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Monique Orphé : "Un danger pèse sur la loi Evin"

Pour Monique Orphé, les “assouplissements” qui viennent d’être votés sur la loi Evin, facilitant notamment la possibilité d’informer sur l’alcool, “la vident de sa substance et la rendent inapplicables”. Selon la députée de la 6e circonscription, ce “retour en arrière” sur la loi aura “des conséquences sur la lutte contre l’alcoolisme”.
Ecrit par Samuel Irlepenne – le mercredi 17 juin 2015 à 17H08

La parlementaire estime que la consommation d’alcool est un “vrai problème de santé publique” et que les politiques -au même titre que les professionnels- “ont aussi une responsabilité pour faire avancer ce débat”. “Si nous laissons faire, notre société n’ira pas mieux et on verra une portion de la population déjà touchée par le problème de l’alcool, être encore plus exclue”, prévient-elle.

Pour étayer ses propos, Monique Orphé se base sur [le dernier rapport de l’OCDE]urlblank:http://www.oecd.org/fr/sante/l-ocde-expose-les-mesures-que-les-gouvernements-peuvent-prendre-pour-eviter-les-importants-surcouts-lies-a-une-consommation-nocive-d-alcool.htm , qui indique que le tabac et l’alcool sont les premières causes de mortalité en France.

Citant ce rapport, elle relève que “la recrudescence des comportements à risques en matière d’alcool représente une tendance préoccupante, car plus associée à des taux plus élevés d’accidents de circulation, de violences et à un risque accru des maladies graves et chroniques”.

Monique Orphé compare ces retours sur la loi Evin à ceux subis par la loi sur l’IVG. “À cause de ces retours sur ces acquis, ces lois qui assurent un équilibre dans la société sont en danger”,s’inquiète-t-elle, ajoutant que “[l’amendement César]urlblank:http://www.senat.fr/amendements/2014-2015/371/Amdt_633.html en est une illustration”. “C’est la troisième fois que l’on revient sur la loi Evin : En 1994, on a rétabli partout en France l’autorisation de la publicité par affichage ; en 2009 on a cette fois ci autorisé la publicité par internet et aujourd’hui avec l’amendement César, c’est un coup de couteau que l’on porte à cette loi Evin”, déplore la députée, qui égratigne au passage le rôle des lobbies des viticulteurs auprès des parlementaires. “Quand je vois ces députés porter les problèmes des producteurs, il y a conflit d’intérêt selon moi”, affirme-t-elle.

La parlementaire n’est pas contre la préservation des filières viticoles, elle ajoute en revanche que “cela ne doit pas se faire au détriment de la santé publique”. "Le prix à payer est cher pour préserver cet intérêt économique. C’est la raison pour laquelle j’ai déposé mon amendement de suppression. Il aurait dû être discuté vendredi ou même lundi, mais comme la Commission mixte paritaire (CMP, ndlr) a échoué, il aurait dû être relancé”.

C’était sans compter sur l’usage par le Premier ministre de l’article 49-3 sur la loi Macron, qui a eu un impact direct sur l’amendement déposé par la députée réunionnaise : “Le gouvernement à ses raisons mais j’estime qu’il y aurait pu avoir des débats, malheureusement cela ne sera pas le cas. Le débat est donc clôturé. L’amendement de suppression que j’ai déposé ne sera pas discuté et il y aura un amendement qui va être rédigé par le gouvernement pour peut-être atténuer l’amendement César”.  

"Pas de réécriture mais une suppression de l'amendement César"

 

Pour sa part, Monique Orphé aurait voulu “purement et simplement” la suppression de l’amendement César et non pas une réécriture. Selon elle, l’amendement à venir du gouvernement “laissera planer un danger sur la loi Evin”. “Aujourd’hui, on veut protéger la filière du vin, demain, ce seront d’autres filières comme le rhum ou le whisky,qui vont demander des dérogations” à la loi.

Or, nous sommes confrontés selon la parlementaire à deux intérêts : économique, qui a “gain de cause” estime-t-elle, et sanitaire, puisque l’alcool “cause des dégâts” dans la société, “notamment réunionnaise”.

Elle rappelle que la France est le troisième pays consommateur d’alcool dans l’OCDE et que l’alcool tue 49.000 personnes par an en métropole et 250 par an à La Réunion. “On va dire c’est peu par rapport au nombre d’habitants, mais ce chiffre dans l'île correspond à 30% des décès prématurés, et c’est par rapport au taux de mortalité qu’il faut comparer”, insiste Monique Orphé.

Cette dernière reproche également aux députés socialistes - et notamment à nos parlementaires locaux , hormis Ericka Bareigts- leur manque de soutien sur son amendement. “L’alcoolisme dans la société est un vrai problème de santé publique. Moi je ne veux que l’on tende vers la banalisation de la consommation de l’alcool, on a vu ce que cela cause sur nos routes. Cette semaine, on a retiré dans notre département une vingtaine de permis, un automobiliste s’est fait arrêté avec plus de 6 grammes d’alcool dans le sang...Jusqu’où ira-t-on comme ça ?.

Monique Orphé veut également insister sur le coût social de l’alcool pour la société. “Cela coûte à la France plus de 17 milliards d’euros par an pour s’attaquer à ce problème. Il faut trouver un point d’équilibre entre l’intérêt économique et la prévention. Il est inadmissible qu’aujourd’hui qu’une enveloppe de 460 millions d’euros soit alloué à la publicité pour l’alcool en France, alors que seul 3 à 5 millions d’euros soient versés au titre de la prévention. L’objectif que je vise c’est d’avoir des consommateurs ‘éclairés’. Ces derniers sont libres de leurs actes mais ils doivent avoir en tête les conséquences de cette consommation excessive de l’alcool”, conclut-elle. 

 

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