Croc Parc : une ancienne salariée accuse sa patronne de harcèlement

La gérante de Croc Parc, à l’Étang-Salé, était jugée jeudi 8 octobre par le tribunal correctionnel de Saint-Pierre pour harcèlement moral envers une ancienne salariée. La plaignante, arrêtée en octobre 2023 puis déclarée inapte à reprendre son poste, accuse son ancienne responsable de l’avoir rabaissée et mise sous pression pendant plusieurs années. La prévenue conteste les faits. Le parquet a requis sa condamnation, tandis que la défense a plaidé la relaxe.
Au tribunal correctionnel de Saint-Pierre, l’affaire a fait remonter plusieurs années de tensions au sein de Croc Parc, le parc animalier de l’Étang-Salé. Élisabeth, actuelle gérante de la structure, comparaissait pour harcèlement moral, pour des propos ou comportements répétés qui auraient dégradé les conditions de travail d’une ancienne salariée entre le 4 janvier 2018 et le 19 octobre 2023.
La plaignante, que nous appellerons Julie*, n’était pas présente à l’audience. Elle était représentée par son avocat. Selon les éléments du dossier, elle a été placée en arrêt de travail à compter du 19 octobre 2023. Cet arrêt a duré un an. La médecine du travail l’a ensuite déclarée inapte à reprendre son poste. La plainte a été déposée le 26 janvier 2024.
“Je réfute le harcèlement. Je n’avais aucun intérêt à harceler”, a déclaré la prévenue à la barre. La présidente du tribunal lui a alors rappelé que les personnes jugées pour ce type de faits tiennent souvent le même raisonnement.
Une salariée très investie auprès des animaux
Julie est décrite comme une salariée très attachée aux animaux du parc. Selon le dossier, elle se présentait comme “amoureuse des animaux” et très investie dans son travail. Elle reproche à son ancienne patronne de l’avoir rabaissée, dénigrée et insultée, tout en lui demandant toujours davantage.
Elle expliquait notamment que, pendant sa pause méridienne de deux heures, elle acceptait souvent de rendre service. Mais lorsqu’elle refusait une demande sur ce temps de pause, elle était victime de brimades et reproches.
Selon elle, la situation s’est dégradée après le décès, en novembre 2022, du fondateur et gérant historique de Croc Parc. Puis, le 19 octobre 2023 marque un tournant. Ce jour-là, une meute de chiens errants serait entrée dans le parc et aurait tué quatre chèvres. La salariée aurait alors eu une vive réaction avant de se placer en arrêt de travail.
Des témoignages à charge, d’autres plus nuancés
À la barre, Élisabeth a présenté la plaignante comme une personne agressive et caractérielle. Mais plusieurs témoignages recueillis dans l’enquête viennent, selon l’accusation, conforter les déclarations de l’ancienne salariée. Il a été évoqué que la gérante avait frappé une ancienne salariée il y a quelques années.
Le dossier fait état de témoignages évoquant des insultes, du dénigrement, des propos racistes ou encore des conditions de travail dégradées. Une employée affirme notamment que la gérante empêchait Julie de faire correctement son travail. Il a aussi été question de l’absence de toilettes pour le personnel, qui aurait dû utiliser un seau.
Sur les sept salariés entendus, trois ont livré des déclarations à charge. L’un d’eux avait déposé plainte avant de la retirer, par peur de perdre ses avantages acquis durant des années de travail. D’autres salariés, en revanche, n’ont pas rapporté de difficultés particulières.
La prévenue a assuré que plusieurs employés auraient pu attester de bonnes relations de travail. “C’était aujourd’hui le procès, c’est aujourd’hui qu’il aurait fallu ramener ça”, lui a répondu la présidente.
L’audience a également été marquée par des accusations croisées autour de la consommation d’alcool. Des salariés évoquent une gérante qui boirait. Élisabeth, elle, accuse certains employés de boire ou de fumer sur leur lieu de travail. Interrogée sur l’absence de licenciement dans ces conditions, elle a répondu qu’il était difficile de renvoyer quelqu’un, même lorsqu’un problème est identifié.
Un message envoyé pendant l’arrêt de travail
Un message envoyé par la gérante après le départ en arrêt de Julie a aussi été longuement évoqué. Il n’entre pas dans la période de prévention, mais a été versé aux débats pour éclairer les relations entre les deux femmes.
Dans ce message, envoyé alors que la salariée était en arrêt depuis trois mois, Élisabeth lui demandait de rapporter un ordinateur, sous peine de poursuites pour faute grave et abandon de poste. La prévenue a reconnu à la barre que le message pouvait être “agressif”.
La présidente lui a demandé si elle ne considérait pas ce message comme une forme de pression. “Oui, sûrement, je ne savais pas”, a répondu la gérante.
Le parquet pointe “la forme” des échanges
Pour l’avocat de la partie civile, sa cliente s’est investie dans son travail jusqu’à l’épuisement. Il estime que les témoignages démontrent une violence verbale et que les éléments médicaux confirment une dégradation de son état de santé.
Selon lui, l’ancienne salariée a fait un burn-out, a été suivie psychologiquement et a reçu un traitement anxiolytique et antidépresseur. Il a demandé 10.000 euros de dommages et intérêts et 1.500 euros pour les frais d’avocat.
Le procureur a suivi la même analyse. Il a relevé que le message envoyé pendant l’arrêt de travail, bien que situé hors prévention, était “révélateur des relations qui existaient”. Selon lui, ce courriel reflète ce que rapportent plusieurs salariés : des reproches infondés, des insultes devant des clients et un comportement inadmissible envers les employés.
“Au-delà du fond, c’est surtout la forme qu’on vous reproche”, a résumé le ministère public en s’adressant à la prévenue. Le procureur a demandé que la gérante soit déclarée coupable et a requis 120 jours-amende à 20 euros.
La défense plaide l’absence de harcèlement
La défense a, au contraire, dénoncé un dossier insuffisant. L’avocat d’Élisabeth s’est dit surpris par l’absence d’éléments précis relevant du droit du travail. Selon lui, les accusations reposent principalement sur deux écrits, dont l’un est hors période de prévention.
Il a également rappelé que la CGSS avait refusé la reconnaissance d’un accident du travail. Il a évoqué une expertise psychologique décrivant, selon lui, des difficultés relationnelles de la plaignante antérieures à son arrêt. Pour la défense, le surinvestissement de l’ancienne salariée auprès des animaux et son désaccord avec l’organisation du parc ne suffisent pas à caractériser un harcèlement moral.
“Sur les insultes et les dénigrements : où, quand, quelles insultes ?”, a interrogé l’avocat. Il a insisté sur le fait que, sur sept salariés entendus, trois seulement avaient livré des déclarations à charge, tandis que quatre n’avaient rien vu.
Estimant que le délit de harcèlement moral n’était pas constitué, la défense a demandé la relaxe.
Le tribunal a mis sa décision en délibéré au 10 novembre à 8 heures.
*Le prénom de la plaignante a été modifié


