Logement : l’USHOM alerte sur un retard de trente ans dans les Outre-mer

Dans son premier Livre blanc, l’Union sociale pour l’habitat Outre-mer* dresse un constat sévère des politiques du logement ultramarin. Retards structurels, dispositifs inadaptés, sous-financement chronique : l’organisation appelle à un plan de rattrapage sur dix ans. À La Réunion, la tension sur le logement social et la flambée du parc privé illustrent une crise désormais structurelle.
« Le système d’intervention actuel ne marche pas. » Le constat, sans détour, ouvre le premier Livre blanc consacré à l’habitat ultramarin publié par l'USHOM. Malgré deux plans logement Outre-mer successifs, « malgré la boîte à outils déployée, malgré les efforts fournis par les uns et les autres », la situation ne s’améliore pas suffisamment, ni en volume ni en qualité. Pire : « pour certains, l’écart entre les besoins de logements et les solutions apportées se creuse, la situation s’aggrave ».
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« les conditions d’habitat des Ultramarins sont celles des hexagonaux des années 1990 »
Le document évoque un retard estimé entre vingt et trente ans par rapport à l’Hexagone, au point d’affirmer que « les conditions d’habitat des Ultramarins sont celles des hexagonaux des années 1990 ». Une réalité qui nourrit un sentiment d’abandon. « Les territoires ultramarins ont parfois l’impression d’être – j’y insiste – les grands oubliés de la politique nationale, alors même que des moyens financiers existent », déclarait ainsi Nassimah Dindar, ex-sénatrice de La Réunion, citée dans le Livre blanc.
À La Réunion, ces constats prennent une dimension très concrète. Près de 80 % de la population est éligible au logement social, alors que les capacités de production restent largement insuffisantes. Les délais d’attente s’allongent, le parc social se dégrade, et le parc privé devient de moins en moins accessible pour les ménages modestes et intermédiaires. Le Livre blanc souligne que « le parc locatif social ne parvient plus à absorber les demandes » tandis que « la fièvre inflationniste rend les loyers du parc privé prohibitifs ».
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Les auteurs pointent également la mise en œuvre tardive de dispositifs pourtant essentiels. L’aide personnalisée au logement (APL) n’a été étendue aux DROM qu’en avril 2023. Les politiques d’amélioration de l’habitat ou d’accession sociale à la propriété ont, elles aussi, souffert d’un manque d’adaptation. « Les politiques conduites ont manqué de stratégie et d’adaptation face aux évolutions de l’environnement », relève le document, qui parle de « retards cumulatifs » dans l’ensemble de la chaîne du logement.
Un plan stratégique de rattrapage sur dix ans
Face à ce constat, l’USHOM plaide pour un changement profond de méthode.« Il est temps d’avoir une politique du logement en Outre-mer non plus descendante, pensée à Paris, mais au contraire coconstruite avec les territoires et leurs représentants », peut-on lire dans le Livre blanc. L’organisation appelle à rompre avec le « copié-collé avec l’Hexagone », jugé « voué à l’échec », et à territorialiser les politiques publiques pour coller aux réalités locales.
Le document propose un plan stratégique de rattrapage sur dix ans, adossé à une loi de programmation pluriannuelle et à la création d’une Task force nationale. Celle-ci aurait pour mission de « contextualiser les politiques publiques, optimiser les financements et rattraper le temps perdu ». L’USHOM insiste également sur la nécessité d’une meilleure représentation des territoires ultramarins dans les grandes instances nationales du logement, aujourd’hui jugées trop éloignées du terrain.
Au moment de la rédaction du Livre blanc, François Caillé, alors président de l’USHOM – fonction qu’il a quittée fin avril – appelait à « changer de paradigme » et à engager une « véritable révolution du secteur pour construire plus, loger mieux et en finir avec les logiques d’assèchement des financements de la politique publique du logement ».
À La Réunion, où la pression démographique, la rareté du foncier et la hausse des coûts de construction fragilisent l’ensemble du système, ce Livre blanc fait figure d’avertissement. Sans inflexion majeure, prévient l’USHOM, le mal-logement risque de s’installer durablement, avec des conséquences sociales et territoriales de long terme.
*L'USHOM est une organisation professionnelle fédérant les organismes de logements sociaux ultramarins - dont les Sociétés d’économie mixte (SEM) - des Départements, Régions et Collectivités d’Outre-mer incluant notamment la Polynésie française, la Nouvelle-Calédonie, Saint-Martin et Saint-Pierre et Miquelon


