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Le piège diabolique de Marine Le Pen est en train de se refermer sur Emmanuel Macron

Marine Le Pen a appelé samedi, devant les parlementaires du Rassemblement national réunis dans une salle obscure au sous-sol de l'Assemblée nationale, à une dissolution dès 2025, dès que le délai d'un an interdisant au président de la République de dissoudre à nouveau sera révolu. Ce faisant, elle a dévoilé au grand jour le piège diabolique qu'elle tend à Michel Barnier et à Emmanuel Macron.
Ecrit par Pierrot Dupuy – le lundi 16 septembre 2024 à 10H05

 

 

Traditionnellement, lorsqu'on tend un piège à un adversaire, on le fait discrètement, histoire de le prendre par surprise. Là, Marine Le Pen est tellement sûre d'elle qu'elle n'hésite pas à dévoiler au plein jour les rouages du mécanisme diabolique qu'elle a mis en place pour accéder au pouvoir dans un an.

Le gouvernement de Michel Barnier va tomber dans 10 mois

La patronne du RN est convaincue que le plan qu'elle a mis en place est inarrêtable. Elle sait qu'elle a pouvoir de vie ou de mort sur n'importe quel Premier ministre, qu'il vienne des rangs du NFP, de la Droite ou du Centre. Les 126 voix de son groupe sont assez nombreuses, additionnées à celles des autres opposants, pour constituer une majorité et faire voter une motion de censure contre n'importe lequel des Premiers ministres qui occuperait Matignon.

Elle aurait pu, comme le NFP, la jouer "gros doigt" et empêcher la désignation de Michel Barnier en le menaçant d'une motion de censure. Mais ça aurait été aller à l'encontre de l'objectif de "normalisation" qu'elle s'est fixé pour son parti.

Alors que Jean-Luc Mélenchon a choisi la stratégie de la "bordélisation", Marine Le Pen elle a choisi celle de l'apaisement. L'idée étant de faire oublier le passé sulfureux du Rassemblement national de son père et d'apparaitre comme un parti "normal", à même de gouverner la France demain. Tout en gardant ce qui fait l'ossature de la politique du RN, la lutte contre l'immigration, que ses opposants assimilent à du racisme et qu'elle présente elle comme une défense des valeurs fondamentales de la France. Le but, à terme, étant d'occuper le vide laissé par Les Républicains à Droite. En attendant, elle octroie un "permis de vivre" de 10 mois à Michel Barnier.

Car pour elle, faire tomber immédiatement le gouvernement de Michel Barnier aurait été contre-productif. Pendant un an, la France aurait été ingouvernable et ce chaos n'aurait profité qu'au NFP et à Jean-Luc Mélenchon.

Fort habilement, elle a accepté de ne pas censurer "a priori" Michel Barnier, permettant son entrée à Matignon. Mais, pour la patronne du RN, cette situation n’a pas vocation à durer, alors que le chef du gouvernement est issu du parti Les Républicains, arrivé en cinquième position aux législatives. "Il reste dix mois, et, moi, je suis convaincue qu’il y aura, à l’issue de ces dix mois, ou au printemps ou à l’automne, des nouvelles élections législatives", a-t-elle affirmé. Et elle en a rajouté une couche de façon à ce que son message soit bien clair : "Espérons que cette mandature soit la plus courte possible".

Un peu plus tard, Jordan Bardella a enfoncé le clou à l'occasion d'une conférence de presse. "Michel Barnier est sous notre surveillance démocratique (...) S'il reste le collaborateur du président de la République, alors son gouvernement tombera".

10 mois pour structurer le RN et le rendre présentable

Le plan de Marine Le Pen et de Jordan Bardella est donc clair : maintenir le gouvernement de Michel Barnier sous perfusion jusqu'au 9 juin 2025, date anniversaire de l'annonce de la dissolution de l'Assemblée nationale par le président de la République et le faire tomber à ce moment-là, au premier prétexte venu. Et s'il fallait en inventer un, ils pourraient toujours l'accuser de n'avoir pas su être autre chose qu'un "collaborateur du président de la République". Une notion suffisamment vague pour qu'ils puissent l'utiliser quand bon leur semble.

Forte de sa conviction que "le Rassemblement national a un positionnement plus central et (est) plus important que jamais", Marine Le Pen a entrepris dès ce week-end de mettre de l'ordre dans son parti et de le préparer à ces élections décisives qui se dérouleront dans dix mois.

Le premier objectif est d'éviter de reproduire les mêmes erreurs que lors des dernières législatives. Pour éviter de nouvelles "erreurs de casting", avec des candidats trainant des batteries de casseroles et dont la presse avait mis en lumière soit l'incompétence crasse, soit le racisme le plus abject, elle a décidé de nommer dès maintenant deux directeurs de campagne, l'un pour les municipales, l'autre pour les législatives, dont la tache sera de sélectionner 577 candidats d'ici au mois de mars, pour préparer les nouvelles élections.

Dans le même temps, environ un tiers des délégués départementaux, considérés en interne comme responsables du mauvais choix de ces candidats sulfureux, va être limogé et remplacé. Au dessus d'eux, pour faire le lien avec la direction nationale et déconcentrer les décisions, des coordinateurs régionaux, parfois eux-mêmes députés, seront également nommés.

