"Jusqu’à 100 euros par jour" : à Bras-Panon, les planteurs appellent les jeunes à venir essayer la coupe canne

À la Foire de Bras-Panon ce lundi 11 mai, le traditionnel concours de coupeurs avait des allures de message d’espoir pour la filière avec la présence de jeunes agriculteurs et agricultrices qui continuent de couper leurs cannes à la main, mais sans faire oublier que le secteur manque cruellement de main d’œuvre. L’occasion pour les planteurs de lancer un appel aux jeunes à venir dans leurs exploitations et à essayer à la coupe canne, un métier désormais “en or”.
Sous une forte chaleur, le concours de coupeurs de cannes a une nouvelle fois tenu toutes ses promesses ce lundi matin 11 mai à la Foire agricole de Bras-Panon. Une édition marquée cette année par une nouveauté avec des concours séparés pour les femmes et les hommes, mais aussi par une présence remarquée de jeunes agriculteurs et de femmes planteuses qui continuent encore à couper à la main.
Chez les hommes, la victoire est revenue à Alan Payet. À 30 ans, le planteur de Sainte-Rose a impressionné en coupant près de 400 kilos de cannes dépaillées en dix minutes. Derrière lui, Jean-Luc Naguin et Jean-François Sababady arrivent deuxièmes ex aequo avec 355 kilos chacun.
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Une performance d’autant plus remarquée pour Jean-François Sababady, âgé de 58 ans, qui, après une opération pour une hernie discale, était contraint de porter une ceinture lombaire pendant l’épreuve.

"Viens essayer"
Au-delà du concours, les participants ont voulu faire passer un message à une jeunesse qui, regrettent-ils, se détourne progressivement de la canne.
“Je lui dis de venir essayer. Les premières semaines, c’est sûr que ce sera un peu difficile, mais après le corps s’habitue au travail et ça devient une habitude”, explique Jean-Luc Naguin, planteur dans les hauts de Saint-André.
À 35 ans, l’agriculteur gère 17 hectares de cannes, dont encore 40 % sont coupés à la main faute de coupeurs disponibles. Sur son exploitation, ses deux salariés ont plus de 60 ans et il peine à leur trouver des remplaçants.
Pour lui, les bons coupeurs sont aujourd’hui devenus rares… et précieux. “Un bon coupeur de cannes, c’est cinq à six tonnes par jour en moyenne.” Avec des tarifs pouvant atteindre jusqu'à 20 euros la tonne selon les secteurs, contre 15 euros il y a quelques années.

L’occasion aussi de rappeler que, grâce au dispositif R+ du Département notamment, les bénéficiaires du RSA peuvent désormais conserver leur allocation tout en occupant un emploi saisonnier agricole dans la coupe de cannes ou d’autres filières, un levier mis en avant ces dernières années pour attirer de nouveaux bras dans les champs.
Jean-Luc Naguin cite volontiers l’exemple de sa mère Christine, 68 ans, présente au concours féminin quelques heures plus tôt. Malgré son âge et la chaleur, elle a réussi à couper plus de 135 kilos de cannes en dix minutes : “Preuve que si on aime le métier, on peut encore le faire.”
"N’a point de honte à couper la canne"
Le vainqueur du jour, Alan Payet, partage le même discours. Issu d’une famille de planteurs, il coupe la canne depuis l’âge de 10 ans et travaille aujourd’hui sur les 20 hectares exploités avec son père et sa sœur.
“Il y a des jeunes aujourd’hui qui oublient un peu la culture de la canne à sucre. Mais quand zot papa ou zot maman va dans les champs, allez accompagne un peu les anciens, essayez”, encourage-t-il à son tour. L’agriculteur reconnaît un métier difficile, mais insiste sur les opportunités qu’il peut offrir. “Deux à trois tonnes par jour, payées jusqu’à près de 20 euros la tonne aujourd’hui, ça fait du revenu si ou travaille.”
Après un passage en métropole, il a finalement choisi de revenir à Sainte-Rose pour aider son père vieillissant. Une décision qu’il ne regrette pas : “Mi aime le grand air, être mon propre patron, travailler avec la nature. Tous les jours ce n’est pas pareil avec la diversification, les ananas, les citrouilles…”
Et son message aux jeunes est clair : “Il n’y a pas de honte à couper la canne. Au contraire, c’est une fierté. Demain, ça peut être zot le prochain vainqueur du concours.”

Sababady : "En un mois, un jeune peut gagner 100 euros par jour"
Pour Jean-François Sababady, la présence cette année d’une dizaine de participants, dont plusieurs jeunes et des femmes, constitue un signe encourageant même s’il ne peut s’empêcher de craindre un “trompe-l’œil”.
“La canne a toujours ses difficultés et elles seront encore plus criantes avec la guerre en Iran, mais c’est motivant de voir des jeunes revenir, souvent des fils et filles d’agriculteurs, qui croient encore à la canne et qui coupent encore manuellement”, commente-t-il.
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À son tour, il regrette de voir un fossé se creuser entre les nouvelles générations et la canne : “Alors que 75 % des Réunionnais ont un planteur dans leur famille, les jeunes ont tourné le dos à la canne. Si ça continue comme ça, dans cinq ans il ne restera plus beaucoup de planteurs.”
Il estime que la prochaine convention canne sera déterminante : “Si on rate la prochaine convention canne, ce sera difficile. Je ne veux pas que dans quelques années, la canne devienne une niche fiscale.”
Lui aussi appelle les jeunes à franchir la porte des exploitations : “J’ai demandé à France Travail de m’envoyer des jeunes. En un mois, je peux former quelqu’un. Il peut gagner jusqu’à 100 euros par jour s’il a le physique et une bonne hygiène de vie. Viens au moins quinze jours pour essayer, même si les corps ne sont plus formatés pour couper la canne.”
"Le grand avantage, c'est qu'on est libre"
Favori pour briguer prochainement le poste de vice-président côté planteurs du CPCS après la victoire de l’union CGPER-UPNA aux élections des CMU, il l’affirme : “Si c’est moins qui devient co-président du CPCS, il n’y aura pas de convention canne si na point de prix plancher.” Un leitmotiv pour le planteur, au même titre que la “sanctuarisation” des terres cannières et agricoles.
La présence d’un champ de maïs à proximité immédiate du champ de foire est un “très mauvais exemple” à ses yeux : “Je suis déçu de voir un champ de maïs, la démolie a moin. Je ne suis pas contre, mais sur des terres en friche, pas sur une ancienne parcelle de cannes. Si j’arrive au pouvoir, tous les baux ruraux signés en cannes devront rester en cannes.”
Malgré tout, il voit lui aussi de l’avenir dans la filière : “C’est un métier difficile, avec les contraintes financières et climatiques, mais c’est un beau métier. Le grand avantage, c’est qu’on est libre.”
Et ça, ça n’a pas de prix.


