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Les salariés de la Croix Marine alertent sur l'abandon par l'Etat des 1.500 personnes placées sous leur protection

En grève depuis ce vendredi, les salariés de l'association la Croix Marine ont témoigné des situations parfois dramatiques de personnes dont ils sont les mandataires et qui se retrouvent désormais privées d'accès à leurs ressources financières. Pour l'intersyndicale CFDT – CFE CGC – UR974, les services de l’État ont failli à leur mission de contrôle, conduisant à la mort annoncée de l'association.
Ecrit par Thierry Lauret – le vendredi 7 juin 2024 à 19H30
Manifestation des salariées de la Croix Marine devant les locaux de la DEETS en juin 2024.

« Après l'Arast ou Corbeille d'Or, une autre association va disparaître à cause des erreurs de gestion de ses dirigeants ». Après la réunion tenue avec les syndicats ce vendredi 7 juin dans les locaux de la DEETS (Direction de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités) dans le quartier du Bas de la Rivière à Saint-Denis, Yannick Galais ne semblait guère se faire d'illusions sur le sort que réserve la préfecture à l'association la Croix Marine.

Le porte-parole de l'intersyndicale CFDT – CFE CGC – UR974 assure avoir exprimé aux services de l’État la colère des 57 salariés, presque exclusivement des femmes, qui se retrouvent sans emploi et affublés d'une réputation de « voleurs » depuis l'annonce, qu'ils ont appris le 27 mai par voie de presse, du retrait par le préfet Jérôme Filippini de l'agrément de protection juridique pour les majeurs et de service délégué aux prestations familiales dont disposait l'association la Croix Marine.

Après la démission de l'ancien conseil d'administration (une fuite en avant selon les syndicats) et un signalement en date du 7 mai du responsable administratif et financier sur les difficultés financières de l'association, la préfecture a mis un terme aux missions de l'association, s'appuyant sur des faits d'escroquerie en bande organisée dénoncés par la présidente démissionnaire et arguant que des malversations similaires s'étaient déjà produites en 2014-2015.

« Cela fait 5 ans qu'on alerte sur ces errances et sur le manque de contrôle sur l'utilisation de ces fonds », s'offusque Yannick Galais, qui ne comprend pas que la DEETS, qui finance selon lui à hauteur de 3 millions d'euros par an la Croix Marine, n'ait pas contrôlé l'utilisation de l'argent public. « De notre côté, le travail a été fait : toutes les équipes ont répondu aux injonctions de la DEETS. Le problème, c'est que pour des raisons que même la DEETS n'explique pas, l'ancien directeur n'a pas transmis tous les documents demandés, qui étaient pourtant en sa possession. Le préfet aurait dû avoir ces documents en main avant de prendre sa décision », avance Yannick Galais, qui réclame, au nom de l'intersyndicale, que la procureure de la République (à qui la DEETS a transmis un signalement) se saisisse de l'ensemble des faits.

« On nous annonce la mort de la Croix Marine »

 

Devant les grilles de la Direction du travail, les grévistes ont exprimé leur « sentiment d'injustice » face à l'interdiction d'exercer leur mandat auprès des personnes sous tutelle ou curatelle dont elles avaient la responsabilité juridique. Des mandataires qui doivent faire face aux appels de ces personnes s'inquiétant de ne pas voir arriver le virement bancaire servant à faire les courses ou régler le loyer. « Une personne est décédée, tout est bloqué parce qu'on ne peut pas faire les démarches avec les pompes funèbres », rapporte à titre d'exemple Yannick Galais.

Une administratrice provisoire, Michelle Narayanin, a été nommée par le préfet Jérôme Filippini le 3 juin, pour une période maximale de six mois renouvelables une fois. Face aux signaux d'alarme envoyés par les syndicats, cette dernière aurait acté le fait de procéder, ce vendredi en fin d'après-midi, à un certain nombre de virements bancaires pour parer aux situations d'urgence.

Combien de personnes en bénéficieront ? La Croix Marine gère un portefeuille (selon le jargon employé) de 1.500 personnes, mais rien n'aurait été anticipé pour assurer la continuité de leur prise en charge. « Le préfet demande d'organiser le transfert des 1.500 vers Père-Favron, l'Udaf ou la Croix-Rouge, les autres mandataires, qui ont déjà la tête sous l'eau. On nous annonce la mort de la Croix Marine », poursuit le syndicaliste, en indiquant que les scénarios envisagés par la préfecture sont sans surprise : la reprise de la Croix Marine par une autre association, ou sa liquidation pure et simple.

Lundi, les salariés poursuivront leur mouvement de grève devant les grilles de la préfecture, alors que Jérôme Filippini a prévu de recevoir une délégation du CSE et de l'intersyndicale à midi.

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