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« Mettre un buste d'esclave à côté de madame Desbassayns, c'est une aberration »

Ecrit par T.L. – le mardi 13 mai 2025 à 07H12
Ghislaine Mithra-Bessière.

Le collectif Rann a nou nout zansèt s'oppose au projet du Département de construire un musée de l'esclavage sur l'ancienne propriété de madame Desbassayns à Villèle. Et rejette l'idée que des bustes moulés d'esclaves puissent être exposés sur le lieu même où ils auraient pu être exploités.

La découverte fortuite de moulages de bustes d'esclaves réunionnais par l'historienne Klara Boyer Rossol, dans le cadre son impressionnant travail de recherche sur les Mozambicains déportés lors de la traite des Noirs, n'en finit plus d'éclairer la face sombre et masquée de notre histoire.

Alors que la ministre de la Culture Rachida Dati s'apprête à restituer à Madagascar trois crânes d'hommes sakalava décapités par l'armée française en 1897, dont celui présumé appartenir au roi Toera, des associations culturelles réunionnaises s'opposent farouchement au projet du Département de rapatrier dans l'île les bustes et les restes d'au moins trois esclaves (il pourrait y en avoir plus) actuellement stockés au Musée national d'histoire naturelle de Paris.

Cité par nos confrères de Parallèle Sud, le président de la collectivité Cyrille Melchior explique vouloir exposer ces bustes et visages dans le futur musée de l'esclavage que le Département ambitionne de construire à proximité de l'actuel musée de Villèle. Sur les terres d'une esclavagiste qui a marqué au fer rouge la mémoire collective réunionnaise : Ombline Desbassayns.

« La vraie histoire a besoin d'être réhabilitée »

« Mettre un buste d'esclave à côté de madame Desbassayns, c'est une aberration », tonne Ghislaine Mithra-Bessière, présidente de Rasin Kaf, l'association à l'origine de l'appel ayant abouti à la pétition circulant sur les réseaux sociaux réclamant la création d'un musée public de l'esclavage, de l'engagisme et de la colonisation.

« La vraie histoire a besoin d'être réhabilitée, pas l'histoire parcellaire. Ce qu'ils veulent symboliser avec ce musée à Villèle, c'est une réconciliation historique. Et montrer que madame Desbassayns peut être représentée à côté d'un esclave. C'est une confusion totale que de ramener les moules et restes de ces esclavages à l'endroit même où ils ont pu être exploités », poursuit la militante culturelle.

Contrairement aux bustes et masques exposés en février dernier au musée de l'Esclavage à Maurice par Klara Boyer Rossol, qui ont été réalisés sur des engagés, avec leur accord et après l'abolition de l'esclavage sur l'île Sœur, les premiers éléments recueillis donnent à penser que les masques d'esclaves réunionnais ont été effectués après leur mort, possiblement par décapitation.

« On parle désormais d'une centaine de bustes et de crânes stockés au Musée national d'histoire naturelle de Paris pour tout l'Outre-mer. On doit savoir dans quelles conditions ils sont morts », insiste Ghislaine Mithra-Bessière. Le collectif Rann a nou nout zansèt, qui serait l'émanation des 70 associations ayant signé l'appel initial de Rasin Kaf, se prononce en faveur d'un musée gratuit de l'esclavage installé dans les murs de l'ancienne prison Juliette-Dodu, voire dans ceux de la maison Barre, celle-ci n'ayant pas hébergé d'exploitation esclavagiste.

Une délégation parlementaire avec Frédéric Maillot

Mais la restitution de ces bustes et de ces restes pourrait se heurter à une barrière législative : la loi du 26 décembre 2023, relative à la restitution de restes humains appartenant aux collections publiques, exclue les Outre-mer de son champ d'application.

Si Cyrille Melchior a indiqué à Parallèle Sud avoir déjà signé une convention renouvelable de prêt pour 5 ans avec le musée de l'Homme à Paris, le président du Département a aussi assuré qu'une loi de 2005 ayant trait aux échanges de pièces entre musées pourrait lui permettre de transférer définitivement les bustes d'esclaves à La Réunion.

Une délégation parlementaire formée autour de Frédéric Maillot et comprenant Patrice Sadeyen, Farid Aubras, Gaël Velleyen et Ghislaine Bessière travaille en collaboration avec une mission similaire basée en Guyane afin de porter prochainement le problème, pour l'ensemble des Outre-mer, devant l'Assemblée nationale.

Lire aussi : La prison Juliette-Dodu a-t-elle une mémoire ?

Desbassayns, esclavage
Histoire des archives privées Huet de Froberville (Ciceron Editions).
Etiquettes : Esclavage

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