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"La guerre froide, ce sont les politiques qui l'ont créée, et ce sont les astronautes qui y ont mis fin"

À l'occasion de leur venue sur notre île, nous avons rencontré deux figures de l'aérospatiale russe: Pavel Vinogradov, ancien commandant de la station spatiale internationale, et Anton Syromiatnikov, fils du célèbre ingénieur aérospatial Vladimir Syromiatnikov. Les deux Russes sont en effet venus à la Réunion pour célébrer les 20 ans du lancement du mini Spoutnik russo-réunionnais.
Ecrit par zinfos974 – le dimanche 12 novembre 2017 à 14H08

Pavel Vinogradov est entré dans l'histoire de la conquête de l'espace alors même qu'il n'osait en rêver : il se souvient avec émotion du premier vol de Gagarine, alors qu'il était enfant, à Mogadan, sa ville, située à 300 km de Vladivostok, si loin de Moscou. Pavel a grandi dans l'immense URSS, son enfance et sa jeunesse marquées par la guerre froide, et les rivalités des deux blocs cristallisées dans la conquête spatiale, devenue enjeu majeur entre les deux blocs ennemis.

Ce grand sportif, après de brillantes études d'ingénieur à Moscou, travaille à la fabrication des fusées russes. Son excellente condition physique, liée à ses connaissances pointues de l'ingénierie aérospatiale, font de lui un candidat idéal au vol spatial. Il effectue son premier vol à l'âge de 43 ans, en 1997, rejoignant la célèbre station spatiale russe Mir.

C'est en cette année 1997, 40ème anniversaire du lancement de Spoutnik, que Pavel a, sur l'idée du brillant réunionnais Guy Pignolet, et sous l'égide de l'illustre ingénieur Vladimir Syromiatnikov, lancé dans l'espace le fameux mini-Spoutnik, fruit de la collaboration de collégiens russes et réunionnais. 

Un souvenir lumineux pour Pavel, qui, ému, raconte : "J'étais inquiet, ma principale préoccupation était qu'il fonctionnât. Le mini-Spoutnik a fonctionné, j'étais heureux, car il portait des messages de paix d'enfants de 40 pays, qui représentaient l'Unité des enfants de la Terre."

Anton Syromiatnikov, fils de Vladimir, est venu sur l'île commémorer les 20 ans du lancement du Spoutnik réunionnais, mais aussi revoir la "Porte des Mondes", monument hommage à l'oeuvre de son père ingénieur. En 1975 les astronautes souhaitent organiser une poignée de mains entre russes et américains, dans l'espace. Or, en pleine guerre froide, la tension est palpable, et un problème technique se pose quant à l'amarrage de Soyouz et Apollo : aucun des blocs ne veut être celui qui aurait la "prise femelle". Vladimir invente alors une prise androgyne, pour ne froisser l'égo et la "virilité" ni des russes ni des américains.

Une grande réplique de cette prise androgyne est placée sur un rond-point du boulevard Sud, inaugurée il y a cinq ans, dix ans après la mort de Vladimir Syromiatnikov. À ce sujet, Guy Pignolet espère que les travaux actuels sur le boulevard Sud seront l'occasion de créer un accès piétons à la "Porte des Mondes", qui ressemble étrangement à la "Stargate" d'un célèbre film américain.

Interrogé sur le sentiment procuré par la vue de notre planète bleue, Pavel, des étoiles dans les yeux, répond "C'est indicible, un amour absolu et immédiat. L'instant où j'ai vu la terre depuis le hublot de Mir est mon souvenir le plus précieux, un merveilleux sentiment d'appartenance à la planète et à l'humanité."

Anton Syromiatnikov renchérit : "Les astronautes voient plus loin que les politiques. La guerre froide, ce sont les politiques qui l'ont créée, et ce sont les astronautes qui y ont mis fin."

 

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