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Pieds nus dans les hauts de Manapany : la bouleversante dernière vie de Vincent Lièvremont, frère de légendes du rugby

Ecrit par Lény-Huayna Tible – le lundi 25 mai 2026 à 15H58
Photo fournie par sa Ligue de rugby de La Réunion.

Il avait choisi La Réunion il y a plus de trente ans, presque comme on choisit une autre vie. Loin de la métropole, loin aussi de la notoriété de ses frères Marc et Thomas Lièvremont, Vincent Lièvremont s’est éteint il y a quelques jours des suites d’un cancer des os généralisé. À 56 ans, celui qui avait trouvé refuge dans le rugby réunionnais laisse le souvenir d’un homme libre, atypique, profondément attaché à l’île et à ses habitants. Un personnage discret, un peu sauvage parfois, mais aimé de tous ceux qui l’ont croisé.

Quand il débarque à La Réunion au début des années 1990, Vincent Lièvremont ne sait probablement pas encore qu’il y passera la plus grande partie de sa vie. À l’époque, le jeune troisième ligne arrive presque comme un aventurier. Sans bruit. Sans plan de carrière. Avec seulement cette envie de partir loin.

"Il voulait partir au bout du monde. Il voulait changer de vie", se souvient aujourd’hui Armon Coupou, ancien président du XV Dionysien, qui l’accueille chez lui pendant plusieurs mois à son arrivée sur l’île.

Très vite, Vincent Lièvremont trouve sa place dans le rugby réunionnais. Au XV Dionysien d’abord, puis dans plusieurs aventures autour du rugby à 7, discipline en plein développement à l’époque. Jean-Michel Piron, aujourd’hui président de la Ligue réunionnaise de rugby, se souvient notamment des premières expéditions au célèbre Safari Sevens au Kenya. "Il a participé surtout au rugby à 7, aux premières joutes qu’on a faites", raconte-t-il.

Sur le terrain, Vincent Lièvremont possède des qualités certaines. "Il avait d’énormes qualités rugbystiques", raconte encore Armon Coupou. Mais ce n’est pas vraiment pour son palmarès que les Réunionnais se souviennent de lui aujourd’hui.

C’est pour l’homme.

Parce que Vincent Lièvremont n’a jamais ressemblé aux autres.

Pieds nus, barbe et cheveux longs

Au fil des années, il s’éloigne doucement des cadres classiques. Pendant un temps, il travaille comme gardien de piscine au Créolia. Puis dans l’aérien, chez Air Madagascar, aux côtés de Nicolas Charlet. Il voyage aussi beaucoup entre La Réunion, la Thaïlande et le Cambodge.

Mais surtout, il adopte progressivement un mode de vie à part.

"Il habitait un petit peu à la sauvage, pieds nus, la barbe, les cheveux longs", raconte Jean-Michel Piron. Dans les hauts de Manapany, où il finit par s’installer ces dernières années, Vincent Lièvremont mène une existence discrète, presque retirée du monde. Une vieille case créole, quelques proches, sa fille notamment, beaucoup de nature.

"Il aimait bien les vieilles cases. Il vivait un peu en marge", raconte Armon Coupou.

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Avec le temps, Vincent Lièvremont avait fini par devenir une silhouette presque familière du Sud sauvage. Ceux qui le croisaient à Manapany ou à Saint-Pierre racontent un homme vivant simplement, souvent loin du tumulte. "Il était toujours en short, pieds nus", insiste encore Armon Coupou.

Une manière d’être qui pouvait surprendre, mais qui correspondait profondément à sa personnalité. Il semblait avoir trouvé dans les hauts de l’île une forme de paix discrète, loin des codes, loin des apparences. Lui qui appartenait à une famille connue du rugby français (ses frères Marc et Thomas ayant notamment porté les couleurs du XV de France) avait choisi l’effacement plutôt que l’exposition. À La Réunion, il n’était pas "le frère de". Il était simplement Vincent.

Et cette vie simple lui ressemblait profondément.

"Il aimait la vie"

À La Réunion, beaucoup le décrivent comme quelqu’un d’extrêmement attachant. Un homme qui aimait discuter pendant des heures, chanter après les matchs, partager des repas et refaire le monde autour d’un verre. "C’est quelqu’un qui aimait la vie. Il aimait le rugby et puis la vie", résume son ancien président.

Même éloigné des terrains, Vincent Lièvremont n’avait jamais totalement coupé le lien avec l’ovalie.

Et cette vie plus marginale ne l’avait pourtant jamais coupé des autres. Au contraire. Dans le rugby réunionnais, beaucoup parlent encore d’un homme généreux, facile à aimer, capable de disparaître plusieurs semaines puis de revenir comme si rien ne s’était passé. "C’était quelqu’un qui faisait partie de la famille du rugby", insiste Armon Coupou.

Récemment encore, il accompagnait son petit-fils à l’école de rugby de Saint-Pierre. Comme un dernier fil entre lui et ce sport qui avait marqué toute sa vie.

Son décès a provoqué beaucoup d’émotion dans le rugby réunionnais. Parce qu’au-delà du joueur, beaucoup perdent surtout un compagnon de route. Une figure familière des clubs, des troisièmes mi-temps et des longues discussions d’après-match.

Sur la fin de sa vie, Vincent Lièvremont combattait un cancer deson Coupou. Fidèle jusqu’au bout à cette philosophie de vie instinctive et libre qui le caractérisait tant.

Sa deuxième famille

Lors de ses obsèques organisées à La Réunion il y a quelques jours, sa famille avait fait le déplacement depuis la métropole. Sa mère, certains de ses frères et sa sœur étaient présents pour lui rendre un dernier hommage.

Mais au fond, Vincent Lièvremont appartenait depuis longtemps déjà à La Réunion.

À cette île qu’il avait choisie. À ces terrains de rugby où il avait trouvé une deuxième famille.

À cette vie simple, cabossée parfois, mais profondément libre. Jusqu'au bout.

Etiquettes : La Réunion | Sport

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