Les députés actent la suppression des visas territorialisés à Mayotte, Emeline K/Bidi s'inquiète pour La Réunion

En commission des lois, les députés ont voté mercredi 11 juin 2025 l’abrogation des titres de séjour territorialisés à Mayotte d’ici 2030. Si cette décision marque une avancée pour les Mahorais, elle soulève de vives inquiétudes à La Réunion, notamment portées par la députée Emeline K/Bidi.
C’est une mesure symboliquement forte et politiquement sensible que les députés ont adoptée mercredi 11 juin au soir : la suppression progressive, d’ici 2030, des visas territorialisés à Mayotte. Ces titres de séjour spécifiques, qui empêchent aujourd’hui leurs titulaires de circuler librement vers l’Hexagone ou La Réunion, seront bientôt de l’histoire ancienne. L’amendement, porté par le député LR Philippe Gosselin, a fait consensus en commission, scellant un compromis entre les partisans d’une suppression immédiate et ceux souhaitant le maintien du dispositif.
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La mesure répond à une revendication de longue date des élus mahorais. La députée Estelle Youssouffa, co-rapporteure du texte, a vivement dénoncé la situation actuelle, déclarant que « l’État utilise notre insularité pour transformer Mayotte en cocotte-minute ». Si elle a retiré son amendement d’abrogation immédiate au profit de celui de Philippe Gosselin, elle n’a pas caché sa volonté de mettre fin rapidement à ce qu’elle considère comme une injustice.
L’objectif affiché par les porteurs du texte est clair : envoyer un signal de solidarité aux Mahorais, tout en laissant le temps aux mesures de lutte contre l’immigration illégale de produire leurs effets. « Il faut du temps au temps », a déclaré Philippe Gosselin, saluant une étape "utile" dans la refondation de Mayotte.
Une inquiétude forte pour La Réunion
Mais cette abrogation à venir ne fait pas l’unanimité. À La Réunion, la députée Emeline K/Bidi a exprimé avec force ses réserves face à cette réforme. Seule élue de gauche à prendre la parole contre la suppression du visa dans son groupe (Gauche démocrate et républicaine), elle a mis en garde contre les effets de bord de cette décision pour son île.
« En l’état, cette mesure ne déplacera pas le problème migratoire vers la métropole, mais bien vers La Réunion », a-t-elle affirmé. Selon elle, les liens étroits entre les deux îles, la proximité géographique et les réalités sociales de La Réunion font craindre une pression migratoire accrue. « Nous sommes déjà le troisième département le plus pauvre de France », a-t-elle rappelé, soulignant que La Réunion n’a ni les infrastructures ni les moyens pour absorber une telle situation.
Le gouvernement en équilibre
Le ministre des Outre-mer, Manuel Valls, a salué « la hauteur des débats » et le consensus trouvé. Il voit dans cette décision une avancée structurante dans la politique migratoire à Mayotte. Mais il a aussi reconnu les inquiétudes locales, en rappelant que le ministre de l’Intérieur Bruno Retailleau, partisan d’une ligne dure, reste opposé à cette suppression.
L’Assemblée nationale examinera à partir du 23 juin l’ensemble du projet de loi de programmation pour Mayotte, déjà adopté au Sénat. Cette refonte globale de la politique migratoire et sociale dans l’île aux parfums inclura donc la fin programmée des visas territorialisés.
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