Fan(m)zine : 32 autrices réunies autour du féminisme et de l’écologie

Zinfos974 : Comment ce projet Fan(m)zine est-il né ?
Julie Legrand : Alors, il est né de plusieurs rencontres, d'échanges que je faisais régulièrement en salon, notamment avec des autrices. Ensuite, il est né parce que j'ai été sensibilisée par tout ce qui s'est passé depuis le lancement du mouvement « MeToo », sur la réflexion féministe. C'est-à-dire à la fois cette vague de témoignages et de libération de la parole qui m'a fait, moi, me remettre un peu en perspective sur mon parcours. Au départ, je devais lancer un recueil de nouvelles simples, sur un thème déjà arrêté. J'avais échangé avec des autrices que je croisais sur les salons, qui étaient partantes pour ce projet-là. Et puis, l'idée du fanzine m'est venue (…) car on sortait un peu du cadre éditorial classique, littéraire. On pouvait aussi ouvrir tout l'aspect visuel, de l'illustration, de la photographie, plein de médiums. C'est un geste artistique un peu libre, le fanzine étant supposé être une publication fantaisiste et instinctive. À l'intérieur de ce format, les autrices se sentent vraiment libres de s'exprimer comme elles le veulent.
"Un regard sur la mutation du féminisme contemporain"
L'idée de Fan(m)zine découle donc du mouvement MeToo, si je comprends bien ?
Le premier numéro portait sur le thème de la mue, qui peut s'interpréter à plusieurs niveaux de lecture. Il fallait que ce soit un peu symbolique. Pour moi, c'était justement un regard sur la mutation du féminisme contemporain, notamment depuis MeToo. C'est comme une sorte de point de départ, de réflexion. D'ailleurs, je me suis amusée entre certains textes à citer des autrices qui avaient contribué à cette réflexion, comme Chloé Delaume ou Lauren Bastide, qui étaient pour moi des lectures marquantes. J'aimais bien cette idée que les propositions soient cadrées par une sorte de maraînage d'autrices contemporaines qui ont, depuis longtemps, beaucoup œuvré pour cette cause. Cela me semblait important de rendre hommage à ces figures qui ont poussé la réflexion plus loin.
Vous lancez le second numéro : reste-t-il sur cette même thématique ?
On est passé sur la thématique de la Terre, mais elle s'inscrit aussi dans une réflexion plus écoféministe, en proposant des sujets transversaux et actuels autour des problématiques climatiques et des figures engagées. J'ai moins usé de citations comme dans le premier numéro. J'ai simplement fait un clin d'œil à Greta Thunberg (militante et écologiste suédoise, NDLR) parce qu'elle est l'une des premières figures qui viennent en tête pour ce combat. Et sur les problématiques climatiques, nous y sommes déjà. Ce deuxième numéro résonne plus comme une dystopie à travers les écrits, même si le sujet reste d'actualité. J'ai bien vu, dans les réceptions de textes, que le thème suscitait une vraie implication. Certains des textes sont assez sombres, alors j'ai pris le contre-pied en demandant à Florence Vandermeersch (illustratrice au Cri du Margouillat, notamment, NDLR) de faire un dessin de couverture plus léger. Pour l'anecdote, les titres des deux numéros sont des détournements de films : « Girlz in the Wood » et « Filles à la peau de serpent ».
"Sur ce territoire, c'est essentiel de parler de ces sujets"
C'est signe que le projet plaît. Combien d'autrices ont contribué à ce deuxième numéro ?
On est passé de 15 à 32 autrices. On reste sur un format nouveau, mais avec des contributions parfois brèves, poétiques, comme des fonnkèr, ou des formes parfois inclassables. Cela donne un mouvement à l'intérieur du fanzine, avec des variations de formats. Chaque contributrice pouvait inclure jusqu'à deux illustrations. Sur 100 pages, j'en suis assez contente. Comme je m'occupe moi-même de la maquette, je m'amuse à ajouter du visuel sur certains textes, à changer la mise en forme pour apporter une dynamique à l'objet. Il y a une certaine magie dans ce travail éditorial, où certains textes répondent à des illustrations, créant une vraie logique. Ce travail me prend environ huit mois, c'est pourquoi je ne peux en sortir qu'un par an, pour le moment.
Ce travail sur des thématiques écologistes et féministes crée-t-il le débat à La Réunion ?
Pour le premier numéro, on a eu des rencontres, notamment en médiathèque, pour présenter la revue et ouvrir le dialogue. À la médiathèque des Avirons, par exemple, une équipe très dynamique a organisé un débat enrichissant, notamment avec une lecture masculine qui permettait de sortir du cadre du livre. Travailler avec les médiathèques permet aussi de créer un fonds local pérenne, accessible aux professionnels et aux enseignants. Sur ce territoire, c'est essentiel de parler de ces sujets. J'espère que cela va continuer à s'inscrire dans la durée. Si un deuxième numéro a vu le jour, c'est bien que le premier a trouvé son public. Initialement, je n'avais rien prévu. Je me disais : pourquoi pas un petit numéro, un petit recueil ? Finalement, cela m'engage davantage que prévu. Mais mon moteur reste le plaisir de créer, et j'en trouve toujours.
Les autrices de Fan(m)zine seront en dédicaces l'après-midi du 14 décembre à la librairie Zou! Boutik à Lire, située à l'Éperon. Des extraits de textes seront également lus à cette occasion.



