Guet-apens contre une avocate : cinq ans de prison ferme avec exécution provisoire requis contre Guito Narayanin

Dix ans après le guet-apens contre une avocate à Mamoudzou, les rangs des prévenus sont clairsemés dans la salle d’audience du tribunal judiciaire où le procès s’est ouvert hier. Madi Toufaili, l’un des quatre hommes du commando, est décédé avant d’être jugé. Salami Issoufou, casier judiciaire long comme le lagon de Mayotte, n’est pas présent non plus à son procès.
Incarcéré à La Réunion dans le cadre d’une énième affaire, il assiste à l’audience en visio-conférence depuis la prison de Domenjod. Le Bénédictin Marc Ferrol n’a pas fait le déplacement. Ni son avocat retenu sur un autre dossier à La Réunion. Quant à leur chef, Giovanni Boudia, il a fait le choix de se faire représenter par son avocate, Me Marie Briot, la redoutée robe noire dont Guito Narayanin semblait craindre l’entrée dans le dossier, en défense de Boudia, pendant la phase d’instruction justement.
L’ex-avocat et l’homme d’affaires clament leur innocence
Finalement, les seuls à avoir fait le déplacement devant les juges sont Saïd Larifou, l’ex-avocat de Boudia poursuivi pour subornation de témoins, et Théophane Narayanin que tout le monde prénomme Guito. Tous deux n’ont eu de cesse, pendant les débats, de clamer leur innocence envers et contre tous. Saïd Larifou n’aurait jamais pesé sur la parole des membres du commando lors de ses visites au parloir de la prison de Majicavo.
Une version battue en brèche par Giovanni Boudia et sa sœur Cindy qui disent tout le contraire. Ils expliquent que la mission de l’avocat consistait à protéger Guito Narayanin afin de s’assurer qu’il ne soit pas désigné comme le commanditaire de l’expédition punitive de septembre 2015 où une jeune avocate a été prise pour cible en lieu et place de Me Sylvie Sevin.
Le prix du silence estimé à 250.000 euros
Au procès, les dénégations de Guito Narayanin ont été démenties par un large faisceau d’indices graves et concordants. Pour l’homme d’affaires réunionnais établi à Mayotte, tout a dérapé après la sortie de prison des quatre membres du commando et plus spécialement de Giovanni Boudia, de Marc Ferrol et de Madi Toufaili. Car, une fois rentrés à La Réunion, ces trois-là font pression auprès de Guito Narayanin pour qu’il passe à la caisse.
Ils veulent 250.000 euros chacun pour prix de leur silence et du dérangement alors qu’ils ont séjourné pendant six mois dans les geôles de Majicavo. En tout et pour tout, le commando, qui s’est trompé de cible, a reçu 7.500 euros de l’homme d’affaires. Pourquoi Guito Narayanin aurait-il fait preuve d’une telle générosité à leur égard alors qu’il est réputé pour avoir des oursins dans les poches ? « Parce que j’aide tout le monde », a-t-il indiqué à la barre.
Guito Narayanin… l’humanitaire
Le chef d’entreprise s’est donc accroché à sa version initiale comme une moule à son rocher. Il a répété avoir agi « par humanité » à l’égard de Giovanni Boudia qui était au bout du rouleau en prison. Il aurait aussi cédé « dans un but d’apaisement » alors que le trio le rackettait lui et sa famille. Guito Narayanin qui aurait cédé à un odieux chantage basé sur des mensonges et de fausses accusations ? Les magistrats ont toujours eu de la peine à y croire.
Absent à son procès, Giovanni Boudia a donné carte blanche à Me Marie Briot pour porter sa parole, resté fidèle à ses aveux qui impliquent sans concession Guito Narayanin en tant que commanditaire de l’expédition punitive. Les deux hommes avaient fait connaissance par le biais du BTP à travers lequel Giovanni Boudia comptait prospérer et par lequel Guito Narayanin a fait fortune.
Séjour au Hilton et « téléphone Bismuth »
Le chef du commando a raconté qu’il avait été invité à séjourner tous frais payés à l’hôtel Hilton à l’occasion de la fête d’anniversaire organisée pour les 60 ans de l’homme d’affaires tout comme il aurait bénéficié de trois séjours offerts à Mayotte. Une proximité que réfute Guito Narayanin mais qui est confortée par des écoutes téléphoniques et l’utilisation de téléphones de guerre par le chef d’entreprise pour aller au contact des uns et des autres. Avant, pendant et après les gardes à vue.
« Un téléphone Bismuth », a souligné d’un trait d’humour Me Jean-Jacques Morel, avocat en partie civile de sa consœur Me Sylvie Sevin en réalité visée par l’attaque. Laquelle représentait à l’époque les intérêts de l’homme d’affaires et propriétaire terrien Frédéric Dachery, tué à coups de marteau au cours d’un mystérieux cambriolage l’année suivante.
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« Des carrières qui portaient malheur… »
« Me Sevin traitait alors d’un dossier extrêmement sensible et anxiogène que tout le monde connaît à Mayotte : les carrières Dachery. Elle sentait la pression monter mais elle ne s’imaginait pas que cela puisse aboutir à une agression parce que personne n’aurait pu l’imaginer », a souligné Me Morel. Avant d’ajouter : « Des carrières qui portaient malheur puisqu’il a été assassiné et que Guito Narayanin se retrouve en correctionnelle à cause d’elles… »
A la suite de cette affaire, Me Sylvie Sevin a quitté Mayotte pour exercer son activité sous d’autres cieux, aux Antilles. Elle est aujourd’hui avocate à La Réunion. Quant à sa consœur, victime du guet-apens par erreur ce fameux matin de septembre 2015, elle exerce toujours son métier mais dans l’hexagone. Loin de l’océan Indien.
Deux ans ferme aménageables requis contre l’avocat Saïd Larifou
A l’issue d’un implacable réquisitoire, la représentante du ministère public a requis de lourdes peines de prison à l’encontre des prévenus.
A l’encontre de Guito Narayanin, poursuivi pour association de malfaiteurs en tant que commanditaire présumé de l’expédition, elle a requis cinq ans de prison ferme avec exécution provisoire et mandat de dépôt différé. Également 75.000 euros d’amende correspondant à la caution versée à l’issue de sa remise en liberté après quatre mois de détention provisoire.
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Pour Giovanni Boudia, chef présumé du commando, elle a également réclamé cinq ans de prison ferme avec mandat d’arrêt. Pour Salami Issoufou, « le frappeur », elle a requis quatre ans de prison ferme avec mandat de dépôt et 35 mois de prison ferme aménageables pour Marc Ferrol. En ce qui concerne Saïd Larifou, toujours avocat à Moroni mais retiré à Paris, elle a réclamé deux ans de prison ferme aménageables et 45.000 euros d’amende. Quoi qu’il en soit, le jugement devrait être mis en délibéré.