Près de 7 millions détournés au détriment de l'Union européenne

Les responsables du Rassemblement national souhaitent aller vite de façon à occulter la mauvaise image que va laisser dans l'opinion publique le procès fleuve qui s'ouvrira le 30 septembre prochain et au cours duquel on reprochera à Marine Le Pen et à 26 de ses collaborateurs d’avoir "de manière concertée et délibérée" mis en place, entre 2004 et 2016, un "système de détournement" des enveloppes (21.000 euros mensuels) allouées par l’Union européenne à chaque député pour rémunérer ses assistants parlementaires". Ces derniers auraient travaillé en réalité entièrement ou partiellement pour le RN, permettant à ce dernier d'économiser leurs salaires.

Le préjudice avancé  par l'accusation est très important. Le Parlement européen, partie civile, l’a évalué en 2018 à 6,8 millions d’euros pour les années 2009 à 2017. Toutefois, l’ex-présidente du RN a déjà accepté de verser près de 330.000 euros au Parlement européen pour rembourser l’emploi indû de deux assistants parlementaires.

Marine Le Pen sous la menace d'une peine d'inéligibilité

Marine Le Pen joue gros dans cette affaire. Elle risque en effet une peine complémentaire facultative d’inéligibilité d’une durée maximale de dix ans qui devra être motivée au regard de la gravité des faits, de sa personnalité et de sa situation personnelle, selon une jurisprudence de la Cour de cassation. Trois cas de figures se présenteront alors.

Soit elle est condamnée, comme dans l’affaire des assistants parlementaires de l’UDF et du MODEM, à une peine d’inéligibilité "avec sursis". Il s'agirait là de la peine la moins grave et elle ne devrait pas constituer un obstacle à sa candidature annoncée à l’élection présidentielle de 2027. A noter cependant que les sommes en jeu concernant l'UDF et le MODEM étaient bien moins importantes, inférieures à 300.000€.

Soit elle est condamnée à une peine d’inéligibilité ferme, sans sursis. Les choses seraient plus compliquées mais pas catastrophiques. En tout cas, à court terme. Elle pourrait toujours faire appel, voire même aller en cassation, et ses condamnations ne pourront être exécutées que lorsque tous les délais de recours auront expiré.

Enfin, dernière hypothèse, la plus grave, Marine Le Pen est condamnée à une privation des droits civiques mais assortie d’une exécution provisoire comme le permet l’article 471 du Code de procédure pénale, une décision qui n’est soumise à  aucune obligation de motivation par le juge qui la prononce. Marine Le Pen se verrait alors barrer la route de l'Elysée, même si elle fait appel du jugement. On imagine que, dans cette hypothèse, ce serait Jordan Bardella qui la remplacerait.

Jordan Bardella auteur de faux en écriture ?

Ce dernier a beaucoup de chance. Il a en effet échappé au procès initié par l'Union européenne, alors même qu'il a été, pendant quelques mois, attaché parlementaire d'un député européen du Rassemblement national.

Dans le livre-enquête "Machine à gagner" du journaliste Tristan Berteloot paru vendredi sur la stratégie de conquête du pouvoir du RN, l'auteur accuse Jordan Bardella d'avoir participé a posteriori à l’élaboration de documents factices et antidatés (revues de presse, agenda) censés témoigner de son travail pour le compte du député européen dont il était l'assistant parlementaire et qu’il n’aurait pas réellement effectué.

L'auteur du livre cite notamment à l’appui de ses dires un message d’un stagiaire travaillant pour l’avocat belge Ghislain Dubois, qui aurait déclaré lors d’un échange sur une messagerie avec d’anciens membres du parti qu’il avait "créé des faux dossiers pour des assistants qui n’ont jamais travaillé pour le Parlement européen".

Selon Libération, le nom de Jordan Bardella "figure comme celui d’autres assistants sur un organigramme du FN, publié en février 2015, qui a motivé le Parlement européen à saisir la justice française. On y trouve le nom de collaborateurs censés occuper à l’époque des fonctions auprès d’élus européens, ce qui laisse supposer qu’ils étaient alors affectés à d’autres tâches au sein du parti. Bardella y apparaît comme "chargé de mission" auprès du vice-président du FN de l’époque, Florian Philippot. En même temps, il est censé être l’assistant parlementaire local de l’eurodéputé Jean-François Jalkh, une fonction qu’il n’a semble-t-il jamais exercée, mais pour laquelle il a perçu un salaire de 1 200 euros net mensuels".

Libération poursuit que, "par chance pour lui, les enquêteurs de l’Office central de lutte contre la corruption et les infractions financières et fiscales de la police, saisi par le parquet français en 2015, ne se sont pas attardés sur son cas. Pour ne pas alourdir un dossier déjà conséquent, ils ont focalisé leur enquête sur des députés européens et des collaborateurs à qui il est reproché d’avoir détourné de plus grosses sommes d’argent public, sur de plus longues périodes. Jordan Bardella n’a été assistant parlementaire que quatre mois et demi, pour un coût de 10.444 euros".

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