Mafate, Bélouve, Plaine des Sables... Le Seigneur des Anneaux aurait-il pu être tourné à La Réunion ?

À Cannes, où il a reçu mardi 12 mai une Palme d’honneur surprise mais largement justifiée lors de la cérémonie d’ouverture, Peter Jackson est revenu sur la naissance chaotique du Seigneur des Anneaux et sur sa recherche initiale de paysages insulaires capables d’incarner la Terre du Milieu. Derrière la légende hollywoodienne, le réalisateur néo-zélandais raconte un projet beaucoup moins évident qu’on l’imagine aujourd’hui. Et ses confidences résonnent étrangement dans l'imaginaire, jusqu’à La Réunion...
Avis aux geeks et aux fans inconditionnels (aux autres aussi d'ailleurs!). C'est l'histoire d'une théorie fumeuse qui a relancé l’imaginaire collectif. Et mis de nombreux fans et Twittos sur les pentes glissantes de la spéculation et de l'imaginaire, comme le Seigneur des Anneaux sait déjà bien le faire. Sur la Croisette, ce mardi soir 12 mai, Peter Jackson a reçu une Palme d’honneur saluant l’ensemble de sa carrière, lui qui a transformé une saga littéraire réputée "inadaptable" en phénomène mondial. En chef d'œuvre, tout simplement.
Mais en marge du Festival de Cannes, c’est une autre confidence qui a retenu l’attention des passionnés de cinéma et de fantasy. En revenant sur les débuts du Seigneur des Anneaux, le réalisateur a expliqué qu’au commencement du projet, il ne cherchait pas forcément l’immensité néo-zélandaise devenue aujourd’hui indissociable de la Terre du Milieu.
Débuts chaotiques
"Au départ, je cherchais une île pour certaines scènes, plus petite", a-t-il raconté. Une phrase presque anodine. Et pourtant. Car elle raconte à elle seule l’ampleur du pari initial.
Avant de devenir l’une des trilogies les plus rentables et influentes de l’histoire du cinéma, Le Seigneur des Anneaux relevait du projet fou. À la fin des années 1990, peu de studios croient réellement au potentiel commercial d’une fresque fantasy de plusieurs films, tournée simultanément, avec des milliers de plans à effets spéciaux et un univers gigantesque à construire presque intégralement.
Peter Jackson lui-même n’est alors pas encore le cinéaste célébré qu’il deviendra ensuite. En dehors des amateurs de cinéma fantastique, son nom reste associé à des œuvres décalées et gore comme Braindead ou Bad Taste.
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L’idée d’adapter Tolkien paraît disproportionnée pour ce réalisateur venu de Wellington, loin des grands studios américains. Miramax hésite, réduit l’ambition du projet, envisage même un seul film condensant toute la saga. Jackson refuse. Il veut préserver le souffle du roman.
Finalement, New Line Cinema accepte de financer trois longs-métrages tournés presque d’un bloc entre 1999 et 2000. Une décision devenue mythique aujourd’hui, mais qui ressemblait alors à un saut dans le vide.
À Cannes, Peter Jackson est justement revenu sur cette période artisanale où rien n’était encore figé. L’image d’une Nouvelle-Zélande éternellement destinée à devenir la Terre du Milieu est en partie une reconstruction rétrospective. Au départ, le cinéaste cherchait surtout des paysages capables de créer un sentiment d’évasion totale. Une île. Un territoire isolé. Des reliefs spectaculaires. Une nature encore brute.
L'évidence Nouvelle-Zélande
Puis la Nouvelle-Zélande s’est imposée comme une évidence.
Il faut dire qu’aucun autre pays ne cochait autant de cases à la fois. Montagnes enneigées, plaines immenses, forêts primitives, volcans, rivières sauvages, collines verdoyantes… Le tout concentré sur deux îles relativement peu densément peuplées.
Surtout, Jackson tournait à domicile. La Nouvelle-Zélande offrait des coûts plus faibles qu’Hollywood, des autorités coopératives et une liberté de production immense. Le pays deviendra ensuite une vitrine touristique mondiale grâce à la trilogie.

