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Municipales 2026 : Entre guerre de succession, légitimation des premiers mandats et poursuite de règne, le Sud en ébullition

Ecrit par Gaetan Dumuids – le vendredi 13 mars 2026 à 22H11

Dans le Sud, cette campagne électorale promet du suspense dans les deux plus grandes villes où va se jouer la succession de Michel Fontaine à Saint-Pierre et celle d’André Thien Ah Koon au Tampon. Les maires nouvellement élus devront faire valider leur premier court mandat, tandis que les maires déjà bien installés vont tenter de conserver leur trône.

Il y a dans l'air cette atmosphère si particulière à l'approche d'une élection municipale. L'élection la plus prisée des Réunionnais suscite toujours une grande agitation au sein des états-majors, chez les militants ou même dans la population générale. Depuis des mois, l'échéance électorale est dans toutes les têtes et chaque sortie ou communiqué est parfaitement calibré par les candidats.

Lire aussi : Municipales 2026 : vers un mandat de sept ans pour les maires ?

Dans le Sud, ce sont les deux plus grandes villes qui vont attirer tous les regards. Les deux maires historiques ne seront pas présents, pouvant redistribuer les cartes dans les deux places fortes du Sud. Celui ou celle qui mettra la main sur l'une de ces communes aura également la main sur l'une des deux intercommunalités sudistes. Les enjeux sont donc importants et la mobilisation est forte.

Dans les villes où les maires sont installés depuis plusieurs mandats, il sera difficile pour leurs opposants de les déloger. En revanche, les maires qui sortent de leur premier mandat devront faire légitimer par la population le travail entrepris et faire face à des opposants de longue date… ou à certains anciens membres de leur majorité.

Petit tour d'horizon, commune par commune, des candidats déclarés ou très fortement probables. La liste n'est pas exhaustive pour le moment et ne contient que les noms connus à l'heure d'écrire ces lignes.

Saint-Pierre :

Disparu le 27 mars dernier, Michel Fontaine a laissé un héritage colossal à Saint-Pierre… mais également un trône libre. Après plusieurs jours de tractations, les élus municipaux ont finalement élu l'ancien député David Lorion pour lui succéder. Ce dernier avait donc juste un an pour convaincre la population et sa majorité qu’il était le successeur naturel de Michel Fontaine.

Malheureusement pour lui, c'est celle qui l'a déjà battu à deux reprises lors des élections législatives qui se dresse face à lui. Emeline K/Bidi se lance donc de nouveau avec le soutien de la majorité régionale. La gauche sera bien représentée puisque Ruth Dijoux obtient le soutien de nombreux partis.

Le maire actuel devra également faire face à celui qui lui avait pris la place au second tour lors des élections législatives anticipées de 2024 avec la liste RN, Jonathan Rivière. Néanmoins, ce dernier n'a pas encore été investi par le RN 974, contrairement au scrutin précédent.

Jean-Gaël Anda, élu puis opposant de longue date à Michel Fontaine, est également dans la course. Pour sa troisième tentative, il se présente sans étiquette et réaffirme son indépendance.

Opposante municipale depuis 2014, Virginie Gobalou se classe également à gauche, bien qu'elle ait pris un peu de distance avec le PS. Elle se présente pour la troisième fois à la mairie de Saint-Pierre. Cette nouvelle candidature intervient toutefois dans un contexte particulier, plusieurs formations politiques qui l’avaient soutenue par le passé — le Parti socialiste, le Progrès, le PLR ou encore le Parti communiste — apportant désormais leur parrainage à d’autres candidates de gauche.

Également ancien conseiller municipal de Michel Fontaine et conseiller communautaire à la CIVIS, Bernard Von-Pine se présente aussi sans étiquette.

Enfin, sur le fil, Raymond Vimbaye a inscrit sa liste « La gauche sociale ». Déjà candidat à plusieurs reprises, il s'était fait remarquer en janvier dernier lorsqu'il avait lancé des accusations à l'encontre de Michel Fontaine lors d'un meeting d'Emeline K/Bidi.

