Privés d’eau depuis 40 ans, ces habitants de la Chaloupe demandent à être reliés au réseau

“C’est une situation inacceptable à La Réunion. Les problèmes d’accès à l’eau font la une de l’actualité à Mayotte et dans l’Hexagone, mais le problème n’est toujours pas réglé sur l’île. On a réussi à raccorder des quartiers encore plus hauts et plus reculés, mais les démarches des habitants n’ont jamais abouti ici”, explique Perceval Gaillard, député et à l’origine de cette conférence de presse organisée dans les hauts de la Chaloupe Saint-Leu.
Depuis près de 40 ans, les habitants du chemin Emmanuel Payet demandent à être enfin raccordés au réseau d’eau. “On utilise 15 ou 20 bouteilles par semaine, juste pour boire. La retenue collinaire que j’ai construite quand j’étais encore agriculteur nous permet d’alimenter quelques maisons de ma famille. Mais on est dépendant des pluies et des quelques livraisons de la commune”, témoigne Ivrin Cadet. Planteur de géranium aujourd’hui à la retraite, l’homme raconte les difficultés du quotidien liées à ce manque d’eau. “Cela fait plusieurs années qu’on doit vidanger la retenue, mais cela veut dire qu’on doit s’en priver durant les travaux”, poursuit le Saint-Leusien.

La retenue devrait être purgée et rénovée mais la famille ne peut pas s'en passer.
Ses filles, Sylviane et Laura expriment leur ras-le-bol de se voir priver d’eau malgré les nombreuses demandes. “J’ai ouvert un gîte, mais j’ai dû arrêter mon activité, car on ne pouvait pas accueillir les gens dans de bonnes conditions”, s’agace Laura. “On a été voir tous les maires depuis des années, rien n’a changé. On a des enfants et des personnes âgées”, poursuit Sylviane.
“Si vous voulez développer les Hauts, donnez-nous de l’eau !”
Quelques centaines de mètres plus haut dans le chemin, Jean-Paul Patouma, un riverain, montre l’installation payée par la mairie. “C’est un très bon système de filtrage, il a coûté environ 10.000 euros. Mais on ne l’utilise jamais, car avec le manque de pluie on a pas d’eau. En plus, pour se mettre en route, la machine expulse beaucoup d’eau. Je ne peux pas me permettre de gâcher autant", détaille Jean-Paul.
L’homme s’agace de voir le manque d’eau entraver l’économie du quartier. “Nous avons des terrains où on est obligé de faire un peu d’agriculture vivrière. Mais on voudrait les mettre en valeur. Je rêve de pouvoir vraiment me lancer dans le secteur, mais sans eau comment faire ? Mon projet de ferme pédagogique ne pourra pas décoller non plus sans eau. Si vous voulez développer les Hauts, donnez-nous de l’eau !”, réclame Jean-Paul.
Les habitants du chemin se sentent mis de côté. D’autant plus que des travaux en 2011 font passer une conduite à 200 mètres de la retenue collinaire d’Ivrin Cadet. “Ils ont fait ça après l’incendie au Maïdo, pour permettre aux pompiers d’avoir de l’eau dans les Hauts. C’est très bien, mais c’est frustrant pour nous”, rapporte un autre riverain.
Des courriers vont être déposés auprès de la préfecture et des services de l’Etat concernés. En attendant, les habitants attendent la fin de la saison sèche avec impatience afin de remplir un peu les réserves.


