French Bee s'oppose aux 147 millions d'euros d'aides que l'Etat veut accorder à Corsair

La compagnie Corsair navigue-t-elle en eaux troubles, entre le robinet d'aides publiques qui la maintient à flot et les doutes clairement formulés en avril par la Commission européenne sur sa « viabilité à long terme », comme l'a rapporté le quotidien Le Monde ?
Dans l'avis rendu au terme de son enquête, Bruxelles avançait que le nouveau plan de restructuration de Corsair ne présentait que très peu de garanties de remboursement pour l’État français, et qu'un éventuel retour des comptes au-dessus de la ligne de flottaison bénéficierait surtout aux actionnaires.
Le magazine Challenges a rapporté lundi 27 mai les éléments transmis à la Commission européenne par le groupe Dubreuil (Air Caraïbes, French Bee) pour contester le fondement même d'un nouveau soutien de l’État français à Corsair.
Pour son concurrent, Corsair n'a pas présenté à Bruxelles une continuité du précédent plan datant de 2020 basé sur le soutien aux économies ultramarines, mais bien un nouveau plan s'appuyant cette fois sur l'ouverture de lignes aériennes vers l'Afrique francophone, via l'entrée au capital du Congo Brazzaville. De fait, la compagnie aérienne ne peut prétendre à deux plans d'aide de l’État en moins de 10 ans et la Commission européenne, qui a elle aussi relevé le changement de cap de Corsair, pourrait bien tiquer.
Havas Voyages dans le tour de table
Toujours selon Challenges, l'aide promise par l’État est conséquente : « abandon de 103 millions d'euros de dettes et 44 millions de rééchelonnements et crédits d'impôt ». Ce qui porterait le soutien financier à 200 millions d'euros au total selon Le Monde depuis la période Covid.
Le site L'Informé délivre pour sa part des informations sur la hausse de capital de 30 millions envisagée grâce à l'entrée de fringants actionnaires dans le tour de table comme le Congo Brazzaville (40% des parts pour 15 millions d'euros) ou encore le groupe Marietton (Havas Voyages), présenté comme le plus gros actionnaire privé avec 4,5 millions d'euros posés sur le tapis. Présent à La Réunion via notamment sa prise de participation au capital de CBO Territoria, Yann Le Febvre (Exsel Authentic hôtels) fait partie des anciens actionnaires ayant accepté de remettre au pot.
L'Informé rapporte par ailleurs que le chiffre d'affaires de Corsair s'est envolé « de 15 % entre le 1er octobre 2023 et le 31 mars 2024, par rapport à la même période un an plus tôt », grâce notamment à la modernisation de sa flotte (six A330 neo et trois supplémentaires attendus d'ici la fin de l'année) et à une hausse de +21% du tonnage du fret.
La Commission européenne pourrait contraindre Corsair à certaines concessions en direction de ses concurrents Air France et French Bee, en l'échange de l'obtention de l'aide de 147 millions d'euros de l'Etat.