Le Tampon :

Ayant été obligé de quitter son mandat en juin 2024 après avoir été frappé de trois ans d'inéligibilité dans l'affaire de la SPL Sudec, André Thien Ah Koon ne peut donc pas poursuivre son règne historique sur la commune. Celui que deux générations de Tamponnais ont toujours connu laisse un héritage immense sur une commune qu'il a entièrement transformée. Pour lui succéder, c'est naturellement son fils Patrice que les élus municipaux ont élu. Comme son homologue saint-pierrois, il a disposé de quelques mois pour convaincre.

Néanmoins, son élection par le conseil municipal ne semble pas avoir fait que des heureux. Plusieurs élus ont décidé de quitter la majorité municipale pour se ranger derrière Alfrédo Fontaine qui mènera la liste du parti Nouvelle Vague.

Opposante de longue date à André Thien Ah Koon, Nathalie Bassire n'entend pas changer de position face à Patrice Thien Ah Koon et se présente à nouveau dans une élection concernant la commune ou la circonscription. Comme elle, Antoine Fontaine est de toutes les campagnes électorales et ne compte pas se décourager.

Face à eux, Alexis Chaussalet semble le seul candidat marqué à gauche. Soutenu par une forte union allant d'Huguette Bello à Patrick Lebreton, en passant par les députés Lebon et Gaillard, il dispose d'un fort soutien. Mais cela sera-t-il suffisant pour faire basculer une commune historiquement à droite ?

Saint-Louis :

Après avoir fait durer le suspense, Juliana M’Doihoma s'est officiellement déclarée candidate et va tenter de briguer un deuxième mandat à la tête de la commune. Après un premier exercice consacré à la stabilisation des finances et au lancement de grands projets structurants, elle va tenter de faire valider ses efforts par la population.

Face à elle, Fabrice Hoarau, fils de l'ancien maire Claude Hoarau, va tenter de ramener la mairie dans le giron familial. Soutenu par l'union des forces progressistes, il bénéficie du soutien d'Huguette Bello et de Patrick Lebreton, en plus de disposer du réseau de militants de son père.

Toujours à gauche, Rémy Bourgogne est quant à lui soutenu par le PS local avec Ericka Bareigts, le député Philippe Naillet et la sénatrice Audrey Bélim. De son côté, le PCR soutient Philippe Raïnin Rangama qui veut pourtant « dépasser les étiquettes ».

Ancien membre de la majorité actuelle qu'il a quittée en 2023, Pascal Mangué compte bien jouer les trouble-fête. Se présentant sans étiquette, il affirme se présenter en raison d'une « volonté citoyenne ».

Emmanuelle Sinacouty, ancienne première adjointe de Patrick Malet et vice-présidente du CCAS, veut quant à elle s'appuyer sur son expérience politique et de terrain pour accéder au fauteuil de maire.

Enfin, le pourvoi en cassation de sa peine d’inéligibilité ayant été repoussé au 25 mars, soit trois jours après le deuxième tour, Cyrille Hamilcaro a donc le champ libre pour se présenter. Il devrait officialiser en février.

Un autre prétendant s’est également manifesté avec l'investiture d'un candidat "Debout la France" : Maximilien Boqui-Queni, artisan retraité, connu à Saint-Louis sous le nom de "Ti Coq", président du Mouvement populaire des citoyens de Saint-Louis. Il dit se présenter "pour faire avancer Saint-Louis" avec pour objectif de "libérer la ville" et l’ambition de"faire la politique autrement".

Saint-Joseph :

Officiellement déclaré candidat fin janvier, Patrick Lebreton brigue un cinquième mandat à la tête de la commune. Même s'il ne fait pas partie des candidats soutenus par LFI, cela ne devrait pas avoir d'influence tant il semble difficile, voire impossible, de le déloger de la mairie.

C'est pourtant le pari que va tenter Jeannot Lebon, qui s'est positionné depuis plusieurs années comme l'opposant numéro un au maire. Après avoir rassemblé plus de 20 % des suffrages en 2020, il espère pouvoir faire mieux et mettre fin aux 25 ans de l’ère Patrick Lebreton à Saint-Joseph.

