérer que la commune n'est pas en bonne santé financière. Je rappelle qu'en trois ans seulement, nous avons résorbé un déficit de 20 millions d'euros", argue-t-il. Il poursuit : "Nous avons à ce jour investi pour près de 51 millions d'euros en cinq ans sur le territoire communal malgré toutes les difficultés que nous avons connues. Et donc je suis aujourd'hui très heureux d'être à la tête d'une commune dont les comptes ont été assainis et qui entrevoient l'avenir sur de bons rails."

À propos des subventions sportives, le maire rappelle qu’une enveloppe de 2,5 millions d’euros a été votée en mars pour l'ensemble du tissu associatif, "du jamais vu à Saint-Benoît" martèle-t-il. Sur le cas spécifique de l'USB, le maire explique avoir soutenu le club au vu "de l'engouement autour du retour d'un club de football phare au sein de la commune". "Et donc l'objectif, ça a été de soutenir ce retour à travers une subvention pour l'exercice pour l'année 2025 de 120.000 euros. Cela n’empêche pas le soutien aux autres clubs, ni les projets d’amélioration des équipements", ajoute-t-il. 

Il reconnaît cependant les difficultés pour relancer certaines activités après le cyclone Garance, notamment pour la JSB Gym, dont la salle reste inutilisable : "La réparation coûte 3 millions d’euros. Nous cherchons encore les financements. En attendant, nous travaillons à relocaliser les entraînements."

Enfin, sur la CNJOI, il balaie les accusations politiques. "Cette structure a permis à des dizaines de jeunes, notamment de Bras-Fusil, de découvrir les métiers de l’audiovisuel. J’en suis fier et je continuerai à la soutenir", conclut-il. 

Les passes d’armes entre majorité et opposition, loin d’être anecdotiques, révèlent des visions opposées de la gestion communale. Si Patrice Selly affiche sa confiance dans les choix opérés, ses opposants entendent continuer à contester sa méthode et ses priorités.

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