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Roland Robert : "Nous avons été chassés comme des malfrats"

Roland Robert, maire de la Possession et conseiller général, était bien entouré vendredi soir au gymnase Gaston Dumesnil de la Possession pour commémorer les cinquante ans de l'ordonnance Debré qui amènera une dizaine de fonctionnaires de l'île à un départ forcé en métropole. Le temps d'un discours, le maire de la Possession est revenu sur ses huit ans d'exil tout en saluant la mémoire de ses camarades d'infortune.
Ecrit par Ludovic Grondin – le samedi 16 octobre 2010 à 08H02

Plus d'une centaine de personnes, dont des personnalités comme Paul Vergès ou Claude Hoarau, était réuni au gymnase Gaston Dumesnil hier soir à la Possession. Elles étaient toutes venues se remémorer l'un des moments les plus marquants de l'histoire politique de La Réunion, l'instauration de l'ordonnance du 15 octobre 1960 (ou ordonnance Debré) organisant l'expulsion de fonctionnaires réunionnais en France métropolitaine.

Pour rappel, cette ordonnance stipulait que "les fonctionnaires de l’État et des établissements publics de l’État en service dans les Dom dont le comportement est de nature à troubler l’ordre public peuvent être, sur la proposition du préfet (...), rappelés d’office en métropole par le ministre dont ils dépendent pour recevoir une nouvelle affectation".

Dans les faits, elle visera essentiellement les communistes de l'île. Roland Robert, l'un des derniers "frappés", comme il l'a qualifié lui-même, par l'ordonnance Debré encore en vie, a partagé, le temps d'un discours, les souvenirs de son expulsion de La Réunion. Le maire de la Possession, qui, à l'époque, n'était qu'un jeune enseignant de 24 ans, raconte avec émotion le jour où l'ordre de quitter le territoire lui a été intimé...

 

La droite domine l'espace public

Il raconte : "Le 22 août 1961, j'enseigne alors au collège de Saint-Paul lorsque mon ami et directeur d'établissement Antoine Soubou me dit que j'ai reçu une lettre par un CRS en moto. Dans cette lettre signée de Jean Perreau-Pradier (ndlr : préfet de La Réunion de 1956 à 1963), j'y apprends mon ordre d'expulsion pour le 5 septembre suivant".

Cet ordre d'expulsion a vu le jour dans un contexte particulier rappelle pour sa part Sudel Fuma, chargé d'ouvrir la soirée par une recontextualisation de cette époque. "La droite est très puissante à cette époque, c'est elle qui domine l'espace public. Alors que la départementalisation n'a été suivie que de peu d'effets notoires, voilà qu'en 1958 arrive De Gaulle. Alors qu'on est en période de décolonisation, la France réaffirme son lien avec La Réunion. De ce fait, ces communistes sont perçus comme une menace pour l'ordre public par Michel Debré".

Des soutiens inattendus

Face à cette décision que Roland Robert qualifie de "diktat juridique jamais égalé sous la Ve République", il rappelle tout de même qu'en 1961, il obtient des soutiens inattendus comme celui de Roger Payet, alors président du Conseil général et surtout gaulliste de son état.

 

Une fois installé en métropole, il reçoit même un coup de fil du Préfet Paul Demange (alors préfet de Seine et Oise et ancien préfet de La Réunion de 1947 à 1950) qui "voulait me faire part de sa désapprobation quant aux décisions d'expulsions tout en me signifiant de sa totale impuissance vis-à-vis de cette situation", ajoute l'intéressé.

"Fier de faire partie de la charrette d'expulsés"

Roland Robert conclut son discours par un hommage à ses camarades "chassés comme des malfrats mais avec lesquels je me suis senti finalement fier de faire partie de cette charrette d'expulsés", ironise-t-il. C'est le 19 septembre 1969 que son retour dans l'île se réalisera, avant de reprendre l'enseignement au Guillaume Saint-Paul. L'ordonnance Debré sera, elle, abrogée le 10 octobre 1972.

 

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