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[Le podcast de Pierrot] Les populistes pris à leur propre piège

Dans ce podcast, Pierrot Dupuy se penche sur les tractations en vue de la formation du nouveau gouvernement.

Ecrit par Pierrot Dupuy – le lundi 08 juillet 2024 à 18H35

 

Le peuple a toujours raison. Et hier soir, il a tranché. Il a décidé d’envoyer à l’Assemblée nationale trois blocs de députés pour le moment d’importances à peu près égales.

Pourquoi pour le moment ? Tout simplement, comme le dit le président de la République, parce qu’on n’est pas certains pour le moment du positionnement de chacun. Des transferts sont encore possibles. Par exemple, où vont siéger François Ruffin et ses amis ? Si la rumeur selon laquelle ils pourraient s’inscrire au groupe socialiste s’avérait exacte, les rapports de forces au sein du NFP pourraient en être modifiés. Aujourd’hui, on compte 71 députés LFI, 64 socialistes, 33 Ecologistes et 9 PCF.

Avant d’aller plus loin, prenons de la hauteur et regardons quelle est la situation actuelle, telle qu’on la connait. Hier soir, les Français ont élu 180 députés du Nouveau Front Populaire, 163 Renaissance (majorité présidentielle), 143 Rassemblement national et LR qui ont suivi Eric Ciotti, 66 Les Républicains et 25 divers, dont 12 divers gauche.

Pas besoin d’avoir fait Sciences Po pour comprendre qu’aucune coalition comme le NFP ou qu’aucun parti politique n’obtient suffisamment de députés pour gouverner seul. Rappelons qu’il faut 289 élus pour pouvoir constituer une majorité absolue. Aucun ne l’a et même pire, aucun ne s’en approche.

Immédiatement hier soir, certains commentateurs, voire certains politiques, ont lancé que les Français avaient élu une assemblée ingouvernable. Faux. Et nous verrons pourquoi.

Ce qui est sûr, c’est qu’on est dans un cas de figure inhabituel depuis l’instauration de la Vème République en 1958.

Le général de Gaulle et Michel Debré, qui voulaient en finir avec l’instabilité parlementaire de la IVème République, avaient bâti une constitution destinée à créer deux blocs, la Gauche et la Droite, avec un système d’élection uninominale à deux tours censé permettre l’émergence d’une majorité stable.

Force est de reconnaitre que ça a fonctionné. Cette constitution a même résisté aux difficultés de l’alternance, voire de la cohabitation.

La Gauche comme l’Extrême Droite ont toujours combattu ce système, le qualifiant d’injuste et réclamant à cor et à cri l’instauration d’une proportionnelle intégrale.

En face, la Droite répondait que la proportionnelle était dangereuse, source d’instabilité politique, et qu’elle favorisait l’émergence de petits partis qui, du fait de faiseurs de majorité, en arrivaient à exiger et à obtenir des avantages sans aucune commune mesure avec leur poids réel dans la population.

Aussi bien Jean-Luc Mélenchon que Marine Le Pen n’en avaient cure. Ils n’en démordaient pas et continuaient à réclamer régulièrement l’instauration de cette fameuse proportionnelle intégrale.

Les voilà aujourd’hui pris à leur propre piège. Sans qu’il y ait eu besoin de voter une loi, le scrutin d’hier soir a abouti à un résultat qui aurait pu être le produit d’une proportionnelle, avec pour la premier fois trois partis, ou groupes de partis, peu ou prou à égalité.

Et ce sont les mêmes aujourd’hui qui en rejettent les conséquences.

Dans un système de vote à la proportionnelle, une fois les élections terminées et comme aucun n’a obtenu la majorité absolue, les partis sont condamnés à se mettre autour d’une table et à négocier. Ils sont contraints à faire des concessions car le but est d’arriver à bâtir un programme susceptible d’être soutenu par une majorité de députés. Ça donne des négociations de marchands de tapis qui peuvent durer des jours, des semaines, voire des mois dans la pire des hypothèse.

