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Jugé pour le harcèlement moral présumé de deux cadres de la CCI, Ibrahim Patel réfute toute intention de nuire

Fin de règne annoncé pour Ibrahim Patel, ancien président de la CCI. Condamné à 5 ans d'inéligibilité dans une autre affaire, il comparaissait ce jeudi devant la cour d'appel au sujet de faits de harcèlement moral dont l'accusent deux cadres de l'institution consulaire.

Ecrit par 2181159 – le jeudi 24 février 2022 à 21H44

C’est l’histoire du pot de terre contre le pot de fer. Ou de la parole juste contre la parole forte.

Deux cadres de la Chambre de commerce et d’industrie n’ont rien lâché malgré toutes les difficultés qu’elles rencontrent pour faire reconnaitre le harcèlement moral dont elles disent avoir été victimes entre 2012 et 2015.

Après leur dépôt de plainte en 2013, le parquet de Saint-Denis avait mené une longue enquête afin d’entendre toutes les parties concernées ainsi que de nombreux témoins. Le procureur de la République du nord avait décidé de poursuivre les dirigeants de la CCI : le président Ibrahim Patel, le DG de l’époque Patrick Honorine, le directeur du pôle économique Azize Amode et la DRH, Nicole Boyer.

Mais en première instance, les juges du tribunal correctionnel de Champ-Fleuri ont eu une toute autre lecture du dossier et les ont tous relaxés. Suite à un appel du parquet, les quatre prévenus, ainsi que la CCIR en tant que personne morale, étaient de nouveau jugés ce jeudi devant la cour d’appel.

Les parties civiles pas entendues en première instance

Contrairement à l’audience de première instance où elles n’avaient pas eu leur mot à dire, Christine Hoarau et Leïla Akhoun ont été interrogées par le président Rousseau. « Rivalités et convoitises » résume la première qui a été à la tête du Pôle aménagement du patrimoine consulaire, un service fermé en 11 jours top chrono en décembre 2012, placardisant pendant cinq mois sa directrice.

Celle-ci est alors rétrogradée au poste de chargée de mission : « les serrures de mon bureau ont été changées, ma messagerie bloquée, je n’avais plus rien à faire ». La raison ? Un rapport sur le patrimoine consulaire du sud de l’île qui aurait fortement agacé Ibrahim Patel. « Elles préconisaient de détruire la cafétéria et de supprimer des bureaux de direction », explique le président à la barre.

Lors d’une cérémonie de voeux, il traite publiquement Christine Hoarau et Leïla Akhoun de « mannequins qui paradent ». Sexisme ordinaire ?

Des mannequins qui paradent

En 2014, Christine Hoarau, qui a porté plainte, est nommée directrice du Port de Saint-Gilles et Sainte-Marie. « On ne vous en voulait pas tant que ça », résume le président à l’audience.

Mais celle qui a passé trente années de sa vie professionnelle à la CCI pense plutôt que ce poste lui a été confié pour compenser sa rétrogradation. Cependant, son management est sans cesse remis en question par les agents qu’elle dirige. On dit d’elle qu’elle est « autoritaire », qu’elle utilise « des propos rabaissants ». Ce que qualifie l’intéressée comme étant « un complot » de la CCI pour lui mettre des bâtons dans les roues.

Des agents instrumentalisés

En 2015, le torchon brûle entre l’employeur et la cadre, les agents de Saint-Gilles menacent de faire valoir leur droit de retrait pour manifester leur mécontentement face à leur directrice. Celle-ci affirme qu’ils ont été « instrumentalisés » par la direction de la CCI, Ibrahim Patel et consorts, afin de la pousser vers la sortie. « Il y avait des dysfonctionnements que j’avais pointés. Il fallait que ça reste sous le tapis », commente Christine Hoarau qui, jugée responsable de la détérioration du climat social au port, écopera de la plus haute sanction : la révocation.
Une décision que le tribunal administratif finira par annuler. Christine Hoarau est encore aujourd’hui agent de la CCI, sans salaire. Son sort est ainsi suspendu à la décision de justice qui sera rendue le 28 avril.

A la fermeture du pôle patrimoine, Leïla Akhoun est mutée au port de Saint-Gilles à un poste d’assistante, bien en-deçà de sa mission précédente. « Nous lui avons fait trois propositions », s’est justifié Azize Amode. « Vous lui avez proposé des postes qui n’existaient pas », tacle l’avocat de la plaignante, Me Jérôme Maillot.

Elle aussi estime avoir été visée par les dirigeants et mise sur la touche. « Je n’arrive pas à comprendre ce qu’on avait contre vous? », questionne le président. « Aucun fait précis, distinct, aucun élément factuel n’a été apporté par la partie accusatrice », rapporte en écho l’avocat de l’ex-président Patel.

« Le prince » qui fait la pluie et le beau temps

Peut-être que la réponse se trouve dans les témoignages de ceux qui ont décrit Ibrahim Patel comme « le prince », celui qui concentrait tous les pouvoirs et qui manageait ses équipes par la peur, maniant la politique clientéliste à outrance.

« Il décide de tout, y compris de ceux qu’on doit embaucher en fonction des sympathies », raconte certains. Que penser d’un président d’une institution qui brasse des millions, qui déclare à la barre de la cour qu’il avait une liaison extra conjugale avec une des plaignantes? On voit mal le rapport, à part une tentative maladroite de convaincre la cour.

Car Ibrahim Patel, tout comme les trois autres prévenus – Nicole Boyer n’était pas présente – ont nié toute intention de nuire aux plaignantes. « Il fallait faire face à la perte de la concession portuaire et aéroportuaire », justifie Patrick Honorine à qui il est reproché la fermeture brutale du pôle patrimoine et des agissements vexatoires.

En d’autres termes, il fallait soudain faire des économies et remettre de l’ordre dans les rémunérations et les avantages pas très nets de certains agents. En revanche, Christine Hoarau qui devait se déplacer de Saint-Gilles à Sainte-Marie n’avait ni voiture de service, ni téléphone portable. Quant au nouveau changement de serrure de son bureau de Saint-Gilles cette fois-ci, il s’agissait d’« une simple réorganisation des locaux », justifiera Patrick Honorine.

Plan concerté

« Elles empiétaient sur des périmètres, elles gênaient et elles ont eu le tort de ne pas se laisser faire », dénoncent Mes Jérôme Maillot et Julien Baracco au soutien des intérêts des victimes.

Plutôt que de complot, l’avocat général a évoqué « un plan concerté » pour se débarrasser des intéressées. Un « procès d’intention fait à mon client », a regretté le conseil parisien d’Ibrahim Patel, Me Emmanuel Daoud.

« Aucune irrégularité » ne peut être reprochée à la CCIR, le juge administratif ayant confirmé toutes les décisions qui ont été prises, a démontré Me François Avril en défense de l’institution.

50 000 euros d’amende requis contre la CCIR

50 000 euros d’amende ont cependant été requis à l’encontre de la CCI par le parquet général ainsi que 18 mois de prison avec sursis, 15 000 euros d’amende et une interdiction définitive d’exercer au sein de la CCI pour Ibrahim Patel.

Gautier Poupeau a proposé de relaxer Nicole Boyer, « une très mauvaise DRH dont l’abstention a permis de faire prospérer cette situation ».

16 mois de prison et 15 000 euros d’amende ont été requis à l’encontre de Patrick Honorine et quant à Azize Amode, 8 mois avec sursis et 5000 euros ainsi qu’une suspension de son poste pendant 6 mois.

Décision le 28 avril prochain.

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