"Il était encore vivant au début du feu" : les explications glaçantes du médecin légiste au procès de l’incendie meurtrier du Tampon

Entendu au premier jour du procès des meurtriers présumés d’Assani Inzoudine en 2022 au Tampon, le médecin légiste est revenu en détail sur « le double mécanisme » à l’origine du décès de la victime retrouvée carbonisée dans son appartement.
C’est sans doute l’une des dépositions les plus cruciales de cette audience à l’issue incertaine, l’une des plus douloureuses aussi pour la famille d’Assani Inzoudine. Alors que s’est ouvert lundi 31 août le procès des meurtriers présumés du père de famille de 37 ans, parties civiles et jurés de la cour d’assises ont été confrontés d’entrée de jeu aux complexes conclusions des médecins légistes ayant procédé à l’examen de la dépouille de la victime. Un homme retrouvé carbonisé le matin du 23 septembre 2022 dans un appartement incendié du 65, boulevard du général de Gaulle au Tampon.
Aucune trace de violence
Décrivant un corps « non identifiable en l’état », « allongé sur le dos dans la cuisine » dans la position dite du « boxeur », typique des lésions thermiques causées par un incendie, le Dr Yasmina Djardem retrace l’ensemble des examens et analyses réalisés afin d’établir les causes et les circonstances de la mort.
Avec quelques certitudes, mais aussi certaines interrogations restées en suspens. D’une part, ni l’examen clinique ni le scanner n’ont mis en évidence de « lésions traumatiques causées par un tiers ». Pas de fractures ou d’atteinte des organes vitaux causées par un objet quelconque pour attester de violences, donc. « Y compris au niveau de la sphère ORL, comme cela apparaitrait pour un étranglement », précise le légiste. Sans toutefois exclure « des lésions cutanées qui auraient disparu » sous l’effet du feu.
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"Prise massive d’alcool" et "atmosphère très chaude"
En revanche, grâce aux analyses, les médecins ont pu déterminer « le double mécanisme » à l’origine de la mort d’Assani Inzoudine. « D’une part, il y a eu une absorption massive d’alcool : le taux mesuré à 4,4 g d’alcool par litre de sang suppose un état proche du coma éthylique, accompagné de troubles de la conscience et des fonctions respiratoires » expose le Dr Djardem.
« D’autre part, la présence d’œdèmes au niveau des poumons permet d’assurer que la victime était inconsciente mais encore vivante au début de l’incendie, l’œdème est le signe d’une réaction vitale », ajoute le médecin. Pour autant, l’absence de suie au niveau des voies respiratoires laisse présager que « le décès a été extrêmement rapide : cela a été tellement vite qu’il n’a pas eu le temps d’absorber assez de fumée. »
Pour les légistes, la cause de la mort est donc double : une « défaillance respiratoire » causée par la prise massive d’alcool, mais « aggravée par l’atmosphère très chaude de l’incendie. » Des précisions difficiles à écouter pour les proches de la victime présents dans la salle, et qui se prennent dans les bras dans les moments les plus pénibles de la déposition.
La certitude d’un incendie volontaire
« Aurait-il pu survivre sans l’incendie ? », questionne néanmoins Me Ghislain Chung To Sang, avocat de la défense. « Le décès a été provoqué par les deux mécanismes », répond l’experte. « Aurait-il pu être sauvé sans l’incendie ? Je ne sais pas, mais on ne peut pas l’exclure » complète-t-elle.
Accusés du meurtre suivi d’incendie d’Assani Inzoudine, son cousin Ibrahim Bourouhani, 35 ans, et sa compagne Adeline Racaye, 31 ans, écoutent les détails macabres de l’autopsie sans manifester d’émotion apparente. Depuis le début de l’enquête, tous deux contestent avoir tué la victime, et se renvoient la responsabilité du drame.
Une chose est sûre : l’incendie de l’appartement a été provoqué par un tiers, avec trois départs de feu identifiés par les experts et l’emploi d’un produit accélérant. Un sinistre déclenché au terme d’une soirée alcoolisée et d’une scène de dispute.
L’audience se poursuit mardi 1er septembre avec l’audition des témoins et l’interrogatoire des accusés, qui encourent 30 ans de réclusion criminelle.


