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L’association Kartyé Lib MPOI représente seule La Réunion à la journée internationale du souvenir de la traite négrière et de son abolition

L’association Kartyé Lib MPOI a représenté seule La Réunion à la journée internationale du souvenir de la traite négrière et de son abolition (JISTNA) à Ouidha au Bénin. Le communiqué de l'association :

Ecrit par NP – le jeudi 01 septembre 2022 à 11H35

Le 23 août dernier, la communauté internationale célébrait à Ouidah, au Bénin, la Journée internationale du souvenir de la traite négrière et de son abolition (JISTNA). Des délégations de plusieurs pays se sont donné rendez-vous pour commémorer leur histoire commune, multiséculaire, et évoquer l’avenir qu’elles veulent tracer ensemble. Seule l’association Kartyé Lib MPOI (Mémoire Patrimoine océan Indien) a fait le déplacement depuis La Réunion. Les Antilles et Bordeaux, ancien port négrier, ont envoyé deux délégations pour participer à l’événement.
 
La présidente de Kartyé Lib, Marie-Lyne CHAMPIGNEUL, a prononcé un discours remarqué mettant en avant un aspect de la traite négrière méconnu en Afrique de l’ouest, à savoir l’existence d’une traite complexe et très ancienne entre l’Afrique orientale et l’Asie, où les Mascareignes ont joué un rôle conséquent à partir du XVIII ème siècle. Son intervention a notamment attiré la curiosité de la diaspora des chercheurs africains travaillant en Europe et en Amérique du nord. Beaucoup ont été très surpris de découvrir les travaux de leurs homologues réunionnais (professeur Prosper EVE).
 
Elle a également pu nouer des contacts avec des personnalités internationales de premier plan intéressées à accompagner Kartyé Lib et la FRHEEMAAME (Fédération réunionnaise des héritages et mémoires : Afrique, Asie, Madagascar, Europe) dans leur ambitieux projet de cultiver la part africaine de la société réunionnaise. Kartyé Lib a déjà obtenu la labellisation par l’UNESCO du site de l’ancienne geôle de Saint-Denis (dite prison Juliette-Dodu) au titre de site associé au programme de la route de l’esclave (devenu les routes des personnes mises en esclavage en avril 2022).
 
Rappelons que cette geôle a constitué le centre du système carcéral réunionnais pendant toute la période esclavagiste et pendant toute la période de l’engagisme. L’association prépare d’ailleurs la quatrième édition de son colloque international sur l’histoire des systèmes carcéraux qui se tiendra les 6-7-8 octobre prochains à Saint-André et se terminera le le 9 octobre par une table rond à Terre-Sainte (Saint-Pierre). L’édition 2022 a pour thème les conditions de détention (hommes, femmes, enfants) dans la zone océan Indien, du XVI ème au XIX ème siècle. 
 
DISCOURS DE CIRCONSTANCES de KARTYE LIB MPOI À LA JISTNA 2022
 
Monsieur le Président de la République du Bénin, Mesdames et Messieurs les ministres et secrétaires d’État, Monsieur le préfet, mesdames et messieurs des Conseils régionaux, Monsieur le maire, honorables député(e)s, Majesté les rois et les princes, Vénérables Pontifes et Colistieres, Mesdames les princesses de la cour, mesdames, Mesdemoiselles et Messieurs sujets du roi, Messieurs les chefs de collectivités, Mesdames et Messieurs de la diaspora et des Afro-descendants, les invités d’honneurs et membres de l’association JISTNA et de l’UNESCO ! Mesdames et messieurs.
 
J’ai l’immense honneur et le plaisir de me présenter devant votre assemblée, afin de participer, au nom de l’association Kartyé Lib Mémoire Patrimoine Océan Indien, que je préside, à cette commémoration majeure de l’abolition de l’esclavage et des mémoires.
 
