[Le Podcast de Pierrot] Comment on dit "ça pue" en kanak ?

Guère de changements sur le front politique en France. Le Nouveau Front Populaire est toujours dans l’incapacité de se mettre d’accord sur un nom pour le poste de Premier ministre, même si ce matin, sur France Info, Eric Coquerel a affirmé qu’"Huguette Bello reste la bonne solution". Selon lui, "c'est une femme qui a une expérience de parlementaire, qui a une expérience d'exécutif, qui est engagée dans les combats antiracistes. Enfin, c'est un gros avantage, c'est qu'elle vient d'outre-mer. Ce serait la première fois qu'on aurait une femme Première ministre venant d'outre-mer".
Sauf que, aux dernières nouvelles, les socialistes restent opposés à sa désignation. La situation est donc toujours bloquée. Ce qui fait dire à un baron socialiste : "S'il n'y a pas de nom, le NFP est mort".
Comme quoi, on peut se mettre d’accord sur un programme de gouvernement uniquement destiné à rafler une centaine de sièges supplémentaires aux législatives et n’être d’accord sur rien.
Le Nouveau Front Populaire va-t-il pour autant voler en éclats ? Pas si sûr. Une nouvelle échéance approche à grands pas, celle des municipales de 2026 et, les mêmes causes produisant les mêmes effets, il est possible que, bien que d’accords sur rien, les quatre partis de gauche qui la composent soient tentés de faire survivre le NFP jusque-là, histoire de conserver des municipalités, voire d’en gagner d’autres.
Laissons donc les socialistes et les LFIstes à leurs querelles sans issue et allons plutôt faire un tour du côté de la Nouvelle-Calédonie. Ce qui se passe là-bas est très inquiétant et devrait nous faire réfléchir, nous Réunionnais.
Loin de s’améliorer, la situation sur le Caillou connait depuis quelques jours une aggravation inquiétante.
Voilà plus de deux mois que les émeutes ont commencé. C’était le 13 mai en réaction au projet de loi constitutionnel voulu par Emmanuel Macron sur le dégel du corps électoral, entre temps suspendu. Depuis, le territoire vit au rythme des barrages, des émeutes et des incendies.
Le gouvernement avait pourtant mis les moyens : plus d’une trentaine d’escadrons de gendarmerie et de CRS, appuyés par des éléments du GIGN. Excusez du peu !
La situation semble s’améliorer et selon les autorités, on assisterait même à un retour progressif à la normale. Depuis quelques jours en effet, le couvre-feu qui était en vigueur de 20 heures à 6 heures ne l’est plus que de 21 heures à 5 heures. Des établissements scolaires rouvrent. Des routes sont libérées… avant parfois d’être immédiatement réoccupées une fois les forces de l’ordre parties. Cependant, le reste du temps, elles restent sous la menace des caillassages.
De fait, la vie économique est totalement bloquée. Les pertes, directes et indirectes, se chiffrent en centaines de millions d’euros et les entreprises ferment les unes après les autres.
Autre conséquence, toute aussi désastreuse, c’est par milliers que les habitants de l’ile, souvent installés depuis des dizaines d’années, quittent l’ile pour fuir la crise. Parmi eux, des médecins et des soignants, ce qui complique une situation sanitaire déjà tendue.
Mais la situation s’est à nouveau envenimée ces derniers jours.
Tout a commencé par un incendie volontaire qui a complètement détruit l’église de la mission de Saint-Louis, berceau du catholicisme dans l’archipel. Fondée en 1860, elle a un temps été surnommée "le petit Vatican". C’est dire la force de la destruction de ce symbole.
Puis, dans la nuit de jeudi à vendredi, l'église de Vao, sur l'île des Pins, a été ravagée en partie par les flammes. La nuit suivante, la maison d'un prêtre, située sur la Grande Terre, a totalement brûlé, sans faire de victime.
Selon L’Express, "ces départs de feu sont une réponse [des indépendantistes] à la mort de Rock Victorin Wamytan, (…) tué par un tir de riposte du GIGN le 10 juillet alors qu’il visait lui-même des forces de l’ordre".
Et c’est ainsi que s’enclenche la spirale de la vengeance. Dans la nuit de dimanche à lundi, le mausolée du grand chef kanak Ataï a été vandalisé. Le crâne de cet homme, décapité au cours de la révolte kanake contre le pouvoir français de 1878, devenu au fil du temps le symbole de la résistance à la colonisation, a été dérobé, ainsi que celui de son sorcier.
Pour Louis Mapou, président du gouvernement local, "un nouveau degré vient d’être franchi", tandis que Cyprien Kawa, qui avait porté le projet de monument funéraire et qui est le fils du grand chef Bergé Kawa, descendant d’Ataï, estime qu’"à travers cet acte, on essaie de renforcer le fossé qui s’est créé entre les communautés de Nouvelle-Calédonie et le peuple kanak". Avant d’inviter à "ne pas céder à la haine, ni à la violence".
Pour ajouter encore plus à la confusion, une vingtaine de partis politiques et mouvements indépendantistes des territoires d’outre-mer français, comme la Corse, la Polynésie, ou encore la Guadeloupe se sont réunis les 17 et 18 juillet à Bakou, en Azerbaïdjan, avec le soutien de l’état azerbaïdjanais, pour faire "front commun » contre le « colonialisme français". Tous les participants ont signé une "déclaration finale" actant la création d’un "Front international de libération". Dans cette déclaration, les signataires condamnent "les politiques coloniales racistes et répressives de la France" et s’accordent à coordonner leurs actions et leurs activités plus étroitement, ainsi qu'à établir une "stratégie globale pour l'élimination du colonialisme" avec "un plan d’action et un programme qui seront présentés aux organisations internationales".
Si La Réunion était apparemment absente, les Néo-Calédoniens figuraient en bonne place.
Et vous aurez tous les éléments de ce puzzle explosif quand vous saurez que la Nouvelle Calédonie a élu aux dernières législatives un député indépendantiste, Emmanuel Tjibaou, l'un des fils du leader kanak assassiné en 1989.
Comment on dit "ça pue" en kanak ?


