L'Étang-Salé : le père présumé violeur accuse le parrain de pédophilie

Le tribunal correctionnel de Saint-Pierre a jugé un homme pour des agressions sexuelles sur mineur. Des accusations graves et troubles puisqu'elles viennent du père de la victime présumée lors de sa garde à vue pour des accusations de viols sur son ex-compagne.
En 2022, alors que Bernard* est en garde à vue suite à des accusations de viols sur son ex-compagne, il demande à porter plainte contre Alain*, le parrain de l'une de ses filles, qui aurait agressé sexuellement sa fille puis l'aurait menacé avec un taser pour qu'elle se taise. Une enquête est donc lancée suite à ces accusations. Les enquêteurs n'avaient aucune idée du sac de nœuds dans lequel ils sont tombés.
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Car la situation familiale qu'ils vont découvrir est plus que particulière. Bernard et sa conjointe Josiane* ont tenté en vain d'avoir un enfant. Face aux difficultés, ils vont faire appel à une mère porteuse à Madagascar. Mais alors que l'opération a fonctionné, Josiane tombe enceinte également et les deux filles naissent la même année. Ils élèvent celle qui est née à Madagascar comme leur fille.
Sauf que lorsque la jeune fille est âgée de 10 ans, la vérité tombe. Ce n'était pas une mère porteuse, mais bien la maîtresse de Bernard qui est tombée enceinte à Madagascar, expliquant ses divers aller-retours sur la Grande île. Le couple explose et la violence règne, la jeune fille apprend ses origines lors d'une dispute entre ses parents.
De mal en pis
Dans ce chaos, Alain, le meilleur ami du couple et parrain de l'une des filles, est toujours présent pour aider à garder les filles. C'est durant ces moments qu'il aurait profité pour commettre des agressions sexuelles sur l'une d'elles. Celle-ci va décrire ce qu'elle a subi et l'expert psychiatrique mandaté confirme un trouble qui pourrait être en lien avec un événement traumatique.
Pour Alain, ces accusations sont des mensonges que Bernard a mis dans la tête de sa fille. Il lui reprocherait d'avoir aidé Josiane à le quitter. Pour lui, le père de famille est jaloux qu'il soit parvenu à créer un lien avec ses filles et son ex. “C'est un divorce entre deux personnes et je me retrouve au milieu. J'ai élevé les deux enfants comme les miens et ça, il ne le supporte pas”, assure-t-il.
Pour Me Jacques Hoarau, qui représente la partie civile, la jeune victime “a décrit l'ensemble de ses sept agressions sans jamais se contredire lors des différentes auditions. Elle répète chaque fois la même chose avec ses mots. En face de nous, on a un mur qui dit qu'il n'a rien fait et que c'est une vengeance. ” Il demande 5 000 euros pour le préjudice de la jeune fille et 2000 euros pour chacun des parents.
Des accusations et des zones d'ombre
Après avoir relu les mots glaçants de la jeune victime lors de ses auditions, le procureur va regretter que cette affaire ait été correctionnalisée au lieu de passer aux Assises en raison du trop grand nombre de dossiers. “C'est le propre des pédophiles et des prédateurs sexuels de s'en prendre aux mineurs. Pourquoi ? Parce qu'ils sont particulièrement vulnérables, surtout quand on les menace avec une arme. ” Il requiert une peine de 36 mois de prison, dont 12 avec sursis, et un mandat de dépôt avec délai différé et exécution provisoire.
Pour Me Béatrice Fontaine, “il y a beaucoup de zones d'ombre et de contradictions dans ce dossier. Lorsque le père est hospitalisé, il confie ses filles à mon client alors qu'il a d'autres alternatives. Et lorsqu'il sort de l'hôpital, le scandale éclate lorsqu'il sent qu'il perd le contrôle de son emprise sur Josiane. C'est dans son contexte qu'il porte plainte alors qu'il est lui-même en garde à vue pour viol. Ça interroge. Je ne peux pas exclure qu'il a posé sa main sur sa fille et qu'il essaye de se dédouaner.”
La décision a été mise en délibéré pour le 30 septembre.
*Prénoms d'emprunt