Je tiens d’abord à féliciter les initiateurs et les initiatrices de la JISTNA, Journée Internationale du Souvenir de la Traite Négrière et de son Abolition. Je n’oublie pas également feu Prince Serge GUEZO qui s’était beaucoup impliqué dans ce projet. Depuis 8 ans, bientôt une décennie, ils réussissent à faire vivre un événement qui s’inscrit dans les projets des personnes mises en esclavage qui, je l’espère, est amené à connaître une plus grande visibilité internationale. Ici à Ouidha, au Bénin, en Afrique, tout comme dans l’océan Indien, aux Mascareignes, et plus précisément, à La Réunion, d’où je viens, nous partageons cet héritage commun : le souvenir douloureux des atrocités commises contre l’humanité tout entière. Faut-il rappeler que les crimes de la traite et de l’esclavage se sont poursuivis partout ailleurs, hors d’Afrique : dans les Caraïbes, aux Amériques, en Asie, en Océanie… Nous devons ancrer la mémoire africaine dans l’histoire de l’humanité ! Pour vous rejoindre depuis mon île lointaine, j’ai fait le chemin de retour de la route de l’esclavage. Je veux ainsi contribuer à renouer ces fils de l’histoire et encourager mes compatriotes réunionnais à redécouvrir leur part africaine. Les liens ont été rompus, arrachés. Pourtant, je voudrais qu’ils éprouvent la puissance des émotions qui me remuent ici à chacun de mes séjours au Bénin, et encore aujourd’hui. En visitant le musée d’histoire, l’exposition des Femmes Esclaves à Ouidah, puis, en descendant vers l’océan, face aux vagues, je me suis imaginée dans la peau d’une captive cherchant le moyen de s’évader et j’ai ressenti cette tragique fatalité du non-retour.
 
Dans l’océan Indien, l’essentiel des Africains déportés dans les colonies européennes ont été capturés sur le versant oriental du continent. Pour autant, les négriers européens ne négligeaient pas de s’approvisionner en esclaves tout au long de leur descente le long des côtes occidentales, notamment sur la Côte des Esclaves. Aussi, je ne crois pas que cela soit un hasard que je me retrouve ici parmi vous. Nous honorons la mémoire de nos ancêtres, souvent au travers de quelques figures de grands résistants : Toussaint-Louverture, Jean-Jacques Dessalines, parmi bien d’autres.
 
Je les considère comme les pères de notre cause. Je me permets de considérer d’autant plus Toussaint-Louverture comme l’un des vôtres, lui dont les ancêtres sont originaires du Bénin plus exactement du royaume d’Allada…
 
Toussaint-Louverture est même devenu un lien entre La Réunion et le Bénin. Cela peut surprendre si l’on situe son geste révolutionnaire à Haïti et dans les Caraïbes. Mais la révolte et la victoire haïtiennes ont inspiré une révolte d’esclaves à Bourbon, l’ancien nom de La Réunion, en 1811. Cette révolte a fait trembler les esclavagistes, et s’abattre une terrible répression sur les insurgés. Mais la société coloniale réunionnaise, maîtres, libres de couleurs et esclaves, a alors éprouvé l’écho de la lutte haïtienne comme la réplique d’un séisme parvenue jusqu’aux Mascareignes. Notre association Kartyé Lib Mémoire Patrimoine Océan Indien participe au Toussaint-Louverture Day depuis 2019, à la suggestion et grâce aux encouragements d’un autre Béninois du royaume d’Abomey : feu prince Serge Guezo. Je tiens à saluer la mémoire de notre ami et frère bien-aimé, le Prince Serge Guezo pour sa contribution à la valorisation de la mémoire de l’esclavage, pour son esprit de fraternité pour les peuples créoles et son engagement à réclamer la restitution des œuvres d’art africaines, elles aussi pillées et « déportées », et dont une partie a déjà été restituée (26 Objets). Nous espérons, une fois le musée achevé, que ses œuvres retrouveront leurs terres d’origine. Le prince nous a quittés bien trop tôt, en mars dernier. Cette nouvelle nous a profondément attristés, nous, le petit groupe de ses amis créoles, dont Josué PIERRE, sociologue haïtien, et Anne-Louise MESADIEU, ancienne responsable culturelle à l’ambassade d’Haïti à Paris, ainsi que Monsieur Barthélemy ADOUKONOU du Bénin. Nous étions à ses côtés en 2019, à l’inauguration de la stèle de Toussaint Louverture à Saint-André de La Réunion. Mais sa disparition ne nous a pas abattus. Nous conserverons l’énergie et l’enthousiasme qu’il a su nous transmettre pour à notre tour la transmettre à d’autres : nos contemporains et les générations à venir…
 
Que son âme repose en paix !
 
Dans cet esprit, et pour conclure, j’aimerais souligner l’importance de l’action associative. Sans le travail de fourmis des innombrables associations et structures haïtiennes et béninoises, le passé esclavagiste serait tout bonnement menacé de s’effacer de la mémoire collective. Si les chaînes de l’esclavage ont été brisées, il importe que des chaînes de solidarité et de fraternité se déploient désormais à travers le monde. Car le travail qui nous attend est immense. Pour cela, nous savons aussi que nous pouvons compter sur les institutions étatiques et sur les institutions
internationales, au premier rang desquelles l’UNESCO…
 
Je vous remercie toutes et tous pour votre aimable attention.
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