Budget Outre-Mer 2027 : Audrey Bélim dénonce un "bluff" et réclame des moyens supplémentaires pour La Réunion

À l’approche des débats parlementaires sur le projet de loi de finances pour 2027, la sénatrice Audrey Bélim a présenté, ce vendredi 9 octobre, son analyse du budget de la mission "Outre-mer". Derrière une enveloppe globale annoncée à 3,74 milliards d’euros, la parlementaire socialiste dénonce une diminution des moyens consacrés aux nouvelles actions, notamment dans les domaines du logement, de l’insertion des jeunes et de la continuité territoriale. Elle entend défendre plusieurs amendements pour préserver les financements destinés aux Réunionnais.
Le montant affiché ne raconte pas toute l’histoire. Lors d’une conférence de presse organisée à sa permanence ce vendredi 9 octobre, Audrey Bélim a appelé à dépasser les chiffres globaux du "Bleu Outre-mer", le document budgétaire qui détaille les crédits prévus pour les territoires ultramarins. Si la mission affiche 3,74 milliards d’euros pour 2027, la sénatrice estime qu’une grande partie de cette enveloppe servira à honorer des engagements pris les années précédentes, au détriment des nouvelles mesures.
"Pour moi, il s’agit de bluff", lance-t-elle. Selon l’élue, les moyens réellement disponibles pour financer de nouvelles opérations stagnent ou diminuent dans plusieurs secteurs. Elle entend s’appuyer sur cette lecture détaillée du projet de loi de finances (PLF) pour déposer des amendements et défendre les priorités réunionnaises.
Logement : retrouver les 86 millions d’euros
Premier dossier ciblé : le logement. Audrey Bélim rappelle que les crédits de la ligne budgétaire unique (LBU), qui finance notamment la construction de logements sociaux, ont fortement diminué à La Réunion. Pour rappel, l’enveloppe est passée de près de 86 millions d’euros en 2024 à environ 44 millions en 2026.
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Pour l’exercice 2026, elle souligne que les 86 millions d’euros initialement demandés n’ont finalement pas été intégralement accordés. Pour 2027, elle souhaite donc obtenir le retour à ce niveau de financement, mais aussi un plan pluriannuel permettant de donner de la visibilité aux opérateurs et d’anticiper les besoins.
"Lorsqu’on a du logement en moins, on a des capacités de chantiers en moins, on a du travail en moins, on a du chiffre d’affaires en moins", résume-t-elle. La sénatrice insiste sur les répercussions économiques et sociales de cette baisse, alors que plus de 50.000 foyers seraient en attente d’un logement social sur l’île, selon les chiffres qu’elle cite.
Emploi : un budget en hausse, mais moins de moyens pour agir
C’est l’un des arguments centraux de son analyse : l’augmentation du budget "Emploi Outre-mer" ne se traduirait pas par une hausse équivalente des moyens consacrés à l’insertion. Selon les chiffres présentés par la sénatrice, le programme passerait d’environ 2,14 milliards d’euros en 2026 à 2,27 milliards en 2027, soit une hausse proche de 6 %.
Mais Audrey Bélim souligne qu’une grande partie de cette progression provient de l’augmentation du coût des exonérations de cotisations sociales accordées aux entreprises ultramarines. Si elle défend ces dispositifs de soutien, elle distingue leur financement des crédits destinés à accompagner les demandeurs d’emploi.
Ainsi, la ligne consacrée à l’insertion et à la qualification professionnelle passerait de 307,4 à 310 millions d’euros, soit une progression de seulement 0,85 %. Plus préoccupant à ses yeux, les crédits permettant de financer de nouvelles actions diminueraient de 343 à 328 millions d’euros, soit 15 millions de moins.
"L’argent effectivement payé pour l’insertion augmente de moins de 1 %. Et l’argent permettant de lancer de nouvelles actions d’insertion diminue de 15 millions", résume-t-elle. Pour La Réunion, où le taux de chômage est estimé à 16 % et de 33,9 % chez les 15-24 ans en 2025, la sénatrice entend demander le rétablissement des 15 millions d’euros et un fléchage renforcé vers les territoires les plus touchés par le chômage.
Jeunesse : préserver les missions locales
Autre point d’alerte : l’insertion professionnelle. Audrey Bélim dénonce une baisse de 15 millions d’euros des crédits globaux destinés aux missions locales. L’île en compte quatre, chargées notamment d’accompagner les jeunes vers l’emploi et la formation. Pour rappel, l'État consacrait en 2026 un peu plus de 32 millions d'euros aux Missions locales ultramarines dont 14 millions d'euros pour La Réunion.
La sénatrice évoque 40.300 jeunes réunionnais classés parmi les "NEET", c’est-à-dire ni en emploi, ni en études, ni en formation. À ses yeux, cette situation exige des moyens renforcés, et non une réduction des financements.
"Moi, je veux qu’on préserve l’enveloppe des missions locales", insiste-t-elle. Elle souhaite également la création de crédits supplémentaires pour développer des actions adaptées aux besoins de ces jeunes, dans un territoire où l’accès aux diplômes et à l’emploi reste un enjeu majeur.
Prestations sociales : tenir compte des revenus réunionnais
La sénatrice entend aussi contester le gel ou l’absence de revalorisation de certaines prestations sociales envisagés dans le cadre de l’effort budgétaire national. Elle estime que ces mesures pourraient peser davantage sur les ménages réunionnais, compte tenu de leurs ressources.
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Elle compare un revenu médian annuel d’environ 19.000 euros à La Réunion à près de 26.000 euros dans l’Hexagone, chiffres qu’elle avance pour illustrer cet écart. Selon elle, la place plus importante des minima sociaux dans les revenus des ménages réunionnais renforce les conséquences d’un gel des aides sur leur pouvoir d’achat.
"Participer à l’effort national, oui, on n’est pas fous, on est responsables. Sauf qu’il faut regarder la singularité des territoires", déclare-t-elle, plaidant pour une prise en compte des réalités économiques locales.
Continuité territoriale : quatre millions d’euros en jeu
Enfin, Audrey Bélim dénonce une baisse de 4,4 % des crédits consacrés à la continuité territoriale, soit quatre millions d’euros en moins pour La Réunion selon son estimation. Elle compte renouveler sa demande d’un financement proportionnellement aligné sur celui de la Corse, tout en prévoyant un amendement de repli pour maintenir l’enveloppe au niveau de 2026.
Au-delà de ces trois priorités, la sénatrice appelle à examiner l’ensemble des missions budgétaires de l’État, notamment celles consacrées à l’agriculture, à l’économie, à l’éducation, à l’emploi et aux collectivités. Les conséquences pour La Réunion ne se limitent pas, selon elle, au seul budget estampillé "Outre-mer".
À l’approche des débats parlementaires, Audrey Bélim entend donc défendre plusieurs amendements pour préserver les crédits existants et financer de nouvelles actions. "Ce qui nous intéresse, c’est 2027 et les années suivantes, c’est l’après, c’est l’avenir, c’est les actions nouvelles", conclut-elle.


