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Étang-Salé : après les violences, l’ex-compagnon jugé pour abus de faiblesse et abus de biens sociaux

Ecrit par Gaetan Dumuids – le dimanche 11 octobre 2026 à 09H10

Déjà condamné en 2023 pour avoir percuté en voiture son ancienne compagne alors qu’elle était enceinte de leur enfant, Jérémy R. était de retour jeudi 8 octobre devant le tribunal correctionnel de Saint-Pierre. Cette fois, il est poursuivi pour abus de faiblesse et abus de biens sociaux au sein de l’entreprise dirigée par son ex-compagne. Le parquet a requis un an de prison ferme. La défense a plaidé la relaxe.

L’histoire d’amour avait déjà basculé devant la justice. En 2023, Jérémy avait été condamné à un an de prison, dont huit mois avec sursis, pour avoir percuté avec sa voiture son ancienne compagne, alors enceinte de leur enfant.

Lire aussi : Étang-Salé : Il percute la voiture de sa compagne enceinte sur la quatre voies

Jeudi 8 octobre, c’est un autre volet de leur relation qui était examiné par le tribunal correctionnel de Saint-Pierre. Le prévenu était cette fois jugé pour abus frauduleux de la faiblesse d’une personne vulnérable et abus de biens sociaux, pour des faits qui auraient été commis entre le 1er janvier 2023 et le 3 juin 2024, à l’Étang-Salé.

Au cœur du dossier : la société dirigée par son ancienne compagne, que nous appellerons Sarah*. Selon l’accusation, Jérémy aurait progressivement pris le contrôle de fait de l’entreprise, profitant de la fragilité de la gérante pour se verser une rémunération élevée et faire acheter par la société du matériel lui appartenant.

Une gérante fragilisée par plusieurs AVC

Sarah a connu trois AVC entre 2017 et 2024. Les deux premiers auraient laissé peu de séquelles, mais le dernier, survenu en 2024, a entraîné une hospitalisation et un affaiblissement important.

L’enquête s’est notamment intéressée à des documents signés alors que la gérante était hospitalisée, pour le paiement de salaires et pour un acompte de 70.000 euros destiné à l’achat d’un camion.

La plaignante ne parle pas d’emprise, mais de “forte pression”. Plusieurs salariés décrivent un homme qui dirigeait de fait l’entreprise, criait sur sa compagne et décidait de son propre salaire. Certains témoignages évoquent également des violences verbales et des soupçons de violences physiques.

Jérémy conteste cette lecture. Il affirme s’être beaucoup investi dans l’entreprise, jusqu’à dormir parfois sur place. “Je voulais tout faire pour aider cette entreprise”, a-t-il expliqué à la barre, dénonçant un “coup monté”.

Des salaires en hausse malgré les pertes

Le volet financier a occupé une large partie de l’audience. Embauché comme agent de maintenance et chauffeur poids lourd, Jérémy aurait vu sa rémunération fortement augmenter. En 2023, son salaire serait passé à plus de 6.000 euros bruts par mois, dont 69.000 euros nets imposables sur l’année.

Avec les charges et cotisations, la partie civile estime que le coût global de cette rémunération a atteint 124.000 euros, alors que l’entreprise enregistrait 156.000 euros de pertes comptables sur la même année.

Un autre point concerne le rachat de matériel appartenant au prévenu pour un total de 64.000 euros. Certains employés de la société estimaient que ce matériel était obsolète ou inutile.

La société demande réparation

Me Pauline Blard, avocate de la société constituée partie civile, a rappelé que l’entreprise avait été créée en 2012 et fonctionnait correctement avant l’arrivée de Jérémy. Selon elle, la situation s’est dégradée à partir du moment où il a intégré la société comme salarié.

Elle a insisté sur la vulnérabilité de la gérante, marquée par ses AVC, mais aussi par les violences déjà jugées en 2023. Pour la partie civile, Jérémy ne pouvait pas ignorer cette fragilité et en a profité.

La société réclame 64.000 euros pour le matériel, 124.000 euros au titre des salaires qu’elle estime injustifiés, ainsi que 2.000 euros de frais d’avocat.

Le parquet évoque une “confusion” entretenue

Pour le procureur, le dossier montre “l’absolue confusion” entretenue par le prévenu : confusion entre son rôle de salarié et celui de gérant de fait, confusion entre son patrimoine personnel et celui de l’entreprise, confusion encore autour de la valeur du matériel vendu.

Le ministère public estime que Jérémy s’est comporté comme un gérant tout en utilisant l’argent de la société à des fins personnelles. Il considère aussi que la vulnérabilité de son ancienne compagne est établie par l’expertise psychiatrique.

Le parquet a demandé que le prévenu soit déclaré coupable et a requis un an de prison ferme, laissant au tribunal le soin de décider d’un éventuel aménagement.

La défense plaide la relaxe

Me Emmanuelle Choukroun-Hermann, pour la défense, a contesté toute emprise et toute escroquerie. Selon elle, cette affaire est d’abord celle d’un couple qui a travaillé ensemble. Elle estime que son client avait la confiance de sa compagne, qu’il était investi dans l’entreprise et qu’il n’a jamais démérité.

L’avocate a également dénoncé le rôle des autres associés, qui n’auraient jamais accepté la place prise par Jérémy dans la société. Selon ce dernier, les plaintes sont intervenues dans un contexte de rupture et de conflit autour de sa démission.

Pour la défense, aucun élément ne démontre clairement que Sarah était vulnérable au sens pénal, ni que Jérémy en avait conscience. Sur le volet financier, Me Choukroun-Hermann estime que le dossier ne permet pas davantage de caractériser un abus de biens sociaux. Elle a demandé la relaxe.

Le jugement sera rendu le 10 novembre à 8 heures.

*Le prénom de la victime présumée a été modifié.

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