Étang-Salé : Il percute la voiture de sa compagne enceinte sur la quatre voies

C'est un miracle que la nuit de mercredi à jeudi ne se soit pas terminée par un drame. Il est 22 heures passées lorsque Richard* envoie un message de détresse à Cathy*. Bien qu'enceinte de cinq mois, elle sait que son compagnon va mal suite au récent décès de sa mère, qui s'est produite juste après celui de ses grands-parents.
Elle part donc le retrouver sur une aire de repos à L'Étang-Salé et arrive vers minuit. Elle le retrouve déjà saoul, une bouteille de whisky à la main. Ils discutent durant près de deux heures et Richard veut se resservir. Cathy le prévient qu'elle va repartir s'il reprend un verre. Le quadragénaire lui dit de partir dans ce cas, ce qu'elle fait.
Richard va alors plonger dans une rage folle et se lance à la poursuite de sa compagne. Sur la quatre voies, il ne va pas hésiter à tamponner la voiture de Cathy à plusieurs reprises. À un moment, il la double et Cathy se saisit de l'occasion pour sortir au niveau d'une station-service à Pierrefonds, d'où elle appelle la police.
Les policiers vont rapidement retrouver Richard. Il donne un faux nom avant de résister à son interpellation. Et pour cause, il est déjà sous le coup d'une suspension de permis et roule donc sans permis et sans assurance. De plus, il devait déjà comparaître pour des violences sur Cathy commises en avril dernier. Il était donc présenté au tribunal dans le cadre d'une comparution immédiate ce vendredi.
Le masque tombe petit à petit
À la barre du tribunal, Richard est en pleurs, ne parvenant pas à expliquer pourquoi il a agi ainsi. Le prévenu explique qu'il vit une période difficile qui l'a fait replonger dans l'alcool. Ce qui le rend mauvais.
Présente à l'audience, Cathy acquiesce à tout ce que dit son compagnon et refuse de se constituer partie civile. Elle explique qu'il a besoin d'aide pour l'alcool, car il n'est pas violent quand il est sobre. Elle ne compte pas le quitter et souhaite son retour.
Cathy explique surtout qu'elle ne peut pas se passer de lui pour son entreprise qu'elle a fondé il y a 13 ans. Richard de son côté a revendu la sienne pour se faire embaucher par Cathy lorsqu'ils se sont mis ensemble il y a deux ans. Un emploi où il s'investit beaucoup, mais où il est également très gracieusement rémunéré.
Mais plus Richard parle, plus des lapsus révèlent sa personnalité. "Je ne l'ai jamais tapée fort" ou "c'est un peu de ma faute aussi", lâche-t-il, provoquant la colère de la procureure. "Pourquoi 'aussi' ? Parce que c'est de sa faute si elle prend des coups ?", demande-t-elle en rappelant également le bilan médical des violences d'avril qui lui valaient déjà un procès à venir.
"Il la culpabilise et se victimise"
Ce sont surtout les témoignages de la famille de Richard qui sont accablants. L'une de ses filles explique qu'il traite Cathy de "conne" tous les jours et qu'elle a fini par le croire. La sœur du prévenu, qui a coupé les ponts avec lui, assure de son côté que Richard n'aime pas Cathy et ne veut que profiter de son entreprise.
"Il dit qu'elle le rend malheureux. Il la culpabilise et se victimise. Si ce n'est pas la faute de Madame, c'est la faute de l'alcool. Il a un discours très autocentré. La domination qu'il veut se matérialise dans le champ professionnel. Il est un danger pour elle et pour l'enfant", argue la représentante du ministère public.
Elle requiert une peine de 12 mois de prison, dont 8 mois avec sursis. La procureure demande également une interdiction de contact et de paraître au domicile de Cathy, 750 euros d'amende, l'obligation d'effectuer un stage contre les violences une obligation de soin contre son addiction à l'alcool.
"C'est ça qu'on nous propose : une famille déconstituée ? Elle veut qu'il revienne et vous la condamnez à une mort commerciale. Elle le dit elle-même : c'est lui qui fait tourner la boutique", plaide Me Alain Le Bras pour la défense de Richard.
Le tribunal va finalement suivre les réquisitions, précisant toutefois que Richard pouvait se rendre dans l'entreprise, mais pas au domicile de sa compagne.


