Revenir à la rubrique : Faits divers

Retraité tué à Sainte-Rose : la gendarme, qui avait ouvert le feu, placée en garde à vue par l’IGGN

Ecrit par Eric Lainé – le mardi 31 mars 2026 à 16H28

Lundi, la gendarme, auteure du tir mortel sur un retraité de 68 ans armé d’un couteau et retranché chez lui à Sainte Rose en novembre 2025, a été placée en garde à vue par l’Inspection générale de la gendarmerie nationale (IGGN). Au lendemain des faits, l’OPJ avait déjà été entendue sous le même régime par la section de recherches de Saint-Denis dans le cadre d’une enquête ouverte pour « violence avec arme ayant entraîné la mort sans intention de la donner ».

L’enquête préliminaire pour « violence volontaire avec arme ayant entraîné la mort sans intention de la donner », ouverte par le parquet de Saint-Denis après le décès d’un retraité de 68 ans retranché avec un couteau à son domicile de Sainte-Rose en novembre dernier et sur lequel une gendarme avait mortellement ouvert le feu, a débouché ce lundi sur un nouveau placement en garde à vue de l’intéressée par l’IGGN. Au lendemain des faits déjà, l’OPJ, primo-intervenante avec une collègue le soir du drame, avait été entendue pendant quelques heures sous le régime de la garde à vue par la section de recherches de Saint-Denis, finalement cosaisis avec les « bœufs-carottes » de la gendarmerie.

Dans la continuité des militaires de la SR de Saint-Denis, les gendarmes de l’IGGN cherchent à déterminer le déroulement précis de l’intervention et l’éventuelle part de responsabilité de la gendarme dans le décès du retraité, atteint d’un tir mortel au flanc.

Lire aussi : Sainte-Rose : un homme décède lors d’une intervention de la gendarmerie

Posté sur son balcon, assis dans un fauteuil roulant avec un couteau

Le mercredi 5 novembre 2025, une patrouille composée de deux gendarmes se rend dans l’un des blocs de la résidence de l’Océan à Sainte-Rose. Il est un peu plus de 22H15 quand le binôme se présente au numéro 100 de la rue de l’Océan. Jean S. est alors enfermé à double tour dans son appartement, situé au premier étage de son immeuble.

Le sexagénaire, souffrant d’importants troubles psychologiques et alors en pleine crise, se trouve sur son balcon. Assis sur son fauteuil roulant, il serre un couteau dans sa main. Quelques minutes auparavant, des secouristes du SAMU, appelés à la rescousse par son fils, ont bien tenté de le raisonner pour lui venir en aide. Il a même été envisagé de mettre en œuvre une mesure d’hospitalisation sous contrainte. Mais Jean S., armé de son couteau, les a repoussés en menaçant de s’en prendre à eux. D’où l’intervention des gendarmes.

Il refuse d’ouvrir sa porte

Peu après leur arrivée, les deux militaires font le tour du bloc pour accéder à la porte d’entrée de l’appartement qui se trouve à l’arrière de l’immeuble. Pendant ce temps, un pompier fait le guet sous le balcon en façade dans le but de dissuader le forcené d’enjamber le garde-corps. Au cas où il tenterait d’attenter à sa vie. Pendant ces minutes qui paraissent une éternité, le vieux monsieur fait des allers-retours entre le salon de son studio et le balcon, toujours avec son couteau en main.

Les gendarmes de Sainte-Rose, alors seules pour gérer la situation, cherchent à convaincre le sexagénaire d’ouvrir sa porte et de se rendre. En vain. La décision est prise par elles de passer en force pour faire irruption à l’intérieur. Sans attendre l’arrivée de renforts habitués à ce type d’intervention particulièrement délicate.

Au dernier coup de marteau, elle s’est ouverte 

Un témoin de la scène a raconté à Zinfos974 : « Les pompiers ont défoncé la porte. Au dernier coup de marteau, elle s’est ouverte. » Les deux gendarmes pénètrent alors dans le studio. Jean S. ne s’apaise pas pour autant. Au contraire, il se réfugie dans son lit et se glisse sous une couette.

Lire aussi : « Ils ont défoncé la porte, puis j’ai entendu un tir » : un témoin raconte le drame de Sainte-Rose

La scène décrite par le riverain paraît quelque peu surréaliste. Une des gendarmes le tient en joue tandis que sa collègue cherche à enlever la couette. Manifestement, elles redoutent qu’il les agresse avec le couteau, toujours en sa possession. « Une gendarme lui a dit : Bougez plus, gendarmerie nationale. Lâchez votre arme », nous a rapporté le témoin, aux premières loges près de la porte d’entrée. Mais le sexagénaire a continué de leur résister.

« Elle a dit à l’autre de se décaler et elle a tiré une fois »

Une gendarme « a lancé des trucs sur lui pour essayer de lui brouiller la vue et pour tenter de récupérer le couteau. Elle a aussi pris une chaise pour le bousculer mais il résistait toujours », a encore indiqué le témoin. Il a alors été fait usage d’un Tazer dans l’espoir que le forcené lâche prise. « Mais c’était comme si ça ne lui faisait rien. Il a continué de résister… »

Il semble que la gendarme, qui pointe son arme en direction de l’homme, redoute que sa collègue soit blessée. Raison pour laquelle elle lui aurait dit « de se décaler ». A plusieurs reprises, elle aurait intimé au forcené : « Lâcher son (votre) couteau ou je tire. » Estimant sans doute que la vie de sa collègue était menacée, elle a alors ouvert le feu. Une trentaine de minutes plus tard, Jean S. est décédé des suites du tir mortel en dépit de l’intervention des secouristes du SAMU, restés sur les lieux.

Double enquête

A la suite, le parquet de Saint-Denis a ouvert une double enquête. L’une, concernant le forcené décédé, a été confiée à la brigade de recherches de Saint-Benoît pour des faits de « menaces de mort matérialisées par une arme et violences avec arme sans ITT contre les ambulanciers et des gendarmes ». Des soupçons qui ne font guère de doute mais pour lesquels il y aura forcément extinction de l’action judiciaire puisque leur auteur est décédé.

L’autre enquête ouverte pour « violence volontaire avec arme ayant entraîné la mort sans intention de la donner » concerne l’auteure du tir mortel. Selon nos informations, les investigations tendraient à démontrer qu’elle a quelque peu perdu la maîtrise de la situation, peut-être sous l’effet de la panique. C’est ce que tendrait à confirmer l’enregistrement de la caméra individuelle d’intervention qui a immortalisé la scène.

Au-delà des conséquences sur la suite de sa carrière, liées à l’enquête de commandement, la décision d’engager ou pas des poursuites à son encontre au plan judiciaire revient à la procureure de la République, Véronique Denizot.

Etiquettes : Gendarmerie | Sainte-Rose

Dans la même rubrique

0💬
Tri :