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La majorité se déchire au sujet de la NRL

Ericka Bareigts a claqué la porte de la plénière en haussant la voix contre Patrick Lebreton et Huguette Bello, sur fond de désaccord dans le dossier du milliard d'euros de réclamations demandé par des entreprises du chantier de la nouvelle route du littoral.
Ecrit par Thierry Lauret – le vendredi 3 novembre 2023 à 17H41

« Qui a intérêt à ce que la nouvelle route du littoral ne se fasse pas ? » C'est avec cette question lourde de sous-entendus qu'Axel Vienne a fait dégoupiller sa collègue de la majorité Ericka Bareigts, cet après-midi. La maire de Saint-Denis a bondi de son siège de vice-présidente de la Région pour quitter l'assemblée plénière en faisant état de sa colère, reprochant à Huguette Bello de ne pas lui avoir permis de répondre à cette attaque à peine déguisée.

Région : Trois membres de la majorité d’Huguette Bello rejoignent le groupe d’Éricka Bareigts

Quelques instants plus tôt, Ericka Bareigts avait expliqué à Patrick Lebreton qu'elle n'acceptait pas de recevoir de sa part « des leçons sur la responsabilité », et encore moins de se faire « engueuler » par le maire de Saint-Joseph comme une élève par son maître d'école. Christian Annette avait allumé la mèche en indiquant que son groupe Avenir partageait l'inquiétude d'une probabilité selon lui que « la Région ajoute de la dette à la dette » sur un dossier, la NRL, pour laquelle la collectivité s'est déjà endettée à hauteur de 1,3 milliard d'euros.

Tout avait débuté par la lecture, par la présidente de Région, du rapport d'information fait aux élus au sujet des conclusions rendues par la Chambre régionale des comptes concernant le chantier de la NRL. Suite notamment à l'abandon de la partie dite de route en digue, et au choix qui en découle du tout-viaduc, la Pyramide inversée doit faire face à près d'un milliard de réclamations (726 millions d'euros pour principal et 245 millions d'euros d'intérêts moratoires) de la part du groupement d'entreprises retenu. Les contentieux portent sur 3 des 24 marchés du chantier du siècle.

Bello : « Des réclamations extravagantes »

« À notre arrivée, le chantier était à l'arrêt. Le viaduc menait à la mer, nous avons remis le viaduc en route », a rappelé Huguette Bello, qualifiant de « réclamations extravagantes » les sommes demandées devant les tribunaux, tout en indiquant que des discussions se poursuivaient avec le groupement d'entreprises.

« C'est un lourd héritage dont nous devons assumer les conséquences. C'est pourquoi j'accueille avec la distance nécessaire les polémiques liées aux réclamations. Nous avons organisé notre budget sur des bases réalistes, je n'en dirai pas plus car c'est le sens des responsabilités qui commande », a poursuivi la présidente de Région.

Un milliard d’euros de réclamations pour la NRL

Des propos qui, pensait-on alors, visaient les élus du Ceser, lesquels avaient rendu dans la semaine un avis sur ce même rapport de la CRC, en enjoignant la collectivité de respecter les recommandations de la Chambre. Et ce en inscrivant au prévisionnel du budget, dans la case des dépenses de fonctionnement, une somme visant à parer aux compensations financières liées aux réclamations. Mais peut-être qu'Huguette Bello avait eu vent de la longue sortie que préparait Christian Annette. Celui-ci, ayant « constaté qu'aucune provision n'avait été inscrite », a rappelé la présidente à ses devoirs de respect du code général des collectivités territoriales. « Nous devons faire face et expliquer aux Réunionnais la situation », a clamé Christian Annette, avant de dresser une liste des projets qui pourraient être supprimés afin de constituer un trésor de guerre, en citant « à titre tout a fait indicatif »  les « quatre lycées, les équipements sportifs (Creps et gymnase), la déviation de Saint-Joseph, la RN5 de Cilaos et le nouveau pont de l'Etang Saint-Paul »

« Je ne peux pas croire que vous soyez les alliés de ces profiteurs », a fait mine de s'étonner Huguette Bello, avant de répondre aux inquiétudes formulées par Christian Annette. «  Je vais vous rassurer, nous avons procédé à une évaluation sincère comme demandé par la CRC et nous avons inscrit des provisions, bien en deçà évidemment de ce que réclame le groupement, mais nous sommes tout de même allés au delà de ce que les services ont préconisé. »

La présidente de Région s'est toutefois refusée à révéler le montant de cette provision, de crainte semble-t-il que la somme ne donne une indication aux entreprises sur ce qu'elles pouvaient espérer obtenir.

Ericka Bareigts, pour sa part, s'est déclarée auprès des journalistes certes en colère, mais toujours membre de la majorité.

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