L'Étang-Salé :

Après la rocambolesque annulation des élections municipales de 2020, qui avait vu Jean-Claude Lacouture l'emporter d'une voix sur Mathieu Hoarau, ce dernier avait largement pris sa revanche en 2022 lorsque les habitants ont été appelés à revoter. Il ne peut donc pas s'appuyer sur un mandat complet, mais mise sur le travail effectué depuis pour convaincre les habitants de lui renouveler leur confiance.

De son côté, Jean-Claude Lacouture est bien décidé à retrouver la mairie qu'il a dirigée pendant 25 ans. Malgré l'échec de 2022, où il avait perdu dès le premier tour, il compte bien empêcher le maire actuel d'obtenir un nouveau mandat.

Face à eux, une ancienne membre de sa majorité, Lydie Delgard, va également tenter d'accéder au fauteuil de maire. Pour cela, la cheffe de projet au Conseil régional peut compter sur le soutien d'Ericka Bareigts. Autre dissidente de la majorité municipale à avoir quitté ses fonctions pour se retrouver dans l'opposition, Isaline Tronc a présenté sa candidature pour faire face à celui qu'elle avait soutenu lors de la dernière campagne électorale.

De son côté, l'écologiste Vincent Defaud peut compter sur le soutien d'Huguette Bello et de l'union des forces progressistes de La Réunion.

Petite-Île :

À la tête de la commune depuis 2014, Serge Hoareau compte bien rempiler pour un nouveau mandat. Fort d'un bilan de près de 12 ans, il est le favori à sa propre succession.

Face à lui, la vice-présidente de Région Lorraine Nativel compte créer la surprise sous la bannière du PLR. En plus du soutien d'Huguette Bello, elle compte aussi sur celui du Progrès de Patrick Lebreton et d’Élie Hoarau du PCR.

À l'autre bout du spectre politique, Harold Fontaine compte profiter de la vague RN au plan national pour s'installer dans le fauteuil de maire.

L'Entre-Deux :

Encore une commune où il sera difficile de déloger le résident de la mairie. Bachil Valy va tenter de poursuivre l'aventure à la tête de la municipalité qu'il dirige depuis 2001.

Pour tenter de mettre fin à ce règne sans partage depuis 25 ans, seule la conseillère départementale Camille Clain s'est officiellement déclarée pour le moment. Cette proche de Juliana M’Doihoma mène la liste « la Voix des possibles », qui se veut être une liste sans étiquette, issue du terrain.

Saint-Philippe :

Fortement installé à la tête de la commune depuis 2009, Olivier Rivière n'a pas l'intention de passer la main. Face à lui, Annielle Payet bénéficie du soutien d'Huguette Bello et de Patrick Lebreton pour faire basculer la commune à gauche. De son côté, Joël Damour veut s'appuyer sur ses 26 ans en tant que conseiller municipal pour convaincre les électeurs.

Les Avirons :

A l'issue de son premier mandat, Éric Ferrère s'est officiellement déclaré en janvier. Objectif, tenter de conserver son fauteuil, fort de son bilan.

Comme de nombreux autres maires, il va devoir faire face à d'anciens soutiens qui ont quitté sa majorité. C'est le cas de Nadia Roche Lesquelin, qui a quitté la majorité pour monter un groupe d'opposition avec d'autres élus. Elle a officiellement lancé sa candidature et les hostilités.

À gauche, Marie-Claude Zettor se présente sous la bannière PLR d'Huguette Bello. Dominique Vendôme, partage le même côté de l'échiquier politique mais se trouve à la tête d'une liste citoyenne. En 2020, il s'était déjà lancé dans la bataille.

Cilaos :

Dans le cirque, Jacques Técher tente également d'obtenir un second mandat. Face à lui, l'ancien conseiller municipal Gaël Firmant est très critique sur la politique menée par la majorité sortante. Le maire en place, qui a rompu avec la majorité régionale, voit donc Huguette Bello présenter face à lui Laïla Nassibou. Cette dernière compte s'appuyer sur l'annulation de la procédure de biens sans maîtres engagée par la municipalité pour convaincre les habitants.

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