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Le billet d’humeur de Mohamed Aït-Aarab : « Le cordonnier doit s’arrêter au rebord de la chaussure »

Autrefois, il existait le bistrot, l’épicerie du coin, qui tenaient lieu d’agora, où chacun pouvait commenter l’actualité du jour, refaire le monde à sa guise, pester contre l’incompétence des gouvernements ou philosopher à la petite semaine.

Ecrit par Mohamed AÏT-AARAB – le mercredi 05 janvier 2022 à 08H48

Aujourd’hui, le bistrot du coin a trouvé refuge sur les réseaux sociaux. L’anonymat, la violence, voire la haine, en plus. L’humour en moins. Car on ne se contente pas d’y débattre, de discuter, de controverser. Non ! On y cultive l’ultracrépidarianisme, terme savant que les lecteurs du quotidien belge Le Soir ont élu mot de l’année 2021.

Ce vocable imprononçable désigne la tendance, très actuelle, à parler avec assurance de sujets dont on ignore presque tout. Une telle disposition n’est pas propre à notre époque : les troquets d’antan regorgeaient de philosophes, de scientifiques et de politistes de comptoir. Mais ce qui se passait au pied du zinc restait au pied du zinc.

De nos jours, les posts d’un quidam sont likés, partagés, par des centaines, des milliers d’internautes. Et les élucubrations les plus absurdes ou les plus extrémistes peuvent trouver un écho. Car plus vous êtes dans l’excès, l’absence de nuance, le jusqu’au- boutisme, plus vous avez de chances d’étendre votre communauté virtuelle.

Or, les latins nous avaient mis en garde : « Sutor, ne supra crepidam », « Cordonnier, pas plus haut que la sandale ! ». Autrement dit, rester dans son domaine de compétence. Quand je ne sais pas, je me tais ! Mais le bon sens a changé de camp. Quand je ne sais pas, je clame haut et fort mon incompétence. « Je ne suis pas médecin, mais… »*1 je pense que… La propension à intervenir sur tous les sujets, associée à “l’effet gourou”, favorise la paresse intellectuelle et le renoncement à tout esprit critique.

L’anthropocène, cette période géologique marquée par l’empreinte de la puissance de l’homme, a jeté aux oubliettes, et la spiritualité, et la raison. L’irrationalité et le matérialisme règnent en maîtres, preuve que l’humanité a perdu sur tous les tableaux.

L’autre paradoxe de nos sociétés est qu’elles semblent gouvernées par et au nom de la science. Or jamais le savoir n’a été autant contesté, remis en cause. Non pas qu’il faille taire toute critique, tout questionnement, toute inquiétude. Mais l’ultracrépidarianisme, tout comme le soupçon généralisé ne peuvent produire que la désunion, la division et la séparation.
Loin de La Réunion à laquelle nous aspirons.

1* titre d’un texte du scientifique et philosophe Étienne Klein.

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