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Mafate : des vestiges oubliés révèlent une autre histoire du cirque

Ecrit par Corentin Makrai – le samedi 24 mai 2025 à 16H08
Photo d'illustration

Depuis 2019, un programme de recherche archéologique explore les traces d’occupation humaine dans le cirque de Mafate. Loin de se cantonner aux récits du marronnage, les chercheurs reconstituent l'histoire de l’anthropisation du cirque.

Avec ses remparts vertigineux et sa mosaïque de paysages, Mafate a longtemps échappé aux relevés archéologiques classiques. À ce jour, les données restent rares et souvent orientées autour du seul thème du marronnage, parfois brouillées par les récits légendaires. La première véritable cartographie datant de 1793, avec la carte de Selhausen.

Le projet vise donc une exploration large du cirque. Pour cela, deux chercheurs ont exploité un relevé LIDAR réalisé en 2014. Il s’agit d’un scanner embarqué dans un hélicoptère qui envoie vers le sol des impulsions. Ces impulsions permettent de détecter des sites archéologiques. “Cette technique a permis d’identifier une trentaine de sites potentiels à investiguer sur le terrain”, explique Jonatthan Vidal, ingénieur de recherche en archéologie au ministère de la Culture.

700 habitants à Mafate aujourd’hui contre 2 000 au XIXème siècle

Parmi les sites les plus fréquents : des zones agricoles. Le site du Grand Benjoin, sur la rive droite du bas Mafate, s’étend sur un kilomètre. Aucune archive écrite ne l’évoque, mais des photos aériennes anciennes et la présence de caféiers et de manguiers témoignent d’un passé agricole organisé.

Autre exemple : le Plateau Cerf, ancien village de Roche Plate abandonné dans les années 1960-1970. On y retrouve une architecture en pierre sèche, des vestiges d’habitations et des indices d’activités domestiques, signes d’un village structuré autour de l’agriculture.

Une vision renouvelée du marronnage

Si le marronnage constitue une part majeure de l’histoire de Mafate, les archives sont rares. Deux rapports de chasseurs de marrons mentionnent un campement au lieu-dit Bronchard (1747 et 1751), avec une petite communauté, quelques habitations en bois et un espace de culture.

Certaines légendes, comme celle du chef marron Maffack, sont remises en perspective. “Les données archéologiques et textuelles ne valident pas l’hypothèse d’un réseau structuré ou d’une résistance organisée”, souligne Fanny Lachery, doctorante en archéologie à l’université de Paris 1. Les recherches suggèrent plutôt de petites communautés dispersées, sans structures défensives, et aux ripostes rares.

Mafate : 105 km² de reliefs escarpés

Les habitats isolés, comme celui du Bras de Sainte-Suzanne, hors des circuits de randonnée, livrent une autre facette du peuplement de Mafate. Trois vestiges de maisons, du mobilier et un réseau de sentiers montrent une organisation discrète mais bien réelle au cours du XIXème siècle.

Même constat à la Maison Bois Jaune, près du Plateau Picard, où des fondations particulièrement bien conservées révèlent une construction de qualité, datant de 1834.

À la Roche Ancrée, un site en contrebas de Grand Place, les chercheurs ont mis au jour un ensemble architectural atypique : fosses de drainage, larges voies de circulation, bâtiment aux angles taillés, peut-être la chapelle du Bloc édifiée vers 1880. Un cimetière voisin, marqué par une dizaine de frangipaniers et des croix visibles, vient confirmer cette hypothèse.

Des vestiges menacés

Malgré ces découvertes majeures, l’instabilité du terrain, due au ravinement intense, menace de nombreux sites. “Aujourd’hui, l’érosion met directement en péril les vestiges de l’îlet”, alertent les chercheurs.

“Une histoire dans la vie dans le cirque de Mafate se précise”, conclut Jonhattan Vidal. Les chercheurs pensent encore avoir besoin de deux années de recherches pour poursuivre les pistes déjà entamées aujourd’hui.

Etiquettes : Mafate

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