Revenir à la rubrique : Politique

Réforme des retraites devant le Sénat : A-M Payet et J-P Virapoullé se livrent

Alors que deux nouvelles journées de mobilisation sont prévues demain samedi et le mardi12 octobre, les regards se tournent vers le Sénat qui s'empare du texte sur la réforme des retraites. Entretiens avec Anne-Marie Payet et Jean-Paul Virapoullé, sénateurs de La Réunion.
Ecrit par Ludovic Grondin – le vendredi 1 octobre 2010 à 07H39

A 9h30 mercredi matin, depuis Paris, Anne-Marie Payet nous confie sa position sur la question des retraites, quelques minutes avant de filer en Commission des affaires sociales. Entre autres préoccupations qui lui tiennent particulièrement à cœur, celle de la vente de tabac à La Réunion, problème pour lequel elle a déposé plusieurs amendements qu'elle souhaite voir aboutir. Elle clarifie également la position du groupe centriste au sein du Palais du Luxembourg.

L. Grondin : Quels sont les points sur lesquels vous comptez personnellement intervenir ? Y-a-t-il des spécificités réunionnaises ?

A-M Payet : "J'ai prévu d'amender sur la retraite des agriculteurs en outre-mer. Je déposerai en ce sens un amendement sur la taxation lors de la cession des terrains nus qui leur permettra de partir plus tôt à la retraite. En second lieu, je déposerai un amendement demandant à mieux comptabiliser le travail des jeunes qui sont dans leurs années d'études. Combien de jeunes acceptent de travailler au noir pour financer leurs scolarités ? C'est inacceptable".


Quel est votre avis sur cette réforme des retraites ?


"Ce n'est finalement qu'une réforme d'étape, il faut bien comprendre cela. D'autres réformes suivront dans les années à venir, quel que soit le gouvernement. Le message doit être compris de tous : il faut sauver notre système par répartition. Le vieillissement de la population oblige à réagir".


Quelles sont, dans ce contexte de déficit et d'endettement, les pistes à envisager ?


"Il faut selon moi élargir l'assiette de cotisation sociale en même temps que revoir le taux de 50% du bouclier fiscal. Un amendement sur la prise en compte de la pénibilité doit également être proposé. Le départ à la retraite à 62 ans ne doit évidemment pas l'être pour tous les types de postes. Mais la réforme est complexe. Elle n'est pas aidée dans sa lisibilité par la multitude de régimes, pas moins de 35 différents. Ce qui n'est pas équitable, c'est le système de réversion qui favorise le régime du public".

Quelle sera la position du groupe centriste dans le vote du projet de loi ?

"Nous allons faire corps avec le groupe UMP même si les amendements que nous proposerons témoigneront de notre souhait d'opérer des modifications au texte voté par les députés. De toute façon, sans l'Union centriste, la droite n'est pas majoritaire au Sénat. Pour ma part, je voterai pour la réforme des retraites".

Jean-Paul Virapoullé, joint à Paris après une matinée de travail parlementaire en Commission des lois dont il fait partie, nous livre ses impressions sur l'enjeu de cette réforme tout en y mêlant expériences de députés et anecdotes de couloirs :

L. Grondin : Quel est l'enjeu de cette réforme des retraites ? N'y a-t-il pas un déficit d'explication ?


J-P Virapoullé : "Il faut reconsidérer cette réforme à sa juste dimension. Ce n'est ni la première, ni la dernière. Celle-ci est censée nous offrir la garantie de la sauvegarde de la retraite par répartition jusqu'à l'horizon 2018. Il faut se dire que le Président de la République ne fait pas une réforme pour faire plaisir, c'est un risque. Mais c'est un risque qui doit être assumé".


Quelles sont les pistes à envisager ?


"Je rejoins la proposition de la CFDT qui prône une fusion des régimes. Évidemment, çà ne sera pas pour cette réforme-ci, mais c'est une mesure de bon sens qui devra un jour ou l'autre se faire. Je pense aussi qu'on aurait pu sortir la CSG et la CRDS du bouclier fiscal".


Le vote au Sénat va-t-il être une simple formalité ?


"Nous ne sommes pas une chambre d'enregistrement. Nous devons veiller à l'équité des lois que nous votons. Les sénateurs de mon groupe feront des propositions en faveur des mères de famille avec trois enfants, des chômeurs de longue durée, des handicapés mais aussi des travailleurs qui évoluent dans des conditions difficiles. Nous attendons le 5 octobre pour prendre connaissance du rapport de Dominique Leclerc, rapporteur du texte devant le Sénat".

Les manifestations du 2 et du 12 octobre peuvent-elles influencer les sénateurs ?

"C'est leur droit de manifester tout comme c'est mon devoir de représenter l'intérêt de l'institution qui s'apprête à voter pour ou contre une réforme".

Envisageons le cas de figure où la gauche serait au pouvoir en ce moment même, qu'aurait-elle fait de mieux ou de moins bien selon-vous ?

"Je me souviens de l'année 1991 où Michel Rocard avait proposé cette année-là, la création de la Contribution Sociale Généralisée. J'étais député UDF. Avec André Thien Ah Koon, Henry Jean-Baptiste (ndlr : député de Mayotte), j'ai voté pour la création de la CSG malgré l'avis défavorable de mon groupe parlementaire. Nos avons sauvé à cette époque la retraite française par répartition. Cela m'avait valu des regards désapprobateurs sur l'heure mais certains amis députés ont finalement compris que l'opposition systématique n'était pas de mise à ce moment-là.

En parlant de posture politique, je rappelle que la droite qui n'a pas voté la CSG en 1991 est la même qui, en 1993 (sous Balladur), a augmenté le taux de la même CSG. De plus, c'est la droite qui instaure la contribution au remboursement de la dette sociale (CRDS) quelques années plus tard. Voilà pourquoi je dis qu'il ne faut pas jouer avec le feu. Le sujet possède trop d'enjeux car la sécurité sociale c'est la paix sociale. Le caractère polémique du débat ne facilite pas la réflexion".

Ndlr : Gélita Hoarau, sénatrice de La Réunion, contactée à Paris, souhaite pour sa part évoquer son point de vue dans un point presse une fois de retour sur l'île.

 

Etiquettes :

Dans la même rubrique

0💬
Tri :