Mais cette petite phrase sur "une plus petite île" a immédiatement réveillé une autre question, plus farfelue, on vous l'accorde. À quoi aurait ressemblé la Terre du Milieu si Peter Jackson avait choisi un territoire plus volcanique, plus humide, plus vertical ? Une île comme La Réunion, par exemple, pour tourner certaines scènes.
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Car certains paysages réunionnais semblent déjà sortis d’un décor de fantasy. Les remparts de Mafate plongés dans la brume, les forêts de Bélouve, les étendues rouges de la Plaine des Sables ou les falaises vertigineuses de Salazie possèdent cette étrangeté visuelle que recherchait précisément Jackson. La Réunion concentre, sur quelques milliers de kilomètres carrés, des mondes totalement différents. En une heure de route, on passe d’une forêt tropicale à un désert volcanique.
Le réalisateur du Seigneur des Anneaux, Peter Jackson, retrouve le héros de la saga, Elijah Wood (Frodon Sacquet) sur le tapis rouge du Festival de Cannes 2026, avant de recevoir une Palme d'or d'honneur des mains de l'acteur. pic.twitter.com/vRHt1Lv3NK
— franceinfo (@franceinfo) May 12, 2026
Le parallèle fait sourire les cinéphiles depuis des années. Le Piton de la Fournaise évoque naturellement le Mordor, le territoire de Sauron et des orcs. Mafate ressemble parfois à une forteresse médiévale perdue dans les nuages. Les tamarinaies des Hauts rappellent certaines forêts anciennes de la saga. Même la lumière réunionnaise, très changeante, peut donner des ambiances presque irréelles. Comme celles de la Comté... On y reviendra.
Spectaculaire, mais contraignante
Mais la réalité d’un tournage hollywoodien reste une mécanique industrielle colossale. Le Seigneur des Anneaux mobilisait des milliers de techniciens, des ateliers d’effets spéciaux, des routes capables d’absorber des convois entiers, des zones logistiques gigantesques et des infrastructures adaptées à plusieurs années de tournage. C’est là que la Nouvelle-Zélande a fait la différence. Elle n’était pas seulement belle. Elle était praticable.
La Réunion, elle, est spectaculaire mais contrainte. Reliefs abrupts, météo instable, routes étroites, espaces protégés, accès complexes… Tout ce qui fait sa beauté devient aussi un défi de production.

Il existe aussi un autre point commun troublant entre La Réunion et la Nouvelle-Zélande de Peter Jackson, beaucoup moins visible à l’écran mais essentiel dans l’imaginaire du Seigneur des Anneaux. Les deux îles partagent une sensation d’isolement presque mythologique.
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À La Réunion, cet enfermement géographique produit une relation très particulière au paysage. Les montagnes ne sont jamais seulement un décor. Elles dominent tout, structurent les déplacements, imposent leurs propres règles. Dans les Hauts, certaines zones restent encore silencieuses, sauvages, parfois coupées du monde dès que le temps se dégrade.
Cette impression de territoire autonome, séparé du reste du monde par l’océan, nourrit naturellement les projections fantastiques. Tolkien lui-même décrivait la Terre du Milieu comme un univers profondément marqué par la géographie, où les reliefs façonnent les peuples, les récits et les peurs.
À l'homme qui nous a tous unis par la magie du Seigneur des Anneaux pendant 25 ans : félicitations pour votre Palme d'or d'honneur, Peter Jackson. #PeterJackson #LOTR #Cannes pic.twitter.com/JD3hRG8lbJ
— Warner Bros France (@warnerbrosfr) May 12, 2026
À La Réunion - vraiment si on pousse l'imaginaire et la fiction à leur paroxysme - cette puissance du paysage existe déjà dans la vie quotidienne. Les habitants parlent du volcan comme d’une présence vivante. Les remparts isolent encore certains villages. Et les cirques donnent parfois l’impression d’être des royaumes perdus suspendus au-dessus des nuages.
Autre élément rarement évoqué, la lumière réunionnaise aurait probablement offert au cinéma de fantasy une identité visuelle totalement différente de celle de la Nouvelle-Zélande. Peter Jackson a bâti la Terre du Milieu sur des tonalités tempérées, presque celtiques, avec des verts profonds, des plaines humides et une lumière froide.

La Réunion aurait produit cette fantasy plus tropicale, plus contrastée, presque primitive. Dans l’Est, la végétation déborde partout, avale les routes, transforme les paysages en jungle verticale. Dans l’Ouest, la sécheresse et les reliefs volcaniques donnent des teintes ocres et brûlées proches de certains films post-apocalyptiques.
Intuition très simple
Même les nuages réunionnais créent des ambiances uniques. Sur le volcan, ils peuvent recouvrir entièrement le paysage en quelques minutes avant de laisser apparaître brutalement un ciel bleu éclatant. Cette instabilité permanente donne parfois à l’île une atmosphère irréelle, mouvante, presque vivante. Un terrain de jeu visuel immense pour un réalisateur obsédé par les mondes imaginaires.
De la spéculation de vieux fans inconditionnels. Et pourtant, l’idée séduit. De faire rêver, fantasmer. Parce qu’au fond, Peter Jackson a toujours filmé des paysages réels comme des mondes imaginaires. C’est peut-être cela, le plus fascinant dans ses confidences cannoises. Avant les armées numériques et les batailles monumentales, Le Seigneur des Anneaux est d’abord né d’une intuition très simple. Trouver une île capable de faire croire à un autre monde.
Et quelque part, dans les nuages de Mafate ou les cendres du volcan, La Réunion avait peut-être quelques arguments...


