L’Offrande : un roman graphique au cœur de la nature réunionnaise

Dans leur première collaboration, Julie Legrand, scénariste, et Natacha Eloy, illustratrice, plongent le lecteur au cœur d’une île de La Réunion dépeuplée après une pandémie. Entre une mère et son fils, rescapés en quête d’autres survivants, se joue bien plus qu’une simple lutte pour la survie.
La richesse et le foisonnement de la nature réunionnaise ont inspiré les deux artistes. Dans L’Offrande, Julie Legrand et Natacha Eloy livrent un récit sensoriel qui invite le lecteur à se positionner. Marianne et son fils Théo sont rescapés d'une pandémie et survivent seuls. Une solitude qui les pousse à partir sur les traces d'un camp de survivants.
Une immersion sensorielle dans une nature vivante
Livrés à la nature, incarnée et personnage principal de ce roman graphique, mère et fils s'engagent dans un périple à travers les paysages de La Réunion. Ici, le végétal, le minéral et l’animal racontent l’histoire du peuplement de l’île, habitée par des figures féminines ancestrales.
Natacha Eloy, née d’une mère réunionnaise et très inspirée par les mythes de la Lémurie de Jules Hermann, voit dans le territoire “une lame de fond qui traverse les personnages, mais aussi tous ceux qui pensent le monde et qui ont à cœur La Réunion”.
Un récit ancré dans "l’écoféminisme"
“L’ouvrage n’est pas conceptuel, il est dans le sensible, avec pour fil conducteur la question de ce qu’on laisse à nos enfants”, précise l’illustratrice. La figure de “la femme en sucre”, guide du récit et interroge ainsi le rapport aux ancêtres et la transmission des savoirs.
Les thématiques abordées dans L’Offrande reflètent la biodiversité luxuriante de l’île. “Nous souhaitions développer des réflexions d’aujourd’hui, ancrées dans l’écoféminisme, dans ce qui commence à être dit et considéré”, explique Julie Legrand. Installée à La Réunion depuis 2008, l’autrice multiplie les projets créatifs et a rencontré Natacha Eloy grâce à l’équipe du Cri du Margouillat pour qui les deux artistes collaborent.
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La pandémie de Covid-19 a naturellement nourri ce récit dystopique. Julie Legrand évoque cette période comme “une source de sidération et d’anxiété écologique”.
La couleur comme langage
Les deux artistes se sont également inspirées du roman La Route de Cormac McCarthy, “tout en en prenant le contrepied”.
Sur le plan visuel, L’Offrande séduit aussi par son travail sur la couleur, “qui contamine le récit dans une réalité en noir et blanc”, précise Natacha Eloy. La couleur devient ainsi une métaphore de "la beauté dans la violence et l’anxiété". “Les femmes, pour le coup, gèrent bien cette ambiguïté. Le fait d’être mère engendre aussi cela”, souligne Julie Legrand.
L’Offrande s’impose finalement comme "un récit inconfortable, dédié à la réflexion", où “à la fin, les masques tombent”, prévient Natacha Eloy.


