Parricide de Grand-Galet : la douleur et l'incompréhension de la famille de Jean-Yves Grondin

Trois ans après le meurtre d’un retraité par sa propre fille à Saint-Joseph, sa famille était réunie mardi 28 octobre pour l’audience en irresponsabilité pénale de la suspecte. Une souffrance pour les proches, qui réfutent la thèse de l’abolition du discernement.
Une douleur insurmontable doublée d’une immense frustration face à l’œuvre de justice. C’est le terrible sentiment éprouvé par les proches de Jean-Yves Grondin, tué dans sa maison de Grand-Galet par sa propre fille la nuit du 17 septembre 2022 à Saint-Joseph.
Trois ans après les faits, et alors que les experts psychiatres ont conclu à l’abolition du discernement de la mise en examen au moment des faits, l’affaire se retrouvait mardi 28 octobre devant la chambre de l’instruction à l’audience en irresponsabilité pénale. Une nouvelle épreuve pour l’épouse, les enfants et petits-enfants de l’homme de 68 ans, qui n’ont jamais cru à la thèse selon laquelle M-D., l’une de ses trois filles, avait poignardé son père dans un coup de folie.
"Trouble bipolaire non traité"
Ce sont pourtant les conclusions des deux experts psychiatres qui ont examiné la suspecte lors de sa garde à vue puis durant l’instruction, estimant que la femme de 44 ans était atteinte d’un « trouble bipolaire non traité » avec « des idées délirantes de persécution » lorsqu’elle a commis son geste fatal.
La quadragénaire, mère de trois enfants, était revenue vivre chez ses parents à leur demande après un premier épisode de perte de contrôle survenu le 8 septembre. Persuadée d’un « complot » contre sa benjamine, elle avait causé un incident devant l’école de la petite en publiant plus de 80 vidéos incriminant la communauté scolaire, ce qui lui avait valu d’être placée en garde à vue. A la suite de quoi elle se terrait chez elle, « recluse dans le noir ».
Coup de couteau mortel
La nuit des faits, M-D. est de nouveau victime « d’insomnie et de crise d’angoisse ». Et lorsque ses parents lui demandent d’aller se coucher dans la chambre, elle emmène un couteau avec elle. Puis, sans raison apparente, elle se met à menacer sa mère. Jean-Yves Grondin arrive alors et tente de la désarmer. Mais il reçoit un coup mortel au niveau de l’abdomen.
Aux gendarmes puis devant les experts, la suspecte dira avoir une enfance difficile, évoquant de la violence et de l’alcool au sein de la famille. Une souffrance supplémentaire pour l’épouse et les enfants de Jean-Yves Grondin, qui nient fermement ces accusations. Et doivent en plus supporter de croiser l’auteure des faits dans la rue, elle qui a été libérée sous contrôle judiciaire après 13 mois d’hospitalisation d’office et neuf mois de détention provisoire.
"Un homme extraordinaire"
« Elle a menti, elle a joué un jeu. Elle a fait ça par jalousie, après que mon père a fait une donation de terrain à ma sœur » dit Edwige, l’une des filles de la victime. Des parties civiles particulièrement frustrées de ne pas avoir eu la parole durant les débats, ce que ne prévoit pas la procédure.
« On aurait aimé dire un mot pour Papa, dire quel homme extraordinaire il était. Il nous a tout appris : la nature, la rivière, les randonnées. C’était un homme bon, ses petits-enfants l’adoraient aussi » poursuit la sœur de l’accusée.
« Ils ne croient pas à l’abolition de son discernement. Elle a multiplié les affabulations tout au long de l’enquête, allant jusqu’à salir la mémoire de son père », plaide Me Emma Delaunay pour la famille Grondin. « Lors de l’incident de l’école, elle a admis qu’elle avait surréagi, elle était consciente de son comportement » souligne l’avocate.
"Délire en lien direct avec le crime"
Mais pour le parquet général, il faut tenir compte de l’avis des experts, chargés de statuer sur l’état de santé mentale de l’accusée au moment des faits. « Je sais que c’est difficile à comprendre, que c’est très douloureux. Mais nous ne sommes pas médecins, et ceux-ci concluent que la phase de délire de l’accusée est en lien direct et exclusif avec le crime » explique l’avocate générale, en requérant une hospitalisation totale de la mise en examen déclarée irresponsable de meurtre sur ascendant, avec obligation de soins, interdiction de contact avec la famille et interdiction de détenir une arme.
En défense, Me Clotilde Pauvert demande la confirmation de la décision du juge d’instruction reconnaissant l’irresponsabilité pénale de sa cliente, fustigeant « le manque d’accompagnement et de prise en charge » des cas psy comme celui-ci.
"Un enjeu réel de santé mentale à La Réunion"
« Il y a un enjeu réel de santé mentale dans les familles réunionnaises, avec de trop nombreuses personnes qui ne sont pas suivies » soulève le conseil, reprenant dans le détail « une pathologie qui évoluait à bas bruit. » Et l’avocate d’aller plus loin, en demandant à la cour une requalification des faits en « violences ayant entraîné la mort sans intention de la donner. » « Elle regrette ce qui est arrivé, elle n’a jamais voulu tuer son père », conclut-elle.
En fin d’audience, la mise en examen prendra rapidement la parole pour « dire pardon à (s)a famille. » « Je ne voulais pas ça. J’aimais mon papa aussi », dit M-D. d’une petite voix.
Des excuses qui n’auront fait que renforcer la colère de la famille, plongée dans l’incompréhension face à ce qu’ils considèrent comme une erreur judiciaire. La cour rendra son arrêt le 4 novembre.
Lire aussi : Parricide à La Saline, un geste fou sur fond de misère sociale


