La Région s'efface devant la vente du terrain du Lux aux Mauriciens d'IBL

La collectivité, qui avait engagé au tribunal un recours visant à empêcher la vente de la parcelle de l'hôtel Lux au groupe IBL, s'est finalement désistée au bout d'un an de procédure. Plus ne rien ne s'oppose désormais au rachat pour 27 millions d'euros de ce terrain idéalement situé sur le domaine public maritime.
En signant le 6 septembre 2024 une motion « considérant que l’intention de l’État de vendre à un pays étranger 7 hectares, dont une partie relève du DPM, constitue un acte d’une extrême gravité », Huguette Bello et la commission permanente de la Région s'attendaient probablement à susciter une vive réaction dans l'opinion publique.
Le débat sur le rachat par le groupe mauricien IBL de la parcelle DI 994 située sur la commune de Saint-Paul, dans le domaine public maritime, a bien suscité interrogation ou réprobation dans l'opinion. Mais la polémique ne semble pourtant pas avoir déclenché l'élan de patriotisme économique espéré par la Région et sa présidente. Laquelle tablait sur l'émergence d'une candidature réunionnaise pour concurrencer l'offre de rachat des Mauriciens d'IBL.
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Mais personne ne semble avoir été tenté de relever le défi, malgré le tarif attractif (environ 400 euros du mètre carré) accordé par l'État à l'actuel exploitant du Lux, un hôtel 5 étoiles réputé de la côte ouest. Un prix de vente de 27 millions d'euros qui s'explique aussi par les investissements massifs que le groupe mauricien aurait promis d'engager dans la rénovation de son fleuron hôtelier à La Réunion.
La mairie de Saint-Paul n'a pas suivi la Région
Selon nos informations, la Région a bien tenté, par une requête enregistrée au tribunal administratif le 12 novembre 2024, suivie par deux mémoires datés du 7 février et du 14 mai 2025, d'obtenir l'annulation de l'arrêté préfectoral du 12 septembre 2024 actant le déclassement de la parcelle du Lux, située en partie dans la zone dite des cinquante pas géométriques.
La collectivité a fini par faire machine arrière, confrontée à l'absence de soutien dans le monde économique local. Et de son propre camp politique, puisque le maire de Saint-Paul Emmanuel Séraphin privilégierait pour sa part la perspective d'une rénovation ambitieuse du Lux par IBL, avec à la clé le maintien des emplois directs et indirects.
Surtout, les arguments des services de l'État sur le défaut de qualité à agir de la Région dans ce dossier ont semble-t-il fait mouche. La préfecture avait prévu de contester devant le tribunal la légitimité de la collectivité, au regard du droit administratif, à demander l'annulation d'un arrêté préfectoral qui ne semble pas la concerner directement.
Huguette Bello était trop isolée
Sans le soutien de Saint-Paul, et face à un groupe qui pèse de plus en plus lourd dans l'économie réunionnaise (Edena, avec désormais la franchise Coca Cola, les hypermarchés Run Market et une participation à Air Austral via Run Air), la Région a sans doute craint de se prendre les pieds dans le tapis si elle se présentait devant une audience du tribunal administratif.
Le 31 octobre dernier, la collectivité a préféré notifier son désistement de la procédure, après avoir compris, aussi, que les services de l’État avaient raison lorsqu'ils affirmaient qu'il n'était pas légalement possible de proposer à IBL une prolongation de bail, puisqu'il s'agit déjà d'un bail dérogatoire. L'État ne pouvant reconduire le contrat de location, le déclassement et la vente du terrain à IBL avaienté été présentés comme une suite logique.
« Nous avions de très fortes chances d’être révoqués au tribunal et cela ne servait à rien de continuer tout seul dans ce combat, même si nous avons toujours fait du patriotisme économique une priorité. Et puis il y avait l’urgence de la rénovation du Lux, l’investisseur ne pouvait engager de fonds tant que la procédure au tribunal n'était pas terminée », souffle-t-on à la Région, en admettant que pour Huguette Bello, clairement isolée sur ce dossier, le risque politique devenait trop élevé.


