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Mayotte : "On est en période de crise. On ne fait pas de politique sur les morts"

Ecrit par Gaëtan Dumuids – le jeudi 19 décembre 2024 à 16H49

Racha Mousdikoudine, de l'association Mayotte a soif, dénonce la gestion chaotique de l'aide après le passage du cyclone Chido, mettant en lumière la détresse des Mahorais.

“Chaque jour, on demande à nos familles s'ils sont toujours en vie, parce que l'on sait que leurs jours sont comptés. Entre ceux qui sont sous dialyse, les nourrissons qui n'ont pas de lait ou ceux qui sont blessés, chaque jour on se demande : qui va être sacrifié ? Parce que l'on sait ce qui va se passer”, désespère Racha Mousdikoudine de l'association Mayotte a soif.

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Si le président de la République est arrivé à Mayotte ce jeudi matin, la mère de famille n'a que peu d'espoir face à la présence d'Emmanuel Macron sur l'île. Et ce ne sont pas les 4 tonnes de vivres qui sont arrivées avec lui qui vont changer la donne. “Cela représente une demi-journée de nourriture pour l'île”, rappelle-t-elle.

Car si les vivres arrivent bien sur l'île, une question bien concrète se pose : qui va s'en occuper ? “La main-d'œuvre qui s'occupe de décharger les conteneurs au port de Longoni, ce sont les étrangers qui vivent dans les bidonvilles, car elle est moins chère. Mais cette population est également en grande difficulté, car durement touchée aussi”, ajoute Racha Mousdikoudine.

La gestion des conteneurs est loin, très loin, d'être le seul obstacle à l'aide arrivant sur l'île. “Ils veulent envoyer la sécurité civile, c'est bien, mais pour les loger où ? On a déjà des problèmes de logement pour ceux qui sont sur place. Même l'argent ne sert à rien puisqu'il n'y a plus rien à acheter dans les magasins. 98% de l'alimentation sur l'île vient de l'extérieur. Les gens vont mourir de faim et de soif”, se désole-t-elle.

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Pas besoin de coup de com'

Parmi ce qui agace Racha Mousdikoudine, les positions des hommes politiques nationaux sur la situation à Mayotte. “On n'a pas de chiffres sur la situation, on n'a que de la communication. On n'est pas en période électorale, on est en période de crise. On ne fait pas de politique sur les morts”, s'agace-t-elle.

L'autre point qui la rend folle est le refus de la France de faire appel à l'aide internationale. “Mayotte est la favela française. Il faut assumer cette responsabilité. Nos proches vont mourir et ce sont des vies qui sont en jeu. Mais l'État veut essayer de montrer la grandeur de la France en affirmant reconstruire vite et prétendant faire mieux qu'avant. Je souhaite le voir, mais je demanderai dans ce cas pourquoi ils ne l'ont pas fait avant ? Les gens mourraient déjà de soif”, rappelle celle qui milite pour l'amélioration des services de distribution d'eau sur l'île.

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Méfiance envers l'État et la lourdeur administrative

Si Racha Mousdikoudine ne va évidemment pas se plaindre de l'élan de solidarité nationale pour Mayotte, notamment suite à l'émission de France 2 qui a récolté 5 millions d'euros, elle a parfaitement conscience que “la lourdeur administrative” va impacter fortement le bilan humain.

“Les gens vont mourir avant que toutes les autorisations ne soient signées et que les conteneurs arrivent. Cela prend parfois une semaine avant que tout ne soit validé. Au final, c'est l'argent que la diaspora mahoraise envoie qui sauve des vies, car le virement est immédiat. Tout cet argent récolté va servir à reconstruire, mais pas à sauver des vies”, regrette-t-elle.


Une mobilisation citoyenne face à l'urgence

Dans l'urgence absolue que vit Mayotte, certains habitants se mobilisent directement en formant le groupe “Citoyens debout”, très actifs sur les réseaux sociaux. “Avec peu de moyens, on a plus d'impact que l'État. On prépare un guide de survie et une cartographie des personnes qui peuvent aider par secteur. Mais il faut une dizaine de citoyens pour en aider une centaine. Quand l'un va chercher du bois, l'autre creuse un puits, un troisième va faire la communication, pendant qu'un autre va essayer de soigner les blessures. C'est la survie à l'état brut. Mais on reste debout pour ne pas tomber”, affirme-t-elle.

Etiquettes : Cyclone Chido | Mayotte

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