Revenir à la rubrique : Mayotte | Politique

Mansour Kamardine : "Mayotte a été ramenée 40 ans en arrière après Chido"

Ecrit par S.I. – le mardi 24 décembre 2024 à 06H01

Le cyclone Chido a mis Mayotte à genoux. Mansour Kamardine, ancien député Les Républicains de l'île aux Parfums, s’est exprimé sur les enjeux cruciaux auxquels l’île fait face : un bilan humain et matériel accablant, une réponse des autorités qu’il juge encore insuffisante et, surtout, la nécessité de régler la question migratoire pour garantir une reconstruction durable.

D’une rare violence, le cyclone Chido a laissé derrière lui un paysage de désolation. Des milliers de Mahorais se retrouvent sans abri, tandis que les infrastructures essentielles, déjà fragiles, sont à terre. "Cette tragédie est le révélateur de la précarité chronique de Mayotte, abandonnée depuis trop longtemps", lance Mansour Kamardine, ancien député Les Républicains de l'île aux Parfums, resté 11 ans à ce poste.

"Un retour en arrière de 40 ans"

Pour Mansour Kamardine, le cyclone Chido a ramené Mayotte "40 ans en arrière". Privés d'eau, d'électricité et de nourriture, les habitants sont confrontés à une crise humanitaire sans précédent. "Nous sommes coupés de tout. La famine est devant nous, car tous les produits du terroir ont été anéantis", alerte-t-il. La reprise de la production agricole pourrait nécessiter plus d’un an, estime-t-il.

La situation est d’autant plus dramatique qu’elle affecte une population déjà fragile. "80 % des Mahorais vivent sous le seuil de pauvreté et les prix sont 50 % plus élevés qu’en métropole", tient-il à rappeler. Malgré leur résilience, "nourrie notamment par une culture imprégnée de foi", Mansour Kamardine avertit que cette capacité d’endurance des Mahorais atteindra vite ses limites. "Lorsque les enfants mourront de faim, je ne suis pas sûr que les gens continueront encore à sourire", prévient-il.

Interrogé sur les rumeurs évoquant 60.000 morts, Mansour Kamardine appelle à la prudence : "Avancer de tels chiffres est dangereux. Nous savons que des victimes existent, mais nous n’avons pas besoin de statistiques spectaculaires pour mesurer l’ampleur de la détresse". Pour lui, le véritable enjeu est d’agir sur les causes structurelles de cette vulnérabilité. "En 2018-2019, j’avais alerté sur les conséquences potentielles d’un cyclone majeur à Mayotte. Aujourd’hui, nous payons le prix de cette inaction", regrette-t-il. 

Lire aussi : Bruno Retailleau : après le passage de Chido, il faudra "des jours et des jours" pour établir un bilan humain

Entre espoir et abandon, Mayotte attend des actes

Le ministre de l’Intérieur, Bruno Retailleau, avait promis le rétablissement de l’eau pour 90 % des Mahorais. Cependant, l’ancien député juge que les tours d’eau actuellement en place ne suffisent pas : "On ne peut pas imaginer que ce système devienne la norme après une telle catastrophe. Il faut rétablir un accès continu et permanent à l’eau potable."

Lire aussi : Bruno Retailleau promet des "tours d'eau" pour 90% des Mahorais ce dimanche soir

L’État a toutefois pris des mesures notables, tempère Mansour Kamardine, comme la réouverture des routes pour faciliter les déplacements et la mise en œuvre d’un plan d’urgence décliné par le président de la République, Emmanuel Macron. Ce dernier comprend une loi d’urgence et la création d’un fonds de reconstruction. Mansour Kamardine salue cette initiative, tout en rappelant que son efficacité dépendra des moyens mobilisés : "Des dispositifs comme la défiscalisation généralisée ou des prêts à taux zéro pourraient accélérer la reconstruction."

Il alerte également sur le danger sanitaire posé par les détritus qui jonchent les rues et les poubelles non ramassées, des problèmes qui nécessitent des solutions rapides pour éviter une crise épidémique.

Mansour Kamardine estime que le cyclone Chido a mis en lumière les carences structurelles de Mayotte. "Mayotte est en dessous des pays sous-développés en terme de développement", assure-t-il. Selon lui, des infrastructures essentielles comme un nouvel aéroport, un deuxième hôpital, une université et des systèmes d’assainissement restent désespérément absents.

Il appelle à inscrire la reconstruction dans une dynamique de développement durable. "L’aéroport, par exemple, est sous-dimensionné pour les besoins de l’île. Il est inacceptable qu’il soit uniquement réservé à l’arrivée des secours."

Lire aussi : Mayotte : "On est en période de crise. On ne fait pas de politique sur les morts"

La problématique migratoire, au cœur de la reconstruction

L’ancien député n’élude pas la question migratoire, qu’il juge fondamentale pour assurer l’avenir de Mayotte. Il indique que "plus de 99 % des victimes du cyclone sont des étrangers en situation irrégulière, vivant dans des bidonvilles précaires". Face à cette réalité, il déplore "l’inaction" des autorités, qui laissent ces habitations illégales "se reconstruire à l’identique". "Si nous ne tirons pas les leçons de cette tragédie, un prochain cyclone fera encore plus de victimes. Nous devons contrôler nos frontières et mettre fin à la prolifération des bidonvilles pour éviter de reproduire ces drames", insiste Mansour Kamardine. 

Lire aussi : Emmanuel Macron veut rebâtir une Mayotte "belle, solide et sans habitant clandestin"

Mais ce dernier ne s’est pas arrêté aux seules doléances envers l’État. Il a également pris pour cible des élus et des associations "droits de l'hommiste", qu’il accuse de ne pas défendre les intérêts des Mahorais. "Aussi longtemps que nous n'aurons pas contrôlé nos frontières, les gens continueront à venir à Mayotte, les gens continueront à alimenter les bidonvilles et à chaque drame comme celui-ci, les gens viendront avec des larmes de crocodile pour pleurer." 

Lire aussi : Wuambushu : Mansour Kamardine parle de "harcèlement judiciaire orchestré par des associations"

Il ajoute : "J’aurais bien aimé les entendre, non pas pour toujours faire de l’auto-flagellation contre notre pays, contre la France, mais pour se poser la question : est-ce que la meilleure façon d’aimer les Comoriens mais aussi les immigrés venant d'Afrique de l'Est et des Grands Lacs, c’est de les encourager à fuir leur pays et à venir à Mayotte ?". 

Pour Mansour Kamardine, la situation actuelle est "intenable sur une île de seulement 374 km²", mettant ainsi en lumière les difficultés d’accueil et de logement que cela engendre. "Mayotte est une île où la population étrangère dépasse celle des autochtones et où les moyens de développement sont largement insuffisants. Mayotte est le dernier territoire français en terme de développement. Est-ce qu’on a vraiment vocation à continuer dans cette direction et à encourager les gens à venir ici ?" conclut-il, appelant à une prise de conscience urgente.

Dans la même rubrique

0💬
Tri :