La Croix Marine est liquidée, mais les problèmes ne sont pas réglés

L'affaire n'a pas traîné, ce lundi en début d'après-midi au tribunal judiciaire de Saint-Denis. La bâtonnière Léopoldine Settama a déposé la demande de liquidation de la Croix Marine et, après un rapide délibéré, celle-ci a été immédiatement prononcée par les juges, signifiant la mort de cette association créée il y a plus de 60 ans.
« Dans cette affaire, le remède est pire que la maladie », commente une source proche du dossier pour signifier la brutalité du démantèlement de la Croix Marine, avec pour corollaire le placement express et au chausse-pied de 1.500 majeurs protégés dans d'autres structures agrémentées par la préfecture. Car en l'absence de transfert des 57 ex-salariés de la Croix Marine, il paraît illusoire de croire que le placement de 1.500 personnes sous tutelle ou curatelle a pu s'effectuer sans générer de nouvelles difficultés pour nombre d'entre elles.
Et dire que dans son courrier du 28 mars 2024 adressé à l'administrateur provisoire Nicolas Gricourt, qui faisait suite aux conclusions d'une mission de contrôle de la Direction de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités (DEETS) menée au sein de la Croix Marine, le préfet Jérôme Filippini n'évoquait aucune mesure définitive ou punitive.
« Des mesures correctives »
« Je vous prie de bien vouloir trouver, ci-joint, le rapport établi par la mission. Au vu des constats et analyses qui en ont été tirés, je me propose de prendre les mesures correctives exposées dans la note également jointe, visant à remédier aux risques, irrégularités et dysfonctionnements observés », écrivait alors Jérôme Filippini, en précisant à Nicolas Gricourt, nommé pour gérer la structure durant cette phase de transition, qu'il disposait d'un délai de 30 jours pour répondre aux injonctions de la DEETS.
Il faut croire que le plan ne s'est pas déroulé comme prévu, comme l'ont dénoncé les syndicats, puisque le préfet a exigé de Nicolas Gricourt qu'il se retire du dossier, avant de désigner Michelle Narayanin à sa place. C'est cette dernière qui a ensuite endossé le mauvais rôle pour annoncer aux 57 salariés de la Croix Marine que leur structure allait être liquidée, dans un contexte de défiance envers les mandataires qui sont en charge de personnes placées sous mesure d'une protection de justice.
Déjà largement entachée, l'image de l'association s'est retrouvée cette année de nouveau ternie par des rumeurs de vols à l'encontre de personnes placées sous sa responsabilité. Dans un signalement à la procureure de la République de Saint-Denis Véronique Denizot, en date du 9 février 2024, la DEETS évoquait à l'époque « une escroquerie concernant trois mandataires qui s'élèverait en première approximation à 180.000 euros ».
Mais selon une source interne, l'escroquerie pourrait se chiffrer à près de 300.000 euros. Si ces trois mandataires de Saint-Denis auraient profité des moyens de paiement d'un majeur protégé, elles auraient surtout mis en place un système de facturation de travaux, via une fausse société pilotée par le conjoint de l'une d'entre elles, afin d'escroquer plusieurs personnes qui n'étaient pas en mesure de gérer leur compte en banque.
La Croix Marine destinataire de l'assurance-vie d'une majeure protégée
Comment ces mouvements de fonds partant des comptes bancaires de plusieurs majeurs protégés à destination d'un compte bancaire identique ont-ils pu échapper à la direction de la Croix Marine et aux juges de tutelle ?
Début 2023, à Saint-Pierre cette fois, une mandataire est soupçonnée d'avoir volé environ 9.000 euros à une personne âgée placée en Ehpad. La mandataire indélicate avait conservé la carte bancaire du majeur protégé et l'utilisait pour effectuer des retraits. « Elle volait l'argent de poche de la personne âgée, car c'est un compte bancaire distinct sur lequel la Croix Marine n'a aucun devoir légal de contrôle. L'association est tenue de vérifier uniquement le compte de fonctionnement du majeur protégé, qui fait ce qu'il veut de son argent de poche », affirme une ex-salariée.
Ces dernières semaines, les courriers émanant des juges de tutelle s'empilent sur le bureau de l'administratrice provisoire Michelle Narayanin, le plus souvent pour réclamer des pièces administratives indispensables afin de compléter le transfert du dossier d'un majeur protégé. Il arrive que des justificatifs de 2021 ou 2022 manquent à l'appel pour clôturer des comptes, la preuve de certaines défaillances dans les procédures de contrôle.
Plus surprenant encore : une assurance de la place a relancé en avril dernier la Croix Marine pour lui demander de fournir un relevé d'identité bancaire afin que l'association puisse recevoir le produit de l'assurance-vie d'une dame décédée en 2020. « C'est interdit, on n'est pas une association d'utilité publique. On ne peut pas gérer et en même temps percevoir », explique une ancienne salariée, en se demandant si la famille de la défunte était au courant de l'existence de cette assurance-vie. Toujours d'après cette ancienne salariée, des affaires troubles d'assurance-vie auraient déjà été mises au jour au sein de la Croix Marine au milieu des années 2010.