Certains pays sont coutumiers de ces coalitions, comme l’Allemagne proche de chez nous, ou encore Israël. L’Allemagne par exemple est dirigée par des Sociaux-Démocrates, des Verts et des Libéraux. Sur le papier, tout les oppose. Dans les faits, à force de négociations et de concessions mutuelles, ils sont parvenus à mettre en place un gouvernement qui dirige le pays depuis novembre 2021. Bientôt trois ans.

Ça n’est possible que parce que chacun a accepté de faire des concessions.

Le paradoxe, c’est de voir qu’en France, ceux-là même qui réclamaient la proportionnelle, refusent aujourd’hui d’en tirer les conséquences, de négocier et de faire des concessions.

Hier soir, Jean-Luc Mélenchon a déclaré que le NFP était prêt à gouverner seul et qu’il entendait bien appliquer son programme, « rien que son programme, mais tout son programme ». Et il a ajouté : « Nous refusons de rentrer dans des négociations pour faire des combinaisons ». Comment faire alors puisque le NFP n’a pas la majorité absolue ?

Le Premier ministre issu du NFP tomberait dès son premier jour au Parlement sur une motion de censure votée par l’ensemble des autres partis. Et même s’il tenait quelques semaines, il serait contraint de gouverner à coups d’ordonnances ou de 49-3, alors même qu’il critiquait les gouvernements macronistes quand ils y avaient recours.

Faites ce que je dis, et pas ce que je fais. Il arrive un moment où vos contradictions vous rattrapent, où vos propos populistes, uniquement destinés à démolir l’adversaire, vous reviennent en pleine figure, comme un boomerang. Mais les Français sont-ils assez fins analystes politiques pour s’en apercevoir ?

Heureusement, le pire n’est jamais certain. Le Nouveau Front Populaire est une coalition constituée de bric et de broc entre des partis d’accords sur presque rien, en tout cas pas sur l’essentiel, et dont les responsables se détestent cordialement. Avant le 1er tour, on avait bien noté en son sein l’émergence d’un bloc anti-Mélenchon, constitué des Socialistes, des Verts et des Communistes.

Le premier sujet de friction en son sein se posera lorsqu’il sera question de celui qui pourrait être son candidat au poste de Premier ministre et dont le nom sera proposé au président de la République. On le sait tous, Jean-Luc Mélenchon en rêve matin, midi et soir. Ce matin encore, Mathilde Panot a affirmé que son leader n’était « absolument pas disqualifié » pour Matignon. Problème, les représentants des Socialistes, des Verts et des Communistes ne veulent absolument pas en entendre parler.

Le Nouveau Front Populaire, qui n’avait pour unique objectif que de permettre à la Gauche de rafler une centaine de sièges supplémentaires, risque donc de voler en éclats dès les prochains jours.

Pourront alors s’ouvrir des négociations entre ceux qui souhaitent vraiment sortir la France de l’impasse dans laquelle elle se trouve.

Faisons un peu de politique fiction. Cette nouvelle coalition pourrait réunir tous les partis dits de gouvernement, les Socialistes, les Verts, les Communistes, les Macronistes, les Républicains. A eux de faire preuve d’esprit de responsabilité afin de se mettre d’accord sur l’essentiel.

Sur les sujets importants comme la gestion de la dette, les aides aux entreprises, l’Europe, l’Ukraine, voire même la politique sociale et celle du logement, les différences ne sont pas si énormes. En tous cas, pas suffisamment importantes pour empêcher un accord.

Le paradoxe de l’histoire est qu’en attendant la fin des négociations, Emmanuel Macron a demandé à Gabriel Attal de rester Premier ministre et de continuer à gérer les affaires courantes. Probablement jusqu’à la fin des Jeux olympiques. Une façon pour lui de montrer qu’il est toujours le Maître des Horloges.

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