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Du dealer pris en "flag" au fournisseur "en lien avec des réseaux violents", les acteurs d’un trafic de cocaïne entre Saint-Paul et Le Port condamnés

Ecrit par S. G. – le samedi 10 octobre 2026 à 16H48

Filé par les policiers du Port, un revendeur de cocaïne les avait conduits à son insu jusqu’à la maison saint-pauloise où il se fournissait. Quatre hommes ont été condamnés à de la prison ferme pour ce trafic qui prospérait depuis plus d’un an.

Tout commence avec un « tuyau » parvenu aux policiers du Port en juillet dernier, qui les pousse à prendre en filature la 308 cc d’un certain Didier, père de famille au chômage de 36 ans. Tard ce soir-là, le Portois se rend jusqu’à une maison des Hauts de Saint-Paul, dont il ressort quelques instants plus tard avec des sachets contenant 50 g de cocaïne.

Perquisition fructueuse

Interpellé en flagrant délit, l’homme reconnaît revendre la poudre pour financer sa propre consommation. Au fil de leurs investigations, les policiers interpellent un jeune homme aperçu dans la maison saint-pauloise, qui reconnait joué un rôle de « livreur ou intermédiaire. »

Remontant encore dans la hiérarchie du trafic, ils interpellent les habitants de la maison, deux frères âgés de 19 et 29 ans. Dans l’habitation, les policiers découvrent 550 g de résine de cannabis, 26 g de pollen ainsi qu’un sachet contenant 73 g de cocaïne et près de 5.000 euros en liquide.

"Des vidéos assez inquiétantes de règlements de comptes"

L’exploitation des téléphones des suspects va permettre de récolter diverses images laissant penser à l’existence d’un trafic en activité depuis environ un an : des photos de volumineuses liasses de billets de 100 euros, d’une valise remplie de savonnettes de résine, d’armes et, dans le téléphone du frère le plus âgé, « des vidéos assez inquiétantes de règlements de comptes », décrit la présidente à l’audience correctionnelle mercredi 7 octobre. On peut y voir un homme tout nu se faire malmener pour une dette de zamal, un autre se faire couper le doigt, et un dernier se faisant planter un couteau dans la main.

« C’est des vidéos qui circulaient dans un groupe mais je n’ai rien à voir avec ça. On se disait que c’était abusé », se défend Mathieu Planesse, 29 ans, qui reconnaît être celui qui se procurait la cocaïne via la messagerie Télégram. S’il évalue ses bénéfices à 8.000 euros sur la période des faits, les nombreuses transactions bancaires, transferts en mandats et sommes jouées aux jeux laissent penser à un business bien plus lucratif pour ce jeune titulaire du RSA. Voyages, vêtements de luxe et trottinette électrique sont saisis durant l’enquête.

Lire aussi : L’arrestation d’un petit dealer à Saint-Denis débouche sur celle d’un grossiste en cocaïne

"Les billets, c'était pour frimer"

« Moi je faisais plutôt dans la résine, mon frère la cocaïne. C’était pour faire comme tout le monde. Les photos de billets, c’était pour frimer », dit le plus jeune des frères.

« Une banalisation du trafic qui fait peur », observe la procureure, rappelant que ce sont déjà « 76 kg de cocaïne saisis à La Réunion au 1er août cette année, contre 83 kg en 2025. »

« On est sur un réseau ancré dans la rue, avec des revendeurs bien identifiés par les clients, des intermédiaires et un individu qui donne des directives et est en lien avec des réseaux violents », estime le parquet, en réclamant des peines de trois à cinq ans de prison, en partie avec sursis probatoire.

"Pas de réelle structure" pour la défense

« On veut donner une ampleur à ce trafic qu’il n’a pas », fustige la défense, contestant l’infraction d’association de malfaiteurs visée par le parquet. « Il n’y a pas la démonstration d’une réelle structure, d’une entente préalable ou d’une organisation », plaident les avocats de la défense en évoquant « des mauvais choix » de jeunes jusqu’alors peu connus de la justice et qui menaient « chacun leur business. »

S’il prononcera des relaxes pour le chef d’association de malfaiteurs, le tribunal va en revanche sanctionner sèchement les faits de trafic de stupéfiants et de blanchiment : déclarés coupables, les quatre prévenus écopent de peines de deux à quatre ans de prison ferme avec maintien en détention.

En attendant peut-être de remonter plus haut encore dans la hiérarchie : en cours d’enquête, les policiers ont capté des échanges suspects avec un troisième membre de la fratrie, déjà détenu à titre provisoire dans un autre dossier d’importation de stupéfiants, et soupçonné d’avoir chapeauté ce trafic saint-paulois depuis sa cellule. Pour son implication présumée, Kevin Planesse, le grand frère, comparaîtra le 2 novembre prochain devant le tribunal correctionnel.

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