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Madagascar : après la chute de Rajoelina, le pays cherche un nouvel équilibre

Ecrit par J.D. – le samedi 18 octobre 2025 à 15H24

Une semaine après la prise de pouvoir par un colonel soutenu par l’armée, depuis intronisé nouveau président de Madagascar ce vendredi, l’île tente de se stabiliser dans un climat politique incertain, marqué par un sentiment anti-français latent, des inquiétudes économiques et une transition institutionnelle encore floue.

Alors que le colonel Randrianirina vient de devenir président, la situation semble désormais sous contrôle dans les rues d’Antananarivo. Après trois semaines de manifestations massives, de tensions politiques et d’affrontements meurtriers, Madagascar entre dans une nouvelle phase : celle de la transition. Dans la capitale, les mobilisations se sont réduites à quelques rassemblements syndicaux devant des ministères, dans un calme relatif. Mais derrière cette accalmie apparente, les défis à venir sont considérables.

Des campagnes de désinformation pro-russes ont fleuri

La chute d’Andry Rajoelina, destitué par l’Assemblée nationale après des semaines de pression populaire, marque l’aboutissement d’un mouvement déclenché fin septembre par une jeunesse en colère connue sous le nom de « Gen Z ». D’abord portées par des revendications sociales et démocratiques, les manifestations ont dégénéré en violences et en pillages, faisant selon l’ONU au moins 22 morts lors des premières répressions.

Face à l’escalade, une partie de l’armée a refusé de poursuivre la répression, provoquant une fracture au sein des forces de l’ordre. C’est finalement le Capsat, une faction militaire progressiste, qui a pris le dessus, suspendant les principales institutions et installant un pouvoir de transition dirigé par un colonel. Treize ministères ont été annoncés, sans que les portefeuilles du tourisme et des transports ne soient pour l’heure attribués.

Lire aussi : Madagascar : Qui est le Colonel Randrianirina qui devient président sur fond de révolte générationnelle ?

Dans ce contexte, les relations entre Antananarivo et Paris traversent une zone de turbulences. L’exfiltration d’Andry Rajoelina par un avion militaire français et certaines déclarations mal perçues, notamment à La Réunion, ont nourri un discours anti-français, notamment sur les réseaux sociaux où des campagnes de désinformation pro-russes ont fleuri. Ce sentiment reste toutefois contenu : aucune manifestation n’a visé directement l’ambassade, et la mémoire douloureuse de l’époque soviétique semble freiner l’adhésion à ce discours. Paris reste vigilante, alors que certains observateurs craignent une intensification des campagnes d’influence panafricaines dans les semaines à venir.

Les organisations régionales et multilatérales appellent au retour à l’ordre constitutionnel

Sur la scène internationale, les organisations régionales et multilatérales appellent au retour à l’ordre constitutionnel, mais sans aller plus loin. L’Union européenne et les États-Unis, qui avaient déjà réduit leur aide avant la crise, n’ont pas modifié leurs positions. En revanche, l’incertitude plane autour des financements des bailleurs : le FMI n’a pas encore statué sur la troisième tranche de 100 millions de dollars attendue par Antananarivo, notamment pour payer les salaires des fonctionnaires. La Banque mondiale s’inquiète de la gouvernance des entreprises publiques, tandis que la Banque africaine de développement maintient pour l’heure son calendrier de décaissement.

L’économie malgache, elle, reste fragile. Le tourisme, qui représente près de 15 % du PIB, est quasiment à l’arrêt, tandis que les investissements étrangers sont suspendus dans l’attente d’une visibilité politique. Les grands chantiers d’infrastructures ralentissent ou s’interrompent, à l’image de Colas, qui prévoit plus d’un millier de licenciements. Dans le même temps, les autorités multiplient les dépenses pour calmer la rue, notamment en carburant, au risque de fragiliser encore davantage les finances publiques. La vanille, principale exportation du pays, fait face à de fortes incertitudes sur les volumes et les prix, tandis que le spectre d’une dévaluation de l’ariary est évoqué.

La période qui s’ouvre sera décisive pour l’avenir de Madagascar. Entre le besoin de restaurer la confiance des investisseurs, de maintenir le soutien des bailleurs et de répondre aux attentes d’une jeunesse en quête de changement, la transition s’annonce compliquée. La stabilité politique reste conditionnée à la capacité des nouvelles autorités à dialoguer avec tous les acteurs, des militaires aux mouvements citoyens, en passant par la société civile et les partenaires étrangers.

Mais pour l’heure, l’équilibre reste précaire.

Etiquettes : Crise à Madagascar

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