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Le Tampon : Un gendarme condamné à 4 mois de prison avec sursis pour des violences

Un gendarme du Tampon était jugé ce jeudi pour violences par une personne dépositaire de l’autorité publique. En février 2022, une vidéo circulant sur internet le montre mettant un coup de taser à un homme devant la gendarmerie du Tampon avant de lui donner plusieurs coups de pied. Il a été condamné à 4 mois de prison avec sursis.
Ecrit par Gaetan Dumuids – le jeudi 16 février 2023 à 17H26

En février 2022, une vidéo partagée par le QG Zazalé avait fait grand bruit. Filmée depuis un appartement en face de la gendarmerie du Tampon, la scène montre trois gendarmes parlant avec un homme assis à terre. L’un d’eux se rapproche de lui et utilise son taser, rendant l’individu inconscient. Le militaire va alors porter trois coups de pied.

La machine médiatique s’est lancée, obligeant sa hiérarchie à réagir immédiatement. Il a reçu une sanction disciplinaire en étant mis à pied durant 7 mois, avec une solde abaissée à 700 euros. Il s’est vu également retirer son grade d’Officier de police judiciaire (OPJ), qui lui donne le droit de mener des enquêtes. Enfin, il a été muté en métropole. Le Parquet de Saint-Pierre a de son côté ouvert une enquête pour violences par une personne dépositaire de l’autorité publique et dénonciation calomnieuse. 

Son procès s’est déroulé ce jeudi en son absence, puisqu’il ne vit plus à La Réunion. Il est représenté par Maître Farid Isse. La victime n’est pas présente. Elle n’a pas porté plainte et ne souhaite pas se constituer partie civile.

Le contexte de la scène

Quelques jours après le buzz de la première vidéo. Une autre va circuler sur internet, mais sera largement moins partagée. Cette séquence prise par un automobiliste montre la victime habillée en slip devant la gendarmerie du Tampon. L’homme frappe frénétiquement le portail d’entrée de la gendarmerie en insultant les militaires. 

Selon les témoignages du voisinage, l’homme est arrivé devant le portail de la gendarmerie vers 5h du matin. Il a commencé à donner de violents coups de pied en hurlant qu’il voulait être arrêté. Il n’a pas hésité à montrer ses parties intimes aux agents. Il a même appelé le service d’urgence de la gendarmerie à Saint-Denis pour être interpellé car il n’avait pas respecté son contrôle judiciaire.

Vers 5h45, une patrouille arrive de Saint-Louis. Celle-ci est composée de trois gendarmes de différentes unités qui ne se connaissent pas mais travaillent ensemble cette nuit-là dans le cadre des brigades de gestion des évènements (BGE). En 5h de service, ils ont déjà réalisé 6 interventions, dont un guet-apens à Saint-Louis où ils se sont fait caillasser.

L’homme en sous-vêtement est passablement saoul et remonté contre les gendarmes. Il les insulte et ceux-ci procèdent à son interpellation. Dans un premier temps, l’individu se laisse faire, tout en faisant des doigts d’honneur aux militaires. Il alterne entre calme et excitation, mais garde le cap des insultes, particulièrement dirigé contre un gendarme. C’est lui qui va lui mettre un coup de taser, avant les coups de pied.

Les explications des protagonistes

Lors de sa garde à vue, le gendarme va expliquer qu’il a vu l’individu serrer les poings et se contracter lors du menottage. Il a alors pensé qu’il allait bondir et a fait usage de son pistolet à impulsion électrique. Il affirme avoir pris soin d’enlever avant le percuteur, afin de réduire la charge et s’assurer qu’il ne tombe pas dans les vapes. Pour les coups de pieds, il explique que c’était des coups donnés de l’intérieur du pied pour le retourner.

Les témoignages des autres gendarmes divergent. L’un d’eux est persuadé que les coups de pied ont eu lieu avant le coup de taser. Mais les deux s’accordent sur le fait que les violences n’étaient pas nécessaires.

Le plus étonnant est l’audition de la victime. L’homme dit qu’il comprend parfaitement que les gendarmes aient réagi ainsi et qu’il s’excuse pour son comportement. "C’est dommage pour vos collègues qu’ils soient tombés sur moi", a-t-il déclaré à celui qui prenait son témoignage. Il n’a donc pas porté plainte et ne se constitue pas partie civile.

"Il est odieux, mais assis"

La situation était complexe pour la procureure Caroline Calbo, qui a travaillé avec le gendarme concerné et le considère comme un excellent OPJ. Elle rappelle qu’il a par exemple résolu en quelques jours une affaire de viols vieille de 10 ans. Si elle affirme comprendre le contexte de la nuit, elle rappelle que les gendarmes doivent proportionner la force en toutes circonstances. 

"L’État délègue aux gendarmes le pouvoir de la violence légitime. J’insiste sur légitime ! La vidéo montre une méthode d’intervention qui n’est pas adaptée. On voit l’homme assis, les mains derrière le dos. Il est odieux, mais assis. Il est important de dire quand ça va pas et que ça dépasse les limites", souligne-t-elle avant de requérir 3 mois de prison avec sursis et 300 euros d’amende.

Maître Farid Isse va lui s’attacher à rappeler que si les gendarmes sont tenus à des devoirs, "ils n’en sont pas moins hommes avec leurs souffrances et leurs charges émotionnelles". Il explique que son client a la hantise des couteaux après s’être fait poignarder à deux reprises. "Il avait également à l’esprit que si cet homme se rendait aux forces de l’ordre, c’est qu’il y avait sûrement un drame qui avait eu lieu à son domicile", ajoute Maître Isse. 

Il rappelle que le gendarme impliqué en est à sa deuxième nuit d’affilée, avec seulement 7h de pause entre les deux. La robe noire rappelle que le passage n’est qu’une petite partie de vidéo d’une longue séquence. Il ajoute que les faits de dénonciations calomnieuses ne peuvent pas être retenus puisque l'accusation de rébellion peut se justifier. "On en voit passer devant ce tribunal pour moins que ça", rappelle-t-il.

Le gendarme a été condamné par le tribunal correctionnel de Saint-Pierre à 4 mois de prison avec sursis pour les violences, mais l’a relaxé pour les dénonciations calomnieuses.

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