Région : Trois membres de la majorité d'Huguette Bello rejoignent le groupe d'Éricka Bareigts

La convergence bareigtsienne va-t-elle provoquer un Big Bang à gauche ?
C'est un coup de maître réalisé par la maire de Saint-Denis. Trois membres du groupe d'Huguette Bello, Jacques Técher, Anne Chane-Kaye-Bone et Patrice Boulevart, ont transmis ce vendredi un courrier à la présidente de Région en indiquant à cette dernière leur choix de rejoindre le groupe Avenir mené par Éricka Bareigts. Les trois élus, mais plus globalement l'ensemble des membres de ce groupe, n'appellent pas à une remise en cause de la présidence mais à une inflexion de la gouvernance "prenant en compte les différentes attentes des forces politiques constituant la majorité régionale".
En effet, tous trois possèdent d'importantes délégations au sein de la collectivité régionale. Le premier, maire de Cilaos, soutien de la première heure d'Huguette Bello jusqu'aux dernières sénatoriales et ayant participé activement à sa campagne lors des régionales, est le vice-président de la Région délégué aux travaux et aux routes. Le deuxième, Patrice Boulevart, n'est autre que vice-président délégué aux mobilités durables (il est par ailleurs président du Syndicat mixte des transports de La Réunion - SMTR) tandis qu'Anne Chane-Kaye-Bone est élue régionale déléguée à la valorisation du patrimoine touristique.
Outre les trois élus précités, c'est bien l'ensemble des élus de la majorité régionale proches de la maire de Saint-Denis qui estiment avoir reçu une "fin de non-recevoir" de la part du secrétaire général du PLR, Emmanuel Séraphin, concernant leur demande de rééquilibrage de la politique régionale et de changement de méthode pour ouvrir l'union à toute la gauche. Au lendemain des élections sénatoriales, le maire de Saint-Paul avait indiqué qu'il n'y avait pas de débat sur la gouvernance régionale et qu'Huguette Bello était "la seule cheffe à la Région". "On considère que notre appel n'a pas été entendu", nous confirme un des élus du camp Bareigts.
Face à cette fin de non-recevoir et pour marquer leur désapprobation sur certaines décisions prises par la présidence (comme lors de la polémique sur le déplacement de la statue de Mahé de Labourdonnais ou dernièrement lors de la validation en commission permanente de l'avenant n°7 au marché de la conception du second viaduc de la Nouvelle Route du Littoral), ces trois élus ont décidé de changer de groupe, ce qui sonne comme un dernier avertissement envers la présidence de la Région.
Pas de remise en cause de la présidence mais une inflexion de la gouvernance
Outre la non-prise en compte supposée par le camp d'Huguette Bello des doléances de ses partenaires de la majorité régionale, ce sont également les fléchages financiers de la collectivité régionale "en faveur de deux ou trois communes" qui posent question, mais aussi la mainmise et l'opacité du cabinet sur les affaires régionales, nous confie-t-on. "L'objectif, c'est d'avoir un groupe au sein de la majorité régionale qui soit plus fort et de peser davantage sur les décisions, notamment dans les commissions permanentes ou thématiques. Aujourd'hui, dans l'Ouest, on voit qu'une commune est entre guillemets privilégiée, c'est Saint-Paul, dans l'Est c'est Saint-André et dans le Sud c'est Saint-Joseph alors qu'il y a des projets structurants qui doivent concerner tout le territoire et pas uniquement quelques communes".
En effet, sur des sujets d'importance comme ceux de la mobilité, des transports, de l'aménagement de zones d'activités économiques comme celle de Gillot ou des projets d'installation d'équipements comme des lycées et/ou centres de formation, les élus proches d'Éricka Bareigts ont le sentiment d'avoir été mis de côté.
Si les membres du groupe Avenir ne remettent pas en cause la présidence, ils lui reprochent néanmoins, ainsi qu'à son cabinet, un manque de reconnaissance. Ils estiment en effet "pallier les absences de certains élus du groupe Bello" lors des différentes commissions. "C'est grâce au groupe Avenir que les commissions peuvent se tenir. Nous sommes dans un état d'esprit constructif mais ce travail n'est pas valorisé", poursuit un autre élu du groupe d'Éricka Bareigts. Et de conclure : "Le constat que nous faisons, c'est que des décisions sont prises en ne tenant pas compte des positions qui peuvent être différentes des membres du groupe Avenir".


