Orientations budgétaires 2025 du Département : entre prudence et ambition

Lors de la séance plénière de ce mercredi 27 novembre 2024, le Département de La Réunion a présenté ses orientations budgétaires pour l’année 2025. Un exercice financier "particulièrement contraint" pour le président Cyrille Melchior, qui a insisté sur l’importance de maintenir une gestion rigoureuse face à des recettes en baisse.
Une pression croissante sur les recettes
Le Département fait face à des difficultés en matière de recettes fiscales. Les droits de mutation (DMTO) connaissent une baisse significative, tout comme le fonds de péréquation qui y est lié. La Taxe Tabac, dont les recettes fluctuent fortement, reste également peu dynamique. Par ailleurs, les dispositions du Projet de Loi de Finances 2025 s’annoncent défavorables : le gel de la TVA – pourtant transférée au Département – et la suppression du Fonds de compensation de la taxe sur la valeur ajoutée (FCTVA) pour le fonctionnement contribueront à une baisse globale des recettes. Ces mesures contraignent la collectivité, qui doit déjà faire face à une hausse de ses dépenses obligatoires, estimée à 47 millions d’euros entre 2024 et 2025.
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Malgré ce contexte tendu, le Département souhaite préserver une gestion prudente de sa dette, dont le niveau par habitant (450 euros) reste inférieur à la moyenne nationale, avec un taux moyen d’emprunt de seulement 1,5 %.
Un effort d’optimisation nécessaire
Pour 2025, le Département prévoit un budget de fonctionnement de 1,1 milliard d’euros, soit une augmentation de 3% par rapport à 2024. Toutefois, cette hausse ne suffira pas à compenser la dynamique des charges rigides et obligatoires. Le président de la collectivité, Cyrille Melchior, a insisté sur la nécessité de prioriser et d’optimiser les dépenses, malgré les 180 millions d'euros d'investissements prévus par la collectivité pour 2025. Un montant en baisse par rapport aux années précédentes. "Je le dis clairement : on va devoir réduire et décaler certains investissements. Chaque année, nous investissons près de 210 millions d'euros, mais lorsque l'inflation avoisine les 2,5 / 3%, cela génère 30 millions d'euros de dépenses de plus sur le budget du Département. Dans le même temps, nos recettes ne progressent pas", explique-t-il.
Lors de son récent déplacement aux Assises des Départements de France, Cyrille Melchior a souligné les problématiques spécifiques des territoires ultramarins, en particulier la vie chère, avec des écarts de coût de 19% à 38% par rapport à l’Hexagone.
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Le président de la collectivité départementale a appelé à une action résolue de l’État pour lutter contre l’opacité des prix et garantir un meilleur pouvoir d’achat, notamment via un élargissement du Bouclier Qualité Prix et la mise en place d’un nouvel outil, le "Bouclier Vie Chère". Il a également attiré l’attention sur le vieillissement de la population réunionnaise, un défi de long terme qui impacte directement les finances départementales, notamment à travers l’Allocation personnalisée d’autonomie (APA), en hausse de 10 % ces trois dernières années.
"Nous abordons l’année 2025 avec prudence et mesure, mais également avec la détermination de poursuivre les dix ambitions de notre plan de mandature", a-t-il affirmé, appelant à une gestion rigoureuse pour garantir des services publics adaptés aux besoins des Réunionnais.
Une opposition mobilisée pour des propositions concrètes
Monique Orphé, du groupe d’opposition "Une ambition pour le Département", a appelé pour sa part le Département à une réponse "responsable et solidaire aux enjeux actuels". Elle a plaidé pour une série de propositions visant à protéger les populations les plus vulnérables et à renforcer les services publics.
Elle a notamment appelé à étudier la construction de nouveaux collèges pour limiter la surcharge dans les établissements existants, à instaurer progressivement une cantine à un euro pour les élèves, et à développer un Projet éducatif global "face au climat scolaire dégradé". Elle a également défendu la création d’hébergements d’urgence en partenariat avec l’État et les collectivités locales, ainsi qu’une meilleure décentralisation des Maisons départementales des personnes handicapées (MDPH) pour faciliter les démarches des usagers. Elle a aussi demandé à ce que les violences sous toutes leurs formes soient érigées en grande cause départementale.
"Il est impératif que ces orientations budgétaires 2025 intègrent des mesures adaptées et solidaires pour répondre aux besoins cruciaux de notre communauté", a-t-elle conclu, appelant à une démarche constructive.
Un budget sous tension
Avec un contexte budgétaire national contraignant et des enjeux locaux pressants, le Département de La Réunion devra jongler en 2025 entre ambitions sociales, maîtrise des dépenses et incertitudes sur ses recettes. Si la collectivité entend maintenir un haut niveau d’investissement, les prochains mois seront déterminants pour concilier rigueur et solidarité.


