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Responsable d'un accident, un conducteur se fait lyncher par une meute d'individus

Dans la nuit du 3 au 4 février dernier, sur la RN2 à hauteur de la Marine à Sainte-Suzanne, un accident de la circulation a failli tourner à la tentative de meurtre. En effet, le conducteur d'un véhicule a été pris à partie par une quarantaine d'individus après avoir percuté un deux-roues sans feu sur la quatre voies. Au total, 10 personnes ont été interpellées dont 4 ont été présentées en comparution immédiate ce mercredi au tribunal judiciaire de Saint-Denis.
Ecrit par Régis Labrousse – le jeudi 7 mars 2024 à 11H28

Un accident de la route a bien failli dégénérer en tentative de meurtre le 4 février dernier. Il est 2h50 du matin lorsqu'un véhicule percute un deux-roues sans feux sur la RN2 à hauteur de la Marine à Sainte-Suzanne. Le conducteur s'arrête pour porter secours à la victime qui poussait sa moto-cross sur la voie de droite. La victime, grièvement blessée à la tête et aux jambes, ne portait pas de casque. Presque immédiatement, des véhicules arrivent sur les lieux et les secours sont appelés. Il apparaît qu'il s'agit de dalons de la victime qui, quasiment aussitôt, s'en prennent au conducteur qu'ils tiennent pour responsable de l'état de leur dalon. Au total, il est pris à partie par une quarantaine d'individus. L'enquête mettra en lumière une scène de violences et de menaces de mort qui se déroule en trois temps, alternant coups et menaces de mort.

Le conducteur reçoit une trentaine de coups par des individus qui sont particulièrement véhéments. Dans un premier temps, le conducteur est encerclé près du camion de pompiers arrivé sur les lieux, puis est attrapé et entraîné vers le pont de la Marine. Selon des témoins présents, l'automobiliste est alors soulevé par un groupe d'individus qui veulent le passer par-dessus la rambarde. Toujours selon les témoins, ils auraient vu ses pieds décollés du sol et son corps à 90 degrés au-dessus du vide. Dans le même temps, ils disent avoir entendu des menaces de mort : "Si notre camarade y reste à terre, lui aussi !", et aussi, "Jette à li dans le fond", ou encore, "battons-le à mort".

Le conducteur a "vu sa dernière heure arriver"

Le conducteur, qui est instituteur à Bras-Panon, dira avoir vu "sa dernière heure arriver". Il ne doit son salut qu'à l'intervention d'une tierce personne qui va raisonner les jeunes surexcités qui finissent par le reposer au sol, évitant ainsi un deuxième drame. Il échappe probablement à une chute de cinq mètres sur des galets en contrebas. Il s'en tire avec une ITT de 21 jours, le nez et la pommette cassés, de nombreuses ecchymoses et un traumatisme psychologique important. Dans le même temps, comme pour accompagner l'acte à la parole, un des agresseurs est allé fouiller la voiture du conducteur pour récupérer sa carte grise afin d'obtenir son adresse. "La victime n'est pas rentrée chez elle après les faits, tellement elle avait peur des représailles", fustige le parquet à l'audience.

Au total, l'enquête menée par la compagnie de gendarmerie de Saint-Benoit permet d'interpeller dix individus, considérés comme les principaux protagonistes des violences et des menaces. Au final, neuf sont déférés au tribunal : quatre sont présentés en comparution immédiate et cinq sont convoqués devant un juge en décembre prochain.

"On nous prive d'un débat sur de possibles faits criminels"

Lors de l'audience de ce mercredi, l'avocat de la partie civile demande au tribunal de se déclarer incompétent et de renvoyer le dossier devant un juge d'instruction pour des faits de tentative de meurtre. "Je n'en démords pas, on nous prive d'un débat sur de possibles faits criminels", plaide Me Sébastien Navarro. Le parquet et la défense s'opposent à cette requête. "Ce serait contre-productif et donnerait lieu à des débats sans fin sur l'intention homicide. De plus, ça ne permettrait pas d'identifier plus de participants que ceux déjà poursuivis", explique le procureur pour justifier le choix de la comparution immédiate. La présidente joint l'incident au fond.

À la barre, les quatre prévenus, âgés de 21 à 28 ans, reconnaissent plus ou moins les faits de violences, mais contestent fermement les allégations de menaces de mort. Malgré une instruction parfaitement détaillée et complète, la présidente n'obtient que leur reconnaissance d'un coup pour les uns et une claque pour les autres.

"Quand on veut se venger, on fait n'importe quoi"

"Lorsqu'on fait n'importe quoi sur la route, on risque un accident", tance le procureur à l'entame de ses réquisitions. "Ils étaient venus pour faire la pousse. Un accident, ce n'est pas volontaire, ça arrive, mais quand on veut se venger, on fait n'importe quoi", poursuit le magistrat. "J'entends réclamer des peines sévères contre des prévenus mus par un effet de meute. Ils sont encore moins légitimes à lyncher la victime alors qu'ils faisaient n'importe quoi sur la route", conclut le parquet qui requiert 3 ans de prison dont 1 an de sursis pour trois des prévenus qui sont inconnus de la justice, et 3 ans de prison pour le quatrième qui a un casier de 10 mentions.

De leur côté, les défenses des prévenus expliquent les agissements par "un effet de meute", ajoutant qu'il y a "beaucoup de souffrance lorsqu'ils voient leur camarade au sol". "Il y a beaucoup d'incohérences dans ce dossier, les choses ne sont pas si évidentes", poursuit une robe noire. "Ils sont quatre devant vous, mais il y a 40 personnes sur les lieux, où sont les autres ?", s'étonne une des avocates. "Je demande le bénéfice du doute, car c'est au parquet d'apporter la preuve de la culpabilité. C'est une scène confuse durant laquelle mon client s'est interposé pour défendre la victime. Les témoignages, ce n'est pas très fiable. Il y a plus qu'un doute", conclut la dernière avocate à plaider.

Après délibération, le tribunal rejette la requête de la partie civile et se déclare compétent pour juger l'affaire. Les trois prévenus sans casier sont condamnés à trois ans de prison dont un an avec sursis probatoire, quant au quatrième, il est condamné à 2 ans de prison plus la révocation de 6 mois de sursis en raison de son état de récidive. Ils sont tous maintenus en détention.

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