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Fraude électorale aux européennes à Saint-Pierre : en plus de la prison avec sursis, des peines requises jusqu’à 10 ans d’inéligibilité

Au tribunal de Saint-Pierre, une élue et quatre agents municipaux comparaissent pour modification frauduleuse des résultats des européennes de 2019. Une affaire où l’ombre du maire, Michel Fontaine, surnommé "Voldemort" par un avocat, plane sans jamais être nommée.
Ecrit par P.B. – le mardi 12 novembre 2024 à 15H02

C’est une audience chargée de symboles qui s’est tenue ce mardi au tribunal correctionnel de Saint-Pierre. Une élue et quatre agents administratifs de la municipalité comparaissent pour modification frauduleuse des résultats d’un scrutin par fonctionnaire ou assimilé. Les faits remontent à mai 2019, lors des élections européennes, et mettent en lumière des pratiques douteuses dans les bureaux de vote 71 (Bois d’Olives) et 40 (Pierrefonds).

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L’affaire débute avec une plainte déposée par Jean-Gaël Anda, conseiller municipal de l’opposition. Ce dernier fournit au commissariat des vidéos prises dans le bureau 71, montrant des manipulations de bulletins et un bourrage d’urnes. Ces images, enregistrées par une contractuelle de la mairie, ont été transmises à Jean-Gaël Anda après que cette dernière, pourtant politiquement proche des accusés, n’ait pas vu sa situation professionnelle évoluer.

Les résultats à Saint-Pierre avaient déjà intrigué par leur singularité : François-Xavier Bellamy, alors candidat des Républicains pour les Européennes, y réalisait des scores atypiques, arrivant même en tête dans 20 bureaux, bien loin des scores réalisés ailleurs par le candidat. L’enquête, ralentie par la pandémie, confirme des pratiques frauduleuses dans deux bureaux. Dans le bureau 71, des bulletins de vote ont été retirés et remplacés, tandis qu’un bourrage d’urnes a été constaté

 

Michel Fontaine assimilé à "Voldemort" par un avocat

 

Mais l’audience a pris un tournant inattendu lorsque l’avocat du président du bureau 71, Me Frédéric Hoarau, a dénoncé "le silence et la chape de plomb" autour de cette affaire. Évoquant "celui dont on ne prononce pas le nom", en référence à la saga Harry Potter, l’avocat pointe du doigt le maire de Saint-Pierre, Michel Fontaine, régulièrement cité dans les auditions. "Pourquoi n’a-t-on pas recueilli les observations de Voldemort ?" interroge-t-il, dénonçant une justice qui "fait toujours porter le chapeau au plus petit".

Pour ces faits, le procureur requiert un an de sursis simple, cinq ans d’inéligibilité et cinq ans de privation du droit de vote contre le président du bureau. L’assesseur délégué encourt, lui, six mois de sursis simple et les mêmes peines d’inéligibilité et de privation de droit de vote.

Au bureau 40, c’est une ambiance de fête des mères - jour de l'élection - qui a viré à la fraude, l’élue Patricia Tayllamin ayant confié la tenue du bureau à ses deux filles, toutes deux employées à la mairie ou encore à la Civis. Dix-sept signatures d’émargement posent problème, des analyses graphologiques confirmant des usurpations.

Des sanctions différenciées sont demandées : trois mois de sursis et trois ans d’inéligibilité pour la fille cadette, six mois de sursis et cinq ans d’inéligibilité pour la présidente du bureau, et, contre l’élue, huit mois de sursis, dix ans d’inéligibilité et dix ans de privation du droit de vote.

Etiquettes : Justice | Saint-Pierre

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