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L'enquête de 2020 sur le groupe Apavou finalement confiée à un juge d'instruction

Ecrit par Eric Lainé – le lundi 28 avril 2025 à 20H58
Armand Apavou, pdg du groupe éponyme

En mars dernier, le parquet de Saint-Denis a finalement pris la décision d'ouvrir une information judiciaire concernant les soupçons de banqueroute frauduleuse, d'abus de biens sociaux et de recel qui pèsent sur les SAS Prologia et Batipro, deux ex-sociétés du groupe Apavou. Il revient donc à un juge d'instruction de creuser les indices graves et concordants déjà mis au jour par les gendarmes de la SR de Saint-Denis, lors de l'enquête préliminaire. 

Armand Apavou, 85 ans, n'est pas prêt d'être jugé par le tribunal judiciaire de Saint-Denis si le juge d'instruction, qui vient d'hériter de l'enquête préliminaire ouverte en 2020 pour banqueroute frauduleuse, abus de biens sociaux et recel, décide un jour de le renvoyer à la barre. Car il y a fort à parier que beaucoup d'eau aura coulé sous les ponts d'ici là.

Mais que s'est-il passé au juste pour qu'une information judiciaire soit ouverte de façon aussi tardive dans ce dossier confié aux gendarmes de la SR de Saint-Denis au début de l'année 2020 ? Selon nos informations, il s'avère que le parquet de Saint-Denis a estimé que les investigations n'avaient pas permis de retracer avec précision les flux financiers suspects, entre La Réunion, Maurice et Paris. Et qu'il était donc indispensable qu'un juge s'y penche à son tour.

Projet à l'île Maurice, frais d'avocats ou litige personnel

L'affaire débute en mars 2020 alors que le groupe Apavou est en pleine déconfiture. La plupart de ses sociétés sont en cours de liquidation judiciaire. Seule la société Prologia, elle-même détenue à 99% par la SAS Batipro également en liquidation judiciaire, demeure “in bonis”. Pourtant, le tribunal de commerce décide de nommer un administrateur provisoire pour prendre les manettes des mains de Dominique Aurès, la compagne d'Armand Apavou. 

Entretemps, des soupçons de détournements de fonds ont été mis au jour. Au cours de leur enquête, les gendarmes ont découvert que la trésorerie de Prologia a été siphonnée dans de belles proportions tout au long de l'année 2018 et ce jusqu'au 15 mai 2020. Selon eux, ce système n'a été possible qu'avec la participation de Me Jean-Paul Poulain, l'avocat parisien d'Armand Apavou. Les enquêteurs suspectent que les fonds ont été détournés pour financer des projets commerciaux ou immobiliers à l'île Maurice. Une partie a servi à solder un litige commercial propre à Armand Apavou avec un groupe touristique pour un montant d'environ un million d'euros. Ou encore à payer des frais d'avocats. Le tout sans rapport avec l'activité de Prologia.

Des soupçons de conventions anti-datées

Il semble que des conventions de prêts ont été mises en place entre Prologia et les deux sociétés dirigées en nom propre par Armand Apavou, EGB et Aridia. Ces conventions, établies à l'initiative de Me Poulain, présentent deux difficultés. D'une part, l'objet social de Prologia ne permet pas ce type de prestations. D'autre part, elles ont été anti-datées afin de régulariser a posteriori des mouvements de fonds suspects. 

Les gendarmes n'ont pas été les seuls à pointer du doigt le cabinet Poulain, Armand Apavou et sa compagne Dominique Aurès. Le mandataire judiciaire, Me Franklin Bach, a lui aussi tiré la sonnette d'alarme en déposant plainte auprès du parquet de Saint-Denis. Il a fait mention de courriels suspects tendant à démontrer que des conventions de prêts frauduleuses avaient permis de ponctionner l'argent de Prologia.

Des soupçons de fraude à hauteur de 5,7 millions d'euros

Pour masquer un peu plus ces transactions litigieuses, les enquêteurs suspectent encore le cabinet d'avocat, rédacteur des conventions, d'avoir eu recours au compte CARPA des avocats. Selon nos informations, il ne s'agit pas d'une peccadille. Les fonds ainsi portés disparus des caisses de Prologia atteignent la somme mirifique d'un peu plus de 5,7 millions d'euros. 

En juin 2021, Me Jean-Paul Poulain et son jeune collaborateur avaient été auditionnés par les enquêteurs. Pour sa défense, l'avocat estimait qu'il n'avait fait qu'assumer son rôle de conseil et qu'il avait permis de faire circuler en toute légalité des fonds entre des entités du groupe Apavou.

Des frais d'avocat à 1,3 million d'euros

Ils avaient d'ailleurs su par avance que leur tour viendrait. En mars 2021, le couple Apavou avait été placé en garde à vue. Un mois avant encore, le compte en banque de l'avocat avait fait l'objet d'une saisie conservatoire d'un peu plus de 1,1 million d'euros. Les sommes ainsi gelées peuvent paraître importantes. Elles sont en réalité à la mesure des honoraires perçus par le cabinet d'avocat à hauteur de 1,38 million d'euros. Frais dont le service d'enquête estime qu'ils ont profité à Armand Apavou ou à d'autres sociétés, mais pas à Prologia.

Tout savoir sur l'affaire Apavou

Etiquettes : Groupe Apavou